‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 34 sur 200 · CHAPITRE X. 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 8l

l'éveil aux ennemis (i), et Laudon eut ainsi le temps de gagner sans perte les hauteurs de Konitz.

Dès que le maréchal Daun fut instruit des dispositions faites pour le siège , il pensa qu'il était temps de s approcher de larmée du roi , et de songer aux moyens de secourir la place. Il leva le camp de Leutomischel , le 23 , marcha à Zwit* tau, et prit, le 24, 1 excellente position de Gewicz. La division des grenadiers et carabiniers occupa les hauteurs entre Jarmerietz et Bisku^ pitz ; la division Harsch avançait en même temps de Nikels à Muglitz : Janus marcha à Lostitz, et resserra les postes du prince Maurice : Deville se reporta à Wischau , et le général Esterhazy fut posté à Plin avec quelques troupes légères, afin de couvrir les communications de cette division avec la grande armée : Tavant-garde de cette dernière fut placée à Konitz pour soutenir le général Laudon , qui continuait ses courses malgré le petit revers qu'il avait essuyé.

Le général Marshall , commandant d'Olmutz ,

(i) Cette action et la bataille de Torgau sont les seules de la guerre de sept ans, où Frédéric ait combiné la marche de plusieurs colonnes à une grande distance les unes des autres, avec l'intenti n de leur faire opérer une attaque simultanée ; ce projet manqua dans ces deux circonstances et nous avons eu dans les dernières guerres de nouibieux exemples de» inconvéniens de ce système.

poursuivait avec la plus grande vigueur ses préparatifs de déieiîse , faisant raser et brûler les faubourgs; il augmentait et réparait les ouvrages , et prenait les mesures de police intérieure les plus sages pour régler la conduite de la bourgeoisie dans les événemens divers qui pourraient survenir. L'armée de siège non moins active , avait déjà préparé toutes les fascines , gabions , etc., et tiré une ligne de circonvallation autour du camp , depuis la Morava jusqn'au bois de Horka. Les ingénieurs ayant découvert que tous les environs de la place pouvaient être inondés , à l'exception du terrain entre Hatscbin et Neustift , qui s'élève insensiblement , on décida que les attaques se feraient sur ce point , sans fixer néanmoins contre quelle partie des ouvrages elles seraient dirigées.

Je ne suivrai pas Thistorien prussien dans les détails de ce siège ; ces sortes d'opérations qui n'intéressent que les olliciers appelés à les diriger, ont d'ailleurs perdu de leur importance dans le nouveau système de guerre ; je me bornerai à citer les causes auxquelles cet auteur attribue la longueur du siège et sa non-réussite. La première est que la tranchée fut ouverte à droite du Tafelberg, et présentait aifisi le liane à langle saillant du fort de l'île : la deuxième raison est que la première parallèle fut établie ù une trop grande distance. Tempelhof donne une série de

raisonnemens à l'appui , et pense qu'on attachait trop dimportance au feu desbatteries.il résulte de ces calculs que , dans les sièges précédens corame dans celui-ci , on ne perdit pas plus d'un homme sur 3oo coups de canon : le premier jour, après l'établissement de la parallèle , où tira 1,220 boulets et 3o6 bombes sans atteindre une pièce de l'ennemi : la place fournit un feu au moins égal , sans tuer plus de 4 hommes et en blesser davantage. Cette dissertation est appuyée d'un autre calcul sur ce qu'on appelle un feu d'artillerie bien nourri , et sur les munitions nécessaires pour un siège. L'auteur établit pour base que chaque pièce tire 8 coups par heure , ce qui donne dans les plus longs jours, un résultat de 128 coups par jour, ou 2,56o dans vingt jours. Il est de fait qu'aucun canon ne peut le supporter. Enfin , il présente un aperçu des munitions quil faudrait ; en supposant le terme moyen de 1 00 coups par pièce , et , en comptant seulement sur 80 pièces en batterie , un siège de trente jours exigerait près de 9 mille chariots et 3o mille chevaux. Ce résumé comparé aux approvisionneraeus ordinaires et à l'usage des pièces , qui esL dé 1,400 à i,5oo coups , prouve qu'il faut se garder de croire que le feu dartillerie puisse jamais être sans interruption.

Malgré la mauvaise direction des attaques d'Olmutz , la place touchait au terme de sa défense

lorsque d'autres événemens enfireutleverle siège. Je vais donner une relation succincte de ces événemens , qui appartiennent aux opérations des armées.

Quelle que fût sa supériorité sur l'armée prussienne divisée en plusieurs corps , Daun avait résolu de ne point se mesurer avec le roi avant l'arrivée des nombreux renforts qu'il attendait. Frédéric , à son approche , ne fit d'autres changemens dans ses positions , que de couvrir la communication avec le prince Maurice à Littau , en détachant le général Wedel avec 3 bataillons et les hussards de Putkamer , pour camper en intermédiaire sur la montagne de Hrad , entre Namiest et Laskow. 11 ordonna à ce prince et au margrave Charles de se retirer en cas d'attaque sur l'armée , qui , à son tour , en aurait fait autant sur eux , si elle eût été attaquée isolément : enfin, si on avait été instruit à temps du projet de l'ennemi , les trois corps eussent marché en même temps pour se réunir à Gros-Jenitz, et lui présenter une masse imposante (i).

Le général Putkamer arriva au camp , le 8 juin »

(i) Ces excellentes dispositions ne ressemblent guère aux retraites excentriques du colonel Bulow, système coutraire aux premières règles de l'art; j'ai eu déjà occasion de faire remarquer combien il est opposé aux opérations les mieux combinées , mais je le traiterai plus à fond lorsqu'il sera question de la dernière guerre.

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