CHAPITRE X
consistait à peu près en 4 niilJe chariots, dont 818 se trouvaient chargés de munitions indispensables pour la continuation du siège,
La position du colonel Lanius à Sternherg et du général Saint-Ignon à Prérau , permettait aux Autrichiens de pousser des patrouilles jusqu'aux environs de Troppau ; d'un autre côté, chaque habitant du pays leur servait d'espion , tandis que le roi ne recevait que des rapports incertains et presque toujours contradictoires. Dès que le maréchal Daun fut informé de la marche du convoi , il ne lui restait d'auti^e parti à prendre que de chercher à le ruiner, efi profitant de tous les avantages que ses troupes légères , la nature du pays, et les dispositions de seshabitans, lui procuraient pour une telle entreprise. 11 ordonna au général Laudon de se porter par un grand détour au-delà de Muglitz , de s'approcher , par les montagnes , de la route de Hof ; là de se réunir avec le détachement de Lanius, et d y attendre le transport D'un autr^ côté , le général Ziskowitz passa la Morava , attira à lui le corps de Saint-Ignon , placé à Prérau , et marcha par les bois aux environs d'Altliebe, où il dut se tenir caché jusqu à ce qu'il trouvât l'occasion d'attaquer le convoi. Pendant ce temps , le général autrichien avait donné le change au roi , en manoeuvrant de manière à lui faire croire qu'il vou-
Ç)0 TRAITÉ DES GRANDES OPERATiONS MILITAIRES.
Jait risquer une bataille , et que les Autrichiens devaient surprendre Prosnitz; ses troupes légères inquiétèrent souvent les hussards de Ziethen à Kostelelz. Le maréchal reconnut la position des Prussiens , et changea la sienne le 27 , TaiJe droite appuyée à Klenowitz , et la gauche au-delà de Dobromielitz , paraissant vouloir gagner le flanc gauche du roi. D un autre côté, le général Buccow se portait à Ptin contre le flanc droit , avec quelques mille hommes de troupes légères; le poste de Tobitschau fut renforcé; mais tous ces mouvemens n'avaient d'autre but que de cacher à l'ennemi la marche du général Ziskowitz , et de l'empêcher d'envoyer des troupes au-devant du convoi.
Le colonel Mosel partit de Troppau , le 26 , et arriva à Bautsch avec la tête du transport. Sa marche était lente et pénible ; les chemins , déjà abîmés par le passage des armées avaient été achevés par les grandes pluies , de manière qu'à chaque instant les char^ts restaient embourbés; cet inconvénient retardait le convoi et le disséminait. 11 fut forcé de faire séjour, le 27 , pour se réunir , et , malgré cette précaution , on ne put en rassembler que les deux tiers; la cpieue était répandue sur la route jusqu'à Troppau : cet incident décida de son sort. Le général Laudon eut le temps d'occuper Sternberg et autres postes,
CIIAPIIRE X. 91
pour empêcher le roi den recevoir des nouvelles ; il s'assura , par l'apparition du colonel Werner avec un détachement , que les Prussiens envoyaient des secours , ce cpii le décida à brusquer son opération , et à marcher sur Gundersdorf , où il arriva le 28 au matin; il occupa les hauteurs qui dominent le défilé entre Bautsch et Altliehe , où le train devait passer , jeta ses Croates et ses Hongrois dans les bois qui le bordent ; et forma sa cavalerie, à droite dans la plaine, afin d'être à cheval sur la route , et d'attaquer des deux côtés.
Mosel, qui s'était mis en marche de bonne heure , ne tarda pas à rencontrer , avec son avantgarde , le corps de Laudon , qu'il résolut d'attaquer sur-le-champ. Quatre bataillons franchirent le défilé , et se formèrent malgré un feu d'artillerie très-vif. L'ennemi avait établi une batterie qui enfilait le ilanc droit. Les grenadiers de Billerbeck , qui le formaient et souffr.-ïient le plus de ce feu , se jetèrent dans le bois , en expulsèrent les Croateç et les Hongrois et marchant à la batterie , ils enlevèrent le poste , 1 canon et 200 prisonniers. Le régiment Jeune Kreuz et les recrues de Prince Ferdinand en firent autant de leur côté , ce qui obligea Laudon à se retirer sur Bgehrn , avec perte de 5oo hommes. Le colonel Mosel , envoya l'adjudant Béville au roi
pour l'informer de son succès , réorganisa son convoi , se mit en marche , et arriva à Neudœrfel où il rassembla tout ce quil put.
Le général Ziethen était parti d'OImutz , Je même jour , avec sa division, à laquelle il réunit 2 bataillons de grenadiers , et ensuite le corps du colonel Werner qu'il trouva encore à Gibau ; il fît sa jonction , le même soir, avec le colonel Mosel. La moitié des transports était restée en arrièi-e, ce qui força le général à séjourner le lendemain , pour faire joindre le reste par des piquets de hussards.
Le train se remit en marche , le 3o , au point du jour , sur la route de Domstaedtel , sans découvrir la moindre trace de l'ennemi ; mais à peine 120 chariots eurent-ils franchi le défilé, que les Autrichiens parurent sur les hauteurs à gauche , et dirigèrent sur son issue un feu d'artillerie très-violent , tuèrent quelques chevaux , brisèrent quelques chariots , et suspendirent itinsi la marche du transport. Le général Ziethen fit alors ranger les chariots en avant du défilé , au fur et à mesure qu'ils arrivaient , et marcha à l'ennemi avec 1 bataillons de grenadiers. L'affaire prit d'abord une tournure favorable , on avait culbuté plusieurs bataillons et enlevé du canon , lorsque les dragons saxons , qui étaient embusqués dans les taillis, chargèrent sur les flancs de ces gi^ena*
diers et les ramenèrent jusqu'à la barricade de chariots.
Le général Ziskowitz dirigea tons ses efTorts vers le milieu du convoi; en même temps , Laudon forma, de son côté , une nouvelle attaque ; le combat fut très-opiniàtre ; 1 escorte , devant tout couvrir , était disséminée , tandis que l'ennemi attaquant en ligne serrée, pénétra sur plusieurs points , et dispersa tout le train. Quelques bataillons prussiens gagnèrent le défilé deDomstœdtel ; mais le général Ziethen fut coupé avec le reste , et forcé de se retirer sur Troppau en combattant. Le général Krokow , qui commandait l'avant- garde , gagna les ponts de la Morava avec les 25o chariots delà tête, parmi lesquels se trouvaient heureusement ceux qui étaient chargés d'argent. 11 amena les débris de 6 bataillons de grenadiers , le régiment Jeune Rrutz et lo escadrons.
Les recrues de prince Ferdinand , qui n'avaient jamais vu lennemi , se couvrirent de gloire : jamais les vétérans de Rome et de Sparte ne combattirent, pour leur patrie, avec plus dintrépidité que n'en déployèrent ces jeunes gens de 17 à 20 ans ; de 900 qu'ils étaient , 65 seulement furent pris , quelques blessés revinrent à Troppau ; les autres, ainsi que le capitaine Pirch qui les commandait , résolus de se défendi^e jusqu'au dernier soupir , emportèrent au tombeau les lauriers
qu'ils avaient cueillis : tous étaient couchés au poste qui leur avait été assigné (i).
On ne peut faire aucun reproche aux troupes prussiennes ni à leurs chefs , car l'ennemi réunissait tous les avantages , il est toujours facile de prendre ou de détruire un convoi de 3 à 4 mille chariots, dans un terrain resserré, où ils ne peuvent marcher qu'à la file. Lors même que lescorte serait de lo mille hommes; répandue sur un espace de deux ou trois lieues , il est impossible qu'elle mette en action plus de 3 mille combattans ; dans le cas même où l'ennemL serait repoussé , il aurait occasion de détruire , pendant 1^ combat , une très-grande partie du train. Sans compter les avantages du terrain et d'une surprise , il sulîit qu'il ait celui de lolFensive pour assurer son succès.
Le maréchal Daun, inquiet sur le sort d'Olmutz, dont la conservation était étroitement liée avec celle de sa réputation, manoeuvra pour s'approcher de la place avec toute son armée. 11 parut en-
(i) Je crois qu'en général on a conçu une opinion très-fausse sur les nouveaux soldats : dans une armée où il existe un motif quelconque à' enthousiasme , un jeune soldat vaut souvent mieux qu'un autre. Il faut seulement qu'il soit homme fait , assez robuste pour supporter les fatigues, et mêlé avec d'anciens soldats qui lui donnent l'exemple. La tonte des troupes dépend du génie qui sait faire naître ces motifs d'enthousiasme. Frédéric fît écharper sa cavalerie pour une dragone blanche ou une dragone rouge.