‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne (volume 2)Chapitre 77 sur 200 · CHAPITRE xir. ig · texte numérisé non relu

CHAPITRE xir. ig

peut lui reprCM^bersa conduite comme une faute, vu que le brouillard et l'obscurité ne lui permirent pas de juger de la force^ des projets et de la position de l'ennemi. 11 n'est pas blâmable non plus d'avoir pris une mauvaise position, car il en connaissait les inconvéniens. On cite à ce sujet une anecdote qui fait honneur à son discernement. Le maréchal Keith lui dit, deux jours avant la bataille : Si Daun nous laisse dans ce camp ^ il mérite d' être pendu. Le roi ajouta en riant : Il faut espérer qu'il aura plus peur de nous que de la corde. On doit d'ailleurs se rappeler que l'armée prussienne, en marche par un brouillard épais, supposait l'ennemi campé à Loebau. Frédéric le trouvant devant lui , ne crut pas de sa dignité de rétrograder ; dans toute cette guerre , il n'avait jamais été attaqué par les Autrichiens , et ce souvenir justifie en quelque sorte une résolution qui prouve combien il comptait sur les ressources de son génie au cas que Daun l'attaquât en rase campagne. Mais si Frédéric n'avait rien à craindre d'une attaque de vive force, il semble qu'il devait d'autant plus se tenir en garde contre une surprise, que sa position n'en était pas à l'abri. On concevra difficilement que ce grand capitaine n'ait pas fait observer les hauteurs boisées en avant de Hohenkirch ; s'il y avait placé un bataillon et cent chevaux, il n'aurait pas perdu cette bataille. Loin de là, il souffrit que les Croates

occupassent nou-seulenient les revers de la montagne , mais encore tous les villages qui aboutissaient à son camp, et que son flanc droit fut ainsi enveloppé avant de combattre; ce fut par une faute semblable que les Autricbiens perdirent la fameuse bataille de Leullieu ; eu jetantun instant les yeux sur la relation et le plan que nous en avons donnésjOn verra que Daun et le prince Charles n'avaient point fait éclairer les hauteurs en avant de leur ligne y et que le roi leur déroba la manoeuvre qu'il méditait pouraccabler l'aile gauche. Les Autrichiens avaient à la vérité poussé des corps nombreux en avant sur Neumarck; mais ils furent battus et rejetés sur l'aile di'oile : la force même de ceux-ci était contraire à leur but, car l'on observe mal avec de petites armées. Ces deux actions mémorables justifient les maximies suivantes :

1° Loî'squ une armée occupe un camp sur des hauteurs , ou tout autre terrain propre à lui servir de champ de bataille , elle doit faire éclairer le terrain en avant de son front et de ses flancs , afin d' empêcher l'ennemi de gagner une extrémité de la ligne par un mouvement dérobé ;

2° Attendu que des corps nombreux , disséminent inutilement les forces , éveillent l'attention de V ennemi et ne garantissent pas mieux contre une surprise j on fera bien déplacer dans ces accidens de terrain, de petits postes d' observation indépendans , qui puissent aussi bien communiquer entre

CttAPITRE XII. IQv^

f-ux qu'avec Vannée ou les corps intermédiaires» Je terminerai en observant, qu'on confond trop^ souvent le mot de surveiller avec celui d'occuper militairement; des armées ont été battues pour avoir détaché des divisions où il ne fallait que des partis.

La conduite de Daun dans cette bataille m.érite des éloges : il paraît néanmoins qu'il commit une imprudence en ne faisant donner sa droite qu'à huit heures , tandis que la gauche était vivement engagée depuis cinq. L^attaque de la première ayant pour but d'empêcher la gauche du roi de se porter au secours du point principal, devait être simultanée : bien que le maréchal eût des raisons puissantes pour n'engager sérieusement cette aile qu'après le succès de l'attaque de Hohenkirch, cela n'empêchait pas de faire les démonstrations nécessaires pour tenir de ce côté les ennemis eu échec. Enfin, le dernier reproche fondé qu'on est en droit de lui faire , c'est de u'avoh' pas poussé l'armée prussienne plus vivement, lorsque déjà engagée et battue , il n'avait rien à risquer en marchant sur elle. Le fruit d'une victoire dépend de savoir enprofiler, c'est le talent le plus désirable dans un général ; c'est aussi en cela que l'art a fait les plus grands progrès de nos jours, et que plusieurs capitaines ont donné les plus belles leçons à la postérité. Je me propose, au reste , de revenir sur ce chapitre, en traitant des dernières guerres. j 3*

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