CHAPITRE XIV
favorable aux opérations , sous le rapport militaire , parce que les communications y étaient moins pénibles : si Frédéric poussait ses vues jusquà Vienne, centre de puissance de ses ennemis, elle Yj conduisait plus rapidement et avec moins de difficultés; mais bornait-il au contraire ses projets aux provinces limitrophes de ses états, elle se trouvait alors la plus longue des trois, parce quelle était plus éloignée du Brandebourg, centre de sa propre puissance.
Le roi savait bien qu'il existait une coalition contre lui ; et s'il n'en connaissait peut-être pas tous les membres, il ne doutait pas qu'elle fut formidable. Les préparatifs de TAutriche avaient donné lieu à quelques communications diplomatiques, et Frédéric, persuadé qu'on le jouait, résolut de prévenir ses ennemis , et d'attaquer le pins redoutable de tous. Mais le choix de sa ligne ne répondit pas à son intention : il espérait porter à lAutriche un coup terrible et effrayer assez les autres pour les empêcher d'entrer en action simultanément. Cependant il ne fit rien pour obtenir ce résultat. Il était plus probable que Frédéric pousserait jusqu'à Vienne , avec io5 bataillons et iGo escadrons, dans la stupeur de ses autres ennemis; qu'il ne résisterait dans ses états, avec 80 mille hommes , comme il le fit ensuite , lorsque les Russes furent maîtres de la Prusse, les Suédois de la Poméranie , les Français delà Saxe, et les
24o TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
Autrichiens de la moitié de la Silésie. Devait-il redouter 20 mille Saxons qu'il laissait au loin sur son flanc droit, et qui n'étaient pas en guerre avec lui? S'il avait poussé aux rives du Danube , comme on ne peut eri douter , l'électeur de Saxe , intimidé, n aurait-iJ pas brisé les liens forcés qui l'attachaient à l'Autriche? il se serait bien gardé de rien entreprendre contre un prince qui eut fait trembler la première puissance de l'Europe jusques dans 5a capitale.
Lorsque Frédéric médita l'invasion de la Saxe , ir^esf certain qu'il n'y avait pas 3o mille xiutrichiens en Bohême , et 20 mille en Moravie. S'il eût exécuté, à cette époque , la marche rapportée dans le chapitre X, c'est-à-dire qu'il eût rassemblé son armée à Neiss , pour menacer les deux provinces à la fois , et maintenir la division des forces imoériales , et qu'il eût opéré vivement à gauche , il eût incontestablement détruit larmée de Moravie , avant qu'elle pût être soutenue. Dans quinze jours, 80 bataillons et 120 escadrons prussiens se seraient facilement avancés aux portes de Vienne , couverts par le reste de l'armée qui eût masqué Olmutz. Les troupes qui gardaient la Bohème eussent été embarrassées de trouver une issue poLU' se réunir aux forces qui devaient secourir la capitale. Qu'eût risqué Frédéric à cette entreprise? Rien, que de dicter des lois à l'Aulriche, ou de battre en retraite avec perte de quelques