CHAPITRE XIV
milliers d'hommes; cette différence de chance était le plus puissant motif pour la tenter.
On objectera peut-être que les 3o mille Autrichiens, stationnés en Bohême , auraient pu compromettre le salut de 1 armée; mais croit- on j qu'ils seraient restés tranquillement dans ce royaume , pour couper la retraite aux Prussiens , tandis que Arienne était près de succomber? Cependant en admettant cette supposition invraisemblable, les 25 bataillons et 40 escadrons que 3e roi eût laissés en Moravie , n'étaient-ils pas plus que suffisans pour couvrir sa ligne d'opérations ? Ne fallait-il pas , pour lui couper la retraite , garder les lignes de la Saxe, de la Bohême et de la Moravie , sur un front de 1 5o lieues? Ou ne coujje pas aisément 100 mille hommes d'une fi-ontière aussi étendue, lorsqu'ils sont conduits par un Frédéric Si les 3o mille Autrichiens s'étaient retirés sur le Danube , le roi eût pu attirer le corps de Moravie , et livrer , avec la masse de ses forces, sous les murs de Vienne, une bataille qui décidait du sort de l'Autriche, et dont la perte n'eût entraîné que l'évacuation des provinces conquises.
Au commencement de la campagne de il^l -, le roi pouvait encore tenter cette entreprise avec succès. Les Autrichiens étaient divisés. Les Français n'étaient pas en action contre lui; les Russes se tenaient toujours sur leurs frontières; l'armée des Cercles n'existait pas. Celle des 2. iQ
Prussiens était forte d'environ 100 mille hommes, dont 3o mille de la meilleure cavalerie du monde ; Frédéric , en laiss^uit quelques-uns de ses bataillons de garnison en Saxe, n'avait rien à craindre; il aurait pu se porter en masse sur Textrême droite de la ligne autrichienne, dont le front partait des frontières de Saxe , longeait celles delà Bohême, delà Silésie et de la Moravie, et ne présentait, nulle part, d'obstacles insurmontables.
Le grand homme sentit enfin , en lySS , que sa ligne naturelle, et la plus avantageuse, était la Moravie ; qu'en envlahissant cette province , il obligerait les Autrichiens à découvrir la Bohême pour voler au secours de leur capitale. Il entreprit cette invasion avec une armée bien moins forte que celle campée à Konigsgratz , et qui se trouvait plus à portée de soutenir cette ligne , que dans les campagnes précédentes. Outre cela , la présence des Russes, sur l'Oder, et de l'armée des Cercles en Saxe , l'avait obligé à diviser ses forces , et devait l'empêcher de trop s'éloigner de son centre. Malgré cette énorme différence de circonstances , si le roi n'avait pas mis autant de lenteur dans le siège d'Olmutz; qu'il eût réuni ses forces pour attaquer Daun , lorsqu'il prit position àPredlitz; enfin, qu'il n'eût pas aussi imprudemment exposé toutes ses ressources dans un seul couvoi, il aurait vraisemblablement rejeté les