‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 109 sur 121 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ëvénemens qiii ont réussi contre ces principes : ils sont dans l'erreur , parce qu'ils auront confondu les masses présentes avec les masses agissantes. Ce ne sont pas les troupes portées sur les tableaux d'une armée , ni même celles rendues sur le terrain^ qui gagnent les batailles ; mais celles-là seules qui sont mises en action. A l'appui de ces vérités , viennent toutes les opérations de Frédéric , de Napoléon , et des plus grands hommes de guerre.

Sans doute le génie a une grande part aux succès, puisqu'il préside à l'application des règles reconnues , et qu'il saisit toutes les nuances dont cette application est susceptible; mais, dans aucun cas , l'homme de génie n'agira contre ces règles : un général inhabile peut remporter une victoire contre les principes de l'art, cela se voit quelquefois , car il faut bien que de deux partis engagés un la remporte ; mais un pareil événement ne prouve que l'incapacité réciproque , ou le défaut total de tactique dans les deux chefs. Telles furent les batailles du moyen âge, où la qualité des troupes, la bravoure des chefs étaient les causes ordinaires de succès.

L'idée de réduire le système de la guerre à des combinaisons naturelles , à une théorie simple et exacte, présente une foule d'avantages; elle rendrait rinstruction plus facile, le jugement des opérations toujours juste , et par conséquent les

fautes moins fréquentes, puisqu'elle dirigerait tous les généraux dans leur conduite.

Si le Directoire exécutif avait connu et bien saisi cette combinaison fondamentale , il n'aurait pas formé cette ligne d'opérations double sur une direction extérieure, qui obligea les armées du Rbiu et de Sambreet-Meuseà abandonner rapidement l'Allemagne en 1796, et celles du Danube etdltalie n'eussent pas été en 1799 victimes d'une fausse conception, et des attaques isolées et multipliées qu'elles effectuèrent , par suite de cette faute. Si Wurmser eût pi-olité des leçons sublimes de Frédéric , il n'aurait pas sans doute formé , de son armée , deux corps séparés par un lac , qui furent battus l'un après l'autre; et dans l'espoir de tout couvrir, il ne se serait pas exposé aux résultats terribles de la marche de Napoléon sur Trente et Bassano. Enfin l'on sait qu' Aiviuzi , Cobourg, le prince de Lorraine, etBrown, opérant contre ces préceptes furent accablés en détail (1).

(i) J'ai écrit ce chapitre en i8o4 : depuis l'Europe a changé de face par les mêmes causes. Les gouverneraens ne se sont pas con,tentés, en politique, de se faire accabler successivement, leurs armées ont toujours suivi les mêmes erreniens : la dispersion des forces de Mack, les fausses dispositions de Weyrother à Austerlitz/, les trois corps de Jéna, de Weimar, d'Auerstedt, l'isolement t\e Buxhowden et Beningsen à Pultusk, celui des deux années autrichiennes à Abensberg, Eckmiihl et Ratisbonne, sont des preuve; évidentes de ces vérités. (Note de 1810.)

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