‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 114 sur 121 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

riger l'efFort principal contre la deuxième brigade : on comprend que , la ligne étant rompue , et ayant perdu son appui , ces obstacles du terrain ne lui seront d'aucune utilité , et pourront même contribuer à faire prendre la première brigade , si elle tentait de s'y maintenir (i).

Cette manoeuvre ne vaut pas , sans doute , une attaque sur un flanc mal appuyé, ou facile à déborder; mais elle est bonne néanmoins, et prouve qu'aucune position ne garantit une armée contre un ennemi babile ; que le seul moyen de lui résister est de manoeuvrer dans le même sens que lui; enfin elle justifie les maximes indiquées à la suite de la bataille de Prague.

Toutes ces considérations prouvent , que l'auteur de l'article susmentionné a contesté sans motif, à Frédéric, la gloire de sa disposition oblique , différente de tout ce qui avait été écrit sur cette matière. Il a trop accordé d'influence au détail de l'instruction des troupes; ces dénominations vagues de troupes manœuvrières ne disent rien. Le seci^et de la guerre ne sera jamais dans les jambes , il est tout entier dans la tête qui les fait mouvoir ; une armée fera vainement des marches forcées toute une campagne ^ si leur di-

(i) Je crois cependant devoir rappeler ici qu'il ne faut jamais diriger ses efforts sur celle des extrémités qui serait appuyée à un obstacle insurmontable, tel qu'un grand fleuve ou une mer.

3lO TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES,

rection estfaiitwe , elle nen sera pas moins perdue. Cette vérité a été prouvée par les dernières guerres : les troupes prussiennes , si manœuvrîères , n'ont pas tenu tête aux milices françaises, qui n'avaient pas les premiers élémeus d'instruction, mais qui furent conduites par des chefs habiles. Le seul avantage de l'armée du roi provenait de la manière de marcher et de se former , qui a été déjà développée. Ce mécanisme , quoique l'ouvrage du grand homme , n'aurait pas gagné des batailles sans le génie qui en calcul ut les effets. Je crois que Napoléon n'eût rien fait de plus avec les armées les mieux exercées , comme Frédéric n'eût rien fait de moins dans Thypothèse contraire. 11 n'est pas probable, d'ailleurs, qu'après çix campagnes , où tous ses régimens furent renouvelés, ils fussent très-manoeuvriers; et cependant il gagna des batailles célèbres , en i -760. Mais en nous élevant contre le trop grand degré d'importance qu'on attachait à l'instruction des troupes à toutes sortes de manoeuvres, nous devons observer qu'il ne faut pas confondre des soldats aguerris avec des soldats exercés; on sait toute la supériorité que les premiers ont ordinairement sur les autres.

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