CHAPITRE VIII. 3l
droite de leur infanterie à Weinoteu ; le front suivait de là en arrière et au travers du taillis jusque sur Sclilosberg , de manière que l'aile gauche de rinfanterie appuyait au petit ruisseau d'Auxine , dont les rives sont escarpées et difficiles: la cavalerie de l'aile gauche, et leurs troupes légères se trouvaient entre Sitterfeld et le bois de Norkitten. Dès que l'ennemi eut occupé ce camp , le maréchal Lehwald le reconnut avec une petite escorte : mais comme il lui fut impossible de découvrir autre chose que le camp des Cosaques, celui de la grande armée étant hors de vue ; il envoya les généraux Schorlemmer et -prince de Holstein, avec 35 escadrons et 2 bataillons de grenadiers , par le chemin d'Almenhausen , afin de prendre des renseignemens exacts sur cette position. Les bataillons furent placés à l'issue de la route , un peu en arrière dans le bois , et la cavalerie avança dans la plaine. Pendant cette expédition, l'armée resta sous les armes : la reconnaissance ne put se faire avec toute la précision nécessaire, et l'on prit le camp de Sitterfeld pour celui de l'aile gauche ennemie , quoiqu'il n'y eût que des troupes légères. L'attaque fut fixée au lendemain , et ses dispositions reposèrent sur ces mauvais renseignemens.
Tandis que ceci se passait , le maréchal informé qu'on apercevait un grand nombre de fourrageurs sur la droite, résolut de les couper, et
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marcha à cet efTet avec quelques troupes , pour renforcer le général Schorlemmer. L'armée , par un mal -entendu , et contre le véritable esprit de ses ordres , se mit aussi en marche , et se forma même dès qu'elle eut débouché du bois. Les Cosaques s'aperçurent bientôt de ce mouvement; on tira plusieurs coups d'alarme dans le camp des ennemis qui prirent les armes ; mais comme ils restèrent dans l'inaction , le maréchal eut le temps de faire rentrer l'armée. Le général Schorlemmer tint encore en avant du bois , et fut salué de quelques coups de canon.
On a prétendu que le maréchal aurait mieux fait d'attaquer l'ennemi ce jour-là que de renvoyer l'affaire au lendemain. Tempelhof est d'un avis contraire , et pense qu'il ne faut jamais précipiter une telle opération lorsqu'on est trop inférieur en nombre.
Le maréchal avait présumé de la reconnaissance faite , que l'aile gauche des Russes était Ia plus faible , et présentait le plus d'avantages pour une attaque ; la droite se trouvait effectivement couverte par un grand nombre d'étangs et de marais saignés , que l'on ne pouvait passer que sur des chaussées longues et étroites.
On fixa donc cette attaque au lendemain 3o août. L'armée se forma en trois colonnes serrées sur le centre , pour déployer. La première , composée de la droite de l'iofanterie , marcha par sa
cil API TRE VI II. 3l!>
gauche. La deuxième , composée de la gauche de rinfanterie , marcha par sa droite. Ces deux colonnes précédées de i5 escadrons, se dirigèrent ensemble sur la route d'Almenhausen , laissant ce village à droite. La troisième colonne , composée de 35 escadrons , se dirigea à gauche par l'autre route.
Dès que l'armée eut passé le bois , elle déploya la première colonne à droite , la deuxième et la troisième à gauche. Après la formation elle fit halte un instant. L'ennemi restait absolument tranquille, on n'aperçut pas même une vedette; il tira, peu de temps après, le coup de réveil , et l'armée prussienne marcha en bataille jusques devant Jaegerndorf.
Pendant ce temps, les Puisses avaient un peu changé leur position , et rapproché leur gauche de Sitterfeld ; on a su depuis qu'ils comptaient l'abandonner , et se porter sur AUenbourg , faute de vivres. Dans ce dessein , le général Liewen occupa Sitterfeld , le 29 , avec une division , en attendant que l'armée eût fait ses dispositions pour le suivre le 3o au matin. Le maréchal Lehwald , qui projetait d'attaquer l'aile gauche , rencontra ainsi le milieu de la ligne ennemie , et fit prolonger la direction de l'armée à droite pour atteindre cette aile gauche. La cavalerie de l'aile droite attaqua, sur ces entrefaites , les Cosaques qui étaient devant elle , et les cuJbuta
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sur leur infanterie. Les dragons de Hol s tein percèrent même cette infantene , enlevèrent une batterie de huit pièces , et sabrèrent tout ce qui opposait de la résistance ; mais ils se trouvaient trop éloignés de la ligne pour pouvoir se maintenir. Le maréchal , qui avait placé presque toute la cavalerie sur sa gauche , sans qu'on pût en pénétrer le motif, s'aperçut alors qu'il en manquait à la droite, et ordonna seulement à 5 escadions de s'y porter rapidement. L'ennemi ayant dirigé son artillerie et des renforts contre cette cavalerie de la droite , la força à la retraite.
Sur ces entrefaites , l'infanterie prussienne pénétra dans le bois , et enleva plusieurs batteries: l'aile gauche s'empara de la grande batterie, et poursuivit l'ennemi la baïonnette au bout du fusil. Cette infanterie rencontrait toujours de nouveaux obstacles , de nouveJles batteries : ie comte de Romanzow étant arrivé dans le même instant avec la réserve des Russes , à travers les bois , décida enfin un mouvement rétrograde.
La cavalerie de l'aile gauche avait aussi obtenu de grands succès au commencement de l'actioii : dès que les hussards de Malachousky eurent reconnu le bois , une partie de la cavalerie le traversa , le reste en longea la lisière , attaqua les escadrons russes, les jeta sur leur infanterie , et les poursuivit ; mais elle tomba alors sous le feu d'une nombreuse artillerie , qui l'obligea à