CHAPITRE VIII. 3l
prussiennes , sans le génie de Frédéric , était un liien faible moyen de victoire. Elle intéresse parce qu'elle vient à l'appui de plusieurs maximes présentées dans le cours de cet ouvrage. L'armée exécuta un des déploiemens combattus dans le chapitre V, et dont elle aurait pu se dispenser, si les combinaisons premières eussent été meilleures. En jetant un coup - d'oeil sur l'ordre de marche , on verra que les deux colonnes principales se déployèrent en ordre d'attaque sur les 2 bataillons du centime, qu'elles marchèrent l'une contre l'autre, et évitèrent ainsi les inconvéniens des colonnes séparées de Guibert; il faut convenir , cependant , que si le maréchal n'avait eu pour se former qu'un terrain parallèle à sa première position, et de même front , il eût fort bien appliqué cette manoeuvre ; d'où l'on conclut qu'elle n'est bonne que dans un pareil cas.
Les dispositions du maréchal Lehwald caractérisent sa médiocrité , il paraît n'avoir pas eu de but déterminé ; car on ne saurait prendre pour une combinaison de l'art , la démonstration de deux régimens sur la gauche de l'ennemi , surtout en considérant leur isolement du reste de la ligne.
Enfin , les circonstances de cette journée offrent de grands rapprochemens avec celle de Kollin. Dans toutes les deux , les attaques furent isolées , les armées engagées sur tout leur front, et les troupes destinées à gagner les flancs ,
trop éloignées de la ligne. La seule diiïerence, c'est que le nombre de ces troupes fut beaucoup plus faible à Jœgerndorf , et qu'à l'autre bataille , les fautes provinrent de rexécutiou , et non des combinaisons.
Ce fut la même cause qui fit perdre à Jourdan la bataille de Stockach en 1799 , tandis que le corps de Saint-Cyr était engagé dans un mouvement beaucoup trop étendu sur le flanc des Autricbiens. En attendant que ces preuves puissent être mieux développées par lliistorique des dernières campagnes , j'exposerai quelques idées relatives aux différentes actions de la campagne de 1757.
La bataille de Kollin , celle de Leutlien et de Jœgerndorf, ainsi que la discussion sur Tordre oblique , insérée au cbapitre précédent , prouvent que , pour assurer le succès d'une attaque bien combinée etrenjorcée au point le plus essentiel , il importe de reJuserVaile affaiblie. Cette manoeuvre est non-seulement nécessaire , pour tenir liors de portée de l'ennemi , la partie faible de la ligne; ir>ais encore , parce qu'elle donne la facilité de faire soutenir le point d'attaque principal par les troupes qui composent cette partie. Ainsi , au lieu d'envoyer cette aile écbouer contre des forces supérieures , on a l'avantage de l'employer à décider la victoire.
Il résulte de la même cause, r/a il est dangereux