CHAPITRE I
La Saxe considérée sous un rapport militaire, lui paraît d'une telle importance, quil seraitimpossible , sans eu être le maître , d'attaquer l'Autriche dé ce côté , avec la moindre apparence de succès. La richesse et la population de cet électorat permettent d'y entretenir 40 mille hommes. On peut former sur lElbe des magasins considérables de subsistances pour une arm.ée qui occuperait la Bohème.
Lorsqu'on est maître de la Saxe et de la Silésie, on environne la Bohême; ce qui oblige les Autrichiens à diviser leur armée en plusieurs corps , et les empêche, par ce moyen, de s'opposer en forces à l'invasion de ce royaume ; les guerres dont ce pays a été plusieurs fois le théâtre , justifient cette assertion (1). Si au contraire on n'est pas maître de la Saxe , on ne peut entrer en
menacé la capitale de l'Autriche. On eut donc tous les torts de ne pas porter, dès le principe , des coups décisifs aux Autrichiens.
(i) Cette opinion de Lloyd est bien peu conforme aux principes qui paraissent faire la base de tous ses raisonneinens. Il a blâmé le roi d'être entré en Bohème sur deux lignes d'opérations , dans la campagne de lySy, et 11 prétend ici que la position de ce royaume , en donnant la facilité de l'envahir de cette manière , est avantageuse pour une telle entreprise. Sans doute, on est forcé défaire éclairer les frontières d'un pays ; mais je ne vois pas la nécessité de les garder par-tout. Ce système a toujours été celui des Autrichiens, qui s'en sont mal trouvés. Nous verrons , au reste, au chapitre XIV combien les lignes d'opérations centrait- s sont avantageuses et la l^ohême en formait une semblable contre la Sa;te et la Silésie.
^8 TRAITÉ n'Es GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
Bohême que par la Silësie, ce qui clonue à renneml la laoilité de rassembler ses troupes (i) ; et si elles sont forcées à se retirer , elles peuvent prendre position sous la protection d'Olmutz et de Prague , pour couvrir l'Autriche , ce qui obligerait le roi de Prusse de laisser une armée sur le Bas-Elbe , pour couvrir son propre pays , de crainte que l'électeur de Saxe ne se joignît de force ou de gré à Marie-Thérèse.
Lloyd , après avoir pensé que Frédéric était trop sage pour laisser derrièrelui i4 mille Saxons encore neutres, prétend qu'il aurait du les laisser dans leur camp de Pirna , et marcher en Bohême , lorsque l'invasion de leur pays en eût fait des ennemis jurés. îl serait difficile d'arranger deux raisonnemens aussi contradictoires ; je vais au reste continuer l'analyse de ses observations. Suivant cet auteur , le roi devait savoir que l'armée autrichienne n'était pas encore rassemblée ; quelle manquait d'artillerie et de munitions ;
(i) Ce raisonnement n'est pas jnste; rien ne peut empêcher une armée chargée de défendre la Doûèiiie de rester dans tous les cas réunie; fumiant hgne intérieure contre deux autres extérieures; elle serait toujours informée si les foi ces ennemies sont en Saxe ou en Silésie , pour faiie face sur l'une ou l'autre direction ; et si ce.s forces étaient divisées sur les deux lignes , l'aîmée j)onnait faire masse sur l'une des deux divisions et les accahler successivement, Voj. chap. X,IV, sur les lignes d'opérations.