‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 19 sur 121 · CHAPITRE I. Sn · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. Sn

n'ayant à craindre aucune force organisée , c'était ce qu'il y avait de plus grand, de plus décisif à tenter. Si cette entreprise eut échoué , on ne devait rien espérer du résultat de la guerre, lorsque toutes les armées autrichiennes seraient réunies, et liées avec celles des Russes, des Français et de l'Empire.

L'invasion de la Saxe, d'un intérêt très-secondaire , fît beaucoup d'ennemis au roi. Tempelhof, voulant en justifier les combinaisons, compte le nombre de charrettes qu'il aurait fallu pour traîner des vivres à la suite de l'armée , si elle eût formé une entreprise en Bohême ou en Moravie : je sais bien, qu'au temps où il écrivait, ce calcul était compté pour tout , et que les projets lui étaient subordonnés ; mais c'est justement une preuve que l'art avait fait un pas rétrograde. La guerre nourrit la guerre^ disait César ; ses invasions rapides dans les Gaules , dans l'Helvétie , en Italie, prouvent que son armée vivait des ressources du pays. Plusieurs grands capitaines avaient fait aussi des invasions. Les Cimbres , les Huns et les Francs dans les Gaules; les Maures en Espagne : Gustave Adolphe et ses successeurs en Allemagne, marchaient sûrement sans boulangerie ui grands magasins. Un génie comme Frédéric pouvait calculer que 90 mille hommes destinés à une offensive rapide, vivraient aisément dans un pays riche , fertile , et nourrissant S kQ millions

d'iiabitans. Il ne s'agissait (jiie de i4 ou 1 5 marches décisives, sauf à remplir les magasins ensuite.

La campagne de Napoléon en 1809, démontre la supériorité du système de guerre d invasion sur les opérations méthodiques usitées au temps du roi (] ). On en a vu le résultat brillant malgré une position moins avantageuse. Frédéric avait ses masses prêtes, que ses ennemis n'étaient pas rassemblés. INapoléon , au contraire, arriva eu Bavière presque sans troupes, et trouva 4oo mille Autrichiens sur l'offensive , depuis les rives de l'Adige jusqu'à celles de FElbe : on peut juger ce qu'il eût fait dans une position semblable à celle du roi en l'y 56.

Tempelhof relève le reproche que Lloyd fait à Frédéric de n'avoir pas mis la cavalerie au centre de sa ligne à Lowositz. L'auteur prussien pense que la solidité d'une ligne de bataille dépend de l'union des parties, et que deux ailes d'infanterie seraient isolées, si la cavalerie qui ne peut donner par-tout, ni soutenir une attaque contre les trois armes combinées, était forcée à se retirer. Il cite la fameuse bataille de llochstedt, où Marlborough força le centre de la cavalerie française, et obli-

(i) La guerre d'invasion calculée sur une échelle proportionnée jïux moyens d'agression et de défense , lorsqu'elle est appliquée surtout aux états limitrophes et non à des distances inouïes , triom~ phera toujours des autres systèmes qu'on voudrait lui opposçi-.

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