‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 24 sur 121 · CHAPITRE II* grf · texte numérisé non relu

CHAPITRE II* grf

donna au prince Maurice de pénétrer dans le cercle de Saatz, et d'occuper le revers de ces défilés du côté de la Bohême; il pensait forcer ainsi Tennemi à les abandonner, pour éviter d'y être enveloppé par les deux colonnes.

Le prince Maurice quitta donc sa position de Chemnitz au commencement d'avril, et marcha par Zwickau et Plauen, vers Egra, pour faire croire qu'il avait le projet d'attaquer cette place, ou de pénétrer en Bohême sur ce point. Afin de fortifier les Autrichiens dans cette opinion, il ordonna à ses troupes légères de faire une dé^ monstration sérieuse sur VVildstein , quartier-^général du duc d'Aremberg, qui se jeta dans Egra , et y rassembla ses troupes. Au même instant, le prince Maurice se replia vivement sur Auerbach, où il divisa son corps en deux colonnes , en vue d'accélérer sa marche. La première se dirigea par Eibenstock, Schwarzenberg, Gotesgabe et Kup^ ferberg, sur Gomotau; l'antre se porta par Schneeberg, Schlettau, Annaberg et Pasberg , également à Gomotau, d'où elles marchèrent par Brix et Bilin à Linay, et se réunirent le ^3 avril avec le roi , qui avait aussi passé les montagnes sans éprouver de grands obstacles. Le petit corps au^ Irichieu posté à Aussig , sous les ordres du gêné -i rai Draskowitz , avait été obligé de quitter cette ville à l'approche de l'armée prussienne-

Le camp de Budyn étant très-fort et couvert 1. 7

par l'Eger, le roi ne crut pas prudent de rien tenter contre son front; il remonta cette rivière, et la passa vers Koscliitz, le 26 au matin. Les troupes légères et Tavant-garde donnèrent sur celles du duc d'Aremberg, qui venait d'Egra pour camper à Koscliitz, ou aller joindre le maréchal Brownà Budyn : la rencontre du roi l'engagea à se rejeter sur Welwarn.

Bro^Yn, instruit que le roi avait passé l'Eger, et qu'il était campé sur son flanc gauche, abandonna sa position, et se retira à Prague, sans perte.

Sur ces entrefaites , Frédéric fit réparer le pont de Budyn, afin de faciliter l'arrivée de ses convois; il se dirigea ensuite vers Prague , où il arriva le 2 mai, et campa sur le Weissenberg, à la gauche delà Moldau. Les Autrichiens, commandés alors par le prince Charles de Lorraine, venaient de quitter ce poste pour se porter sur la rive di'oite.

Tandis que ceci se passait du côté de la Saxe, Xe duc de Béveru avait marché, le 3o avril, de Zittau à Reichenberg, où il rencontra le comte de Konigseck avec environ 20 mille Autrichiens. Ce corps était campé dans une vallée profonde, dont la largeur n'excède pas une lieue, et au milieu de laquelle coule la Neiss; plusieurs torreus, qui la coupent transversalement, sortent de montagnes couvertes de bois épais, dont le

passage est très -difficile pour toutes les armes.

La droite et le centre des Autrichiens se trouvaient dans des positions redoutables, qu'on ne pouvait songer à attaquer de front; l'inlervalle entre la gauche était rempli par une plaine, où la cavalerie impériale se trouvait formée sur trois lignes. Le duc de Bévern , en prenant cette route, s'était mis dans la nécessité de combattre pour joindre le maréchal de Schwérin; il ne lui restait donc que le choix des moyens. Ses troupes campaient derrière un ruisseau marécageux, si près de la ligne des Autricltiens , quil était très-difficile de le passer, et de se former sous leur feu. Le duc de Bévern les attaqua par sa droite, et porta le général Lestwitz sur la droite de la Neiss, pour contenir cette partie de la ligne ennemie. 11 ordonna ensuite à sa cavalerie d'attaquer celle des Autrichiens. Cette charge, exécutée avec valeur, n'eut aucun succès; les Prussiens furent toujours repousses, parce qu'en approchant de l'ennemi , leur ilanc gauche restait exposé au feu de l'artillerie des redoutes et à celui de Tinfanterie qui les défendait; leur droite Tétait aussi à celui des bataillons embusqués dans les bois.

Le duc, sapercevant enfin qu'il renouvellerait vainement cette charge, tant que l'ennemi serait ainsi protégé par linfanterie et par l'artillerie qui

100 TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILlTAÏRES.

étaient sur ses flancs, Ht retirer sa cavalerie, et porta plusieurs bataillons de sa droite sur la montagne, afin de déborder et de prendre à revers ceux postés dans le bois. Ce mouvemen* réussit; les Autrichiens furent chassés de la forêt, et rinfanterie prussienne l'occupa sur-le-champ. Alors la cavalerie impériale , à son tour prise en flanc , fut forcée à se retirer. Le duc porta toutes les troupes de sa droite sur le terrain que les Autrichiens venaient de quitter , s'établissant ainsi sur leur front et derrière leur gauche, et ayant de plus l'avantage des hauteurs dominantes, d'où il pouvait aisément balayer toute leur ligne.

Dans cette situation, le comte de Konigseck n'avait rien de mieux à faire qu'à se retirer le plus prompteraent possible, afin que les Prussiens ne pussent le prévenir par Dœrfel, à Liébenau, ce qui était fort à craindre, puisqu'ils avaient débordé Faile gauche. La retraife se fit en bon ordre, couverte par le comte de Lascy qui commandait la droite. L'armée prit une nouvelle position à Liébeuau, où elle fut renforcée par quelques troupes qui avaient quitté les frontières, au premier bruit de la marche du duc de Bévern. Les Autrichiens perdirent environ raille Lommes tués, blessés et prisonniers, et quel (pies pièces de canon. La perte des Prussiens ne fut pas moins considérable.

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