‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 31 sur 121 · CHAPITRE ÎI. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎI. Il

pace entre le reste de l'armée, qui en formait alors l'aile gauche, appuyant sa droite à Hortlorzes, se trouva par-là agrandi. Il paraît que les Autrichiens comptèrent un peu trop sur les obstacles du terrain , entre Kyge et Hortlorzes , ou sur le corps chargé de défendre cet espace , et qui se trouvait trop faible pour atteindre ce but , s'il n'était suffisamment soutenu.

Le roi s'étant aperçu de celte faute , se hâta d'en profiter; dès que l'armée eut prolongé son mouvement à gauche, assez loin pour que les grenadiers de la droite fussent à la hauteur du chemin qui conduit de Sattalitz àKyge, il ordonna l'attaque de ce corps. Le général Manstein y marcha aussitôt avec 3 bataillons de grenadiers soutenus par la cavalerie , et les régimens Izenplitz et Manteufel. Les grenadiers avaient reçu l'ordre de faire usage de la baïonnette ; ils marchèrent à l'ennemi sous un feu terrible, et ne fournirent le leur, qu'à bout portant.

Après quelques salves , l'ennemi retira ses pièces des retranchemens, et les évacua. L'enlèvementdece poste était très- important; parce que ses batteries incommodaient beaucoup les bataillons qui attaquaient au-delà de Kyge et de Hoslawitz, en battant leur flanc, et que l'infanterie après l'avoir occupé se trouva en même temps sur le flanc gauche du crochet, et sur le flanc droit de l'aile gauche autrichienne, qui s'éten-

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dait jusqu'au mont Ziska : dès-lors la victoire fut décidée.

Le roi, pendaî?t ce temnc là., avait traversé Kvge à la tête de ïo'Ae diollc; sou but était de péiiét er îans liîi'.erv. Ile doul iior»'* avons parlé. Tous ics obstacles de l'art et du terrain, joints à la résistance de reniieini, furent surmontés: les troupes lurent des prodii^es. Le régiment de WinteriblJ attaqua une batterie, où il perdit près de mille bomraes , sur i,4oo qui le composaient; il avançait cependant au milieu dune grêle de mitraille, comme s il eût été à une revue. Les grenadiers de Wreden, qui soutenaient ce régiment, n'eurent pas un meilleur sort : malgré cela, Fcnuemi fut enfoncé, ses positions enlevées.

Dès que l'armée prussienne fut reformée , autant qu'on pouvait l'attendre dans une bataille et un terrain de cette nature , elle continua d'avancer et de culbuter l'ennemi; celui-ci se réunit de nouveau, sur plusieurs lignes, de manière qu'en le repoussant d'une montagne, on trouvait sur Tautre une nouvelle ligne qui protégeait la retraite des fuyards; enfin, comme l'aile gauche de l'armée prussienne avait totalement battu la droite des Autrichiens, et qu'elle se prolongeait à gauche, par Sabiétiz, sur la direction de la Moldau , le centre et la gauche des enuemis se trouvèreut coupés et forcés à se jeter

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dans Prague. Le roi avança tellement après la bataille, que sa droite n'était pas loin de la maison des Invalides, et la gauclie dans les environs de >Wisclierad.

Le prince Maurice avait eu ordre de passer la Moldau près de Branick, et de tomber sur les derrières de l'ennemi; mais il ne put exécuter ce passage, faute de pontons. Ce contre-temps sauva les Autrichiens d'une ruine totale; ils essayèrent de sortir par la petite ville , pour se retirer par Schmichow et Konigsaal, et furent repoussés par le maréchal Reitli; une autre colonre, qui tenta de longer la Moldau du côté de Wicherad , rencontra l'aile gauche du roi , qui la fit rentrer.

Ainsi finit la bataille de Prague, dans laquelle les deux partis firent des prodiges d j valeur. Les dispositions du roi , pour attaquer l'enneini sur ses communications, et le rejeter dans la ville,, étaient savantes ; cependant , par le fait même , elles l'empêchèrent de tirer tout le fruit qu'il aurait pu se promettre d'une victoire aussi complète, s'il l'eût remportée en rase campagne. Nous allons bientôt voir que cette savante comhinainaison tourna même au préjudice du roi, en donnant le temps à Daun de revenir au secours de l'armée battue.

Les Prussiens perdirent dans cette journée mémorable 3,400 tués, 8,800 blessés, et i^Soo prisonniers. Du côté des Autrichiens, le maiéchai

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Brown fut blessé à mort; leur perte fut évaluée à 12 mille hommes hors de combat , 4 mille prisonniers, et 200 pièces de canon.

Aussitôt après la bataille, Frédéric prit ses mesures pour investir la place où le prince Charles s'était jeté avec l'aile gauche et le centre, formant encore près de 4o mille combattans ; la droite des Autrichiens parvint à se retirer sur Beneschau. Le maréchal Reith bloqua la petite ville , et fut renforcé : le reste de l'armée bloqua la grande ville sur la rive droite ; deux ponts furent établis au-dessus et au-dessous de Prague, pour la commanication des deux corps prussiens. L'armée investie fît quelques tentatives pour sortir, mais elles furent mal combinées, et ne réussirent pas ; il ne se passa d'ailleurs rien de bien important durant ce fameux blocus, qui fut levé le 2 1 juin, par suite des événeraens que nous allons rapporter.

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