CHAPITRE II. l
Liaient l'armée du duc de Cuinberland , et menaçaient ses états héréditaires. Le prince de Soubise conduisait , dans l'Empire , une seconde armée , qui devait agir de concert avec celle des Cercles. Au nord, les Russes dont Tarmée était hors de toule proportion avec celle que le roi leur avait opposée , pénétraient dans la Prusse , sous le commandement du maréchal Lehwald. Les Suédois commençaient à opérer en Poméranie; enfin, Frédéric voyait devant lui une armée de loo mille Autrichiens , qui se renforçait tous l«s jours. Sa perte paraissait certaine , et personne ne jugeait possible d'arrêter ce torrent menaçant, ou de lui faire prendre un autre cours. La sage et prudente diète germanique crut même pouvoir braver le roi et le mettre impunément au ban de l'Empire. Frédéric seul conservait sa présence d'esprit; il trouvait dans lui-même cette confiance qu'on ne peut définir, et qui remplaçait d'un côté, tout ce que ses armées perdaient de l'autre.
Sans doute les fautes de ses ennemis contribuèrent beaucoup à le sauver; mais on doit convenir néanmoins que , si au début de la campagne il ne fit pas tout ce qu'on pouvait attendre de lui , il répara ses désastres avec une grandeur d'ame et une supériorité de génie admirables.
Nous ne répéterons pas toutes les luttes hypothétiques de Tempelhofet de Lloyd, et nous nous bornerons à examiner l'état des deux partis , pour
l36 TRAITÉ DES GRANDES 0PÉRA.TI0\S MILITAIRES.
donnej^ ensuite le narre succinct de leurs mouveniens.
Le 19 juin , le roi se rendit à Prague, pour eu faire lever le siéiçe; tout le matériel réuni à la gauche delà Moldau, fut évacué sur Leulmeritz; l'armée marcha à Brandeis. Le 20, le maréchal Keith se porta à Leulmeritz , son ari'ière-garde vivement attaquée, arriva avec perte de 600 hommes. Le 21 , le roi marcha à Lissa pour soutenir les déhris de l'armée battue à Rollin depuis trois jours, et que Daun , malgré son énorme supériorité, ne poursuivait pas. Ces débris étaient postés entre Nimbourg et Zdonim.
Frédéric informé de cette inaction de Daun contre l'armée battue , et de la marche du prince Charles, de Prague sur Brandeis; crut que le projet des deux généraux ennemis était de se réunir par la rive gauche de l'Elbe.
Pour s'opposer à leurs desseins, le roi dirigea le duc de Bévern , de Zdonim sur Leipa , et marcha lui-même avec i4 bataillons et 35 escadrons sur Leutmeritz où il joignit le corps de Reith. Tempçlhof a porté jusqu'aux nues cette opération de Frédéric : il prétend que le but principal du roi devait être de couvrir la Saxe , afin de conserver les ressources de ce riche pays; de protéger en même temps la partie faible de ses états , et d'empêcher la jonction de la grande armée autrichienne avec celle de Soid^ise. Ce raisonne-