‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 46 sur 121 · CHAPITRE m. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. i

cette manœuvre , il aurait eu la liberté cle disposer de sa réserve et de la droite de la seconde ligne , pour soutenir le point d'attaque duquel la victoire dépendait. En conservant une ligne contiguë, il aurait pu s'avancer à volonté avec sa droite, et poursuivre Tennemi vers Podschernitz, sans lui donner aucun avantage. Cet ordre oblique lui permettait, en outre, de prendre l'armée prussienne par son flanc , et de la balayer d'un bout à l'autre : le maréclial rompit la ligne en faisant avancer sa droite partiellement , et l'armée fut ainsi enfoncée et défaite.

11 y a dans chaque camp un point qu'on peut en appeler la clef, et de la prise duquel le succès de l'action dépend presque toujours : tant que l'ennemi ne s'en est point emparé, ses avantages sont éphémères ; mais s'il parvient à l'emporter, tout est perdu. Le plus rare des talens militaires est peut-être de trouver cette clef, car la science d'attaquer les camps et de les défendre, en résulte nécessairement (i). Dans la bataille de Prague, le point important était, sans contredit.

Prussiens. Mais, comnae je l'ai dit, on ne peut connaître tous ces détails, et on blâme moins le général, que le mouvement qui fut exécuté.

(i) Ces points décisifs ne sont pas si nombreux, ni si difficiles à déterminer. Dans une ligne morcelée, c'est le centre, d'où l'on accable ensuite une des extrémités isolées ; dans une ligne contiguë, c'est celle des deux extrémités qui a plus de rapport avec lensemble «les bases d'opérations.

l54 TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.

l'espace entre l'aile droite de l'infanterie et l'étang de Sterboholi; c'est là qu'on aurait dii porter la cavalerie , en la faisant soutenir par une batterie sur la hauteur en avant de sa droite , et par de l'infanterie dans le village. Les Autrichiens entendaient si peu la castramétation , qu'ils formèrent leur cavalerie fort loin en arrière.

Les dispositions du roi de Prusse pour l'invasion , paraîtront savantes à ceux qui n'ont qu'une connaissance superficielle des opérations militaires , ou qui n'ont pas étudié la configuration du théâtre de cette guerre. Les résultats entraînent souvent les opinions sans donner le temps de réfléchir sur les causes qui les ont fait naître , c'est pourquoi les jugemens du vulgaire sont rarement fondés.

La marche de Frédéric en Bohême présentait un grand nombre d'obstacles , et l'on pouvait en rendre plusieurs insurmontables. La colonne du prince Maurice était séparée de celle que commandait le roi, par un intervalle de vingt lieues ,^ dans un pays rempli de montagnes , de bois , de ravins, de défilés, etc. L'emiemi avait, dans cet espace de terrain , une armée bien supérieure à chacune d'elles en particulier; il lui était facile d'occuper cinquante positions qui les eussent empêchées de se joindre, et de les attaquer l'une ou l'autre isolément , avec toutes chances de succès. Même après la jonction de ces deux corps ^

Page 1