‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 48 sur 121 · CHAPITRE I I r. l5g · texte numérisé non relu

CHAPITRE I I r. l5g

hof aux observations de Lloyd; elle n'offre, comme les précédentes , que des calculs hasardés. La seule chose digne de remarque dans cette discussion, c'est qu'il soutient que les meilleures positions défensives ne sauraient empêcher l'invasion d'un pays, et que celles proposées par Fauteur anglais n'auraient pas plus atteint ce but que d'autres, si les Autrichiens s'étaient bornés à les occuper. Dans le cas contraire , c'eût été leurs manoeuvres , et non les positions qui eussent arrêté l'invasion. Cette vérité est une nouvelle preuve que l'emploi des masses sur les points décisifs , constitue seul les bonnes com-^ hinaisonSj et qu'il doit être indépendant de toutes les localités.

Tempelhof fait ensuite l'éloge des dispositions du roi pour entrer en Bohême. Ce prince forma quatre divisions, parce qu'il savait que les Autrichiens en avaient autant, et qu'il voulait leur faire croire que son projet était d'attaquer partout; il forma ensuite de ces quatre corps deux armées. Cela était bien, puisque le système de l'emploi d'une plus forte masse y fut observé , relativement aux mauvaises dispositions des ennemis; mais comme nous lavons déjà dit, cela ne prouve pas qu'une ligne d'opérations double, partant de la Silésie d'un côté, et de la Saxe de l'autre, fût bonne. Le roi, en établissant ses corps, ne pouvait réellement pas compter que

l6o TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES.

les généraux autrichiens s'isoleraient toujours, et persisteraient à maintenir leurs fausses dispositions. L'événement prouva seulement qu'un plau combiné contre les principes réussit, lorsque l'ennemi lui oppose des manœuvres plus mauvaises encore. Les Autrichiens , loin d'être battus à Abensberg et à Eckmuhl, auraient fait une campagne brillante, si Napoléon, comme Brown le fit devant Frédéric, eût opposé une ou deux armées à chacune des leurs , et qu'au lieu d'opérer en masse contre leur centre morcelé, il eût fait quatre divisions pour déborder deux armées ou couvrir ses frontières. Ainsi, en opérant sur cinquante lieues de front , par un système faux et dangereux , on a pu battre quekpiefois l'ennemi qui opérait lui-même suruneligne de cent lieues. Mais , aux yeux des gens de l'art, cela ne justifie pas un mauvais plan : si l'on a obtenu quelques avantages en s'écartant des principes, on aurait obtenu des succès bien plus assurés et bien plus décisifs, en les observant. En un mot, pourquoi courir les chances d'une faute , lorsqu'on peut l'éviter et obtenir de plus grands résultats ?

On ne peut pas approuver le reproche que Lloyd fait au roi d'avoir attaqué le prince Charles, sous le canon de Prague. Sans doute il eut mieux valu , dès le commencement , opérer vivement et en masse sur le centre des divisions

CHAP ITRE III. 161

isolées de l'armée autrichienne , afin de les enlever, ou d'empêcher leur jonction pendant toute la campagne; mais puisqu'elle était faite, et que le prince Charles allait être encore renforcé par Tarmée de Moravie, il fallait bien alors s'empresser de combattre un des deux corps : une victoire contre Daun n'aurait pas produit grand résultat; celle de Prague, au contraire, pouvait avoir les suites les plus brillantes. L'observation de Lloyd , juste en tactique , ne l'était point en stratégie.

Je terminerai cette critique par quelques observations au sujet de la bataille de Prague. On voit^ par la relation, qu'elle fut gagnée par un effort concentré de l'armée prussienne sur le centre et la droite des Autrichiens , dont cette aile fiit aussi débordée, et que leur gauche paralysée ne prit part au combat que pour protéger la retraite.

11 y a fort peu de chose à ajouter aux réflexions de Tempelhof sur a manœuvre que le prince Charles employa pour garantir son flanc droit , au moyen d'un crochet formant angle saillant. Je crois bien avec lui que rien ne peut empêcher une armée de gagner l'extrémité d'un crochet, comme celle d'une ligne droite, lorsqu'elle manoeuvre avec habileté; mais il convient lui-même que cette armée sera forcée de faire un plus grand mouvement; qu'il lui pren- 1. 11

dra un temps considérable, pendant lequel l'ennemi sera maître de changer son front, et de présenter toute sa ligne, là où l'on ne comptait rencontrer quun de ses flancs. Ce raisonnement paraîtra sans réplique , si l'on considère que l'armée qui veut en tourner une autre, opère sur un arc , dont son adversaire forme la corde. Ce dernier, manoeuvrant donc sur le côté intérieur, par une ligne droite , le fera plus promptement que l'autre.

De là dérivent les maximes suivantes :

1 ° La Jojvnatioji d'un cj^ochet peut s'employer avec succès ^ entre deux armées également ma-nœuvrières , contre les attaques sur un flanc.

2° Pour assurer la réussite de ce mouvem^ent , il né faut pas se borner à la formation du crochet , qui ne préserve qu'instantanément de danger ; mais l'armée changera de front sur la même direction, afin de se présenter toute entière à l'ennemi.

3° Enfin, si Von se croit assez fort pour agir offensiveînent contre l'armée qui a pris l'initiatique, il Tie faut poiîit se boiser à ce changement de froiït , qui n'est que défensif Dès qu'on aura formé rapidement son crochet pour garantir son extrém,ité, menacée , et tenir en échec le front de l'ennemi, le reste delaligne se mettra en colonnes par le flanc et par pelotons ou divisions ; et , se prolongeant dans la direction de la position qu'elle

Page 1