CHAPITRE III
trouvant Fennemi posté avantageusement, aurait pu prendre une autre position , afin de l'engager dans un mouvement, et se procurer par-là l'occasion de combattre avec moins de désavantage. Je sais qu'on objectera que le prince Charles, informé de son absence, eût attaqué l'armée laissée devant Prague; mais si le roi en connut la crainte, cela prouverait qu'il avait exposé cette armée à être détruite, puisque sa conservation dépendait d'un secret que Tennemi pouvait découvrir de mille manières.
Frédéric ayant résolu de gagner les hauteurs de Chotzemitz, sur le flanc droit des Autrichiens , eut tort de marcher en plein jour, parce qu'il leur était facile de pénétrer ses desseins, et de faire leurs dispositions en conséquence, comme cela eut effectivement lieu. Si le roi , dès la veille, avait envoyé, vers leur flanc gauche, un corps de cavalerie qui lui était inutile dans un pays aussi montagneux , cette manœuvre pouvait attirer l'attention sur ce point, et donner la la facilité de s'y porter la nuit, sans être aperçu. Cette entreprise, exécutée en plein jour, devint par cela même impossible. L'armée prussienne Jbrmait, dans sa marche , un arc dont les ennemis figuraient la corde; ils pouvaient donc mettr^e, en moins de temps quelle^ un plus grand nombre d'hommes en action, au point d'attaque principal, lors même que les deux armées auraient été
égales en nombre : avantage qui est toujours décisif.
Lloyd dit que Frédéric, étant proportionnellement plus fort en cavalerie qu'en infanterie, aui^ait dû choisir, sur le front des Autrichiens,. le terrain le plus convenahle à cette arme; et,, comme il leur avait donné le temps de porter les deux tiers de leurs forces à la droite, refuser ses deux ailes, et, avec sa cavalerie, soutenue d'infanterie et d'artillerie, faire ini efïorS entre Chotzemitz et Brzist, où il n'y avait que de la cavalerie.
Déterminé à attaquer l'ennemi avec sa gauche* le roi devait porter toute son infanterie sur ce point, et laisser sur sa droite ,^ une simple ligne de cavalerie qui eût été suliisanle, car l'aile gauche des Impériaux n'eût jamais quitté sa position pour descendre dans la plaine. Par ce moyen, l'armée prussienne aurait été à même de soutenir son avant-garde à une distance convenable, au lieu qu'elle la laissa tout-à-fait en l'air. Mais plus cette avant-garde eut de succès, plus sa destruction devint certaine, parce qu'elle s'exposa à être attaquée de toutes parts. Eji effet, après avoir percé la première ligne de l'ennemi, et attaqué le flanc de la seconde , elle fut engagée avec la plus grande partie de l'armée sur son front, débordée par la réserve, et battue par «ne formidable artillerie; la ligue n'étant pas à