‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 54 sur 121 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

que les Français eussent perdu le champ de bataille , ils auraient du moins conservé ces 20 bataillons, qui furent pris.

Les éloges de l'auteur anglais sur la conduite de Daun , sont exagérés. Le maréchal manoeuvra passablement dans la bataille : il était naturel de porter sa masse sur la droite menacée; mais ce qui prouve qu'il manquait de génie militaire, c'est son indolence à la fin de l'action. Lorsque la victoire fut décidée , il rentra dans son camp, et permit que i5 mille combattans, fatigués par une marche et des efforts inouis, restassent en sa présence jusqu'à la nuit. A l'exception de 2 ou 3 régimens, l'armée autrichienne était dans le meilleur état; toute la gauche n'avait pas souffert : il devait marcher avec les 45 mille hommes qui lui restaient, pour frapper un coup décisif. On peut juger ce qui serait arrivé , si les débris de Kollin eussent été dispersés, et que Daun, victorieux, eût paru deux jours après devant Prague. Ce résultat n'était pas difficile à obtenir , la bataille ayant été livrée dans une position aventurée. Le roi, en débordant la droite des Autrichiens, s'engagea entre leur armée et l'Elbe , sur la direction de Kollin : dès que la victoire fut prononcée , Daun n'avait qu'à faire descendre sa gauche et son centre sur Planian , pour exécuter ainsi un changement de front décisif ; Frédéric eût été rejeté sur l'Elbe, entre

Kollin et Nimbourg , sans artillerie et presque sans munitions, sans ponts, sans communications avec le corps qui assiégeait Prague. En se rappelant la disproportion de ses forces, ou se demande ce qu'il serait devenu.

La bataille de Kollin fournit encore sujet à deux observations assez intéressantes.

On voit , par la relation de Tempelliof , que l'intention du roi paraissait être de porter toute sa cavalerie sur les derrières de Daun, en suivant, à gauche , le mouvement de la brigade Hulsen ; que cette cavalerie , forte de plus de 90 escadrons , devait frapper le grand coup,aprèsavoir dépassé Radowesnitz, où elle aurait trouvé un terrain favorable : enfin que la brigade Hulsen, n'ayant point débusqué l'infanterie autrichienne du bois , par l'accident qui avait arrêté les colonnes , la première ligne de cette nombreuse cavalerie tomba sous un feu terrible parti de ce bois , et que , dèslors, son mouvement fut manqué. Le tiers de l'armée de Frédéric, lo mille hommes de son excellente cavalerie , furent ainsi paralysés ; un autre tiers fut engagé où il ne devait pas l'être ; le reste, composé de la même brigade Hulsen et de l'aile gauche de l'infanterie, fut attaqué par des forces trop inégales.

Les argumens par lesquels Tempelhof combat l'opinion de Lloyd sur l'attaque de jour , ne détruisent pas l'observation de ce dernier; car, si Iç

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