‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderneChapitre 55 sur 121 · CHAPITRE III. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. m

roi ne pouvait opérer son mouvement en une nuit , rien n'empêchait de le commencer à midi , de faire halte au-delà de Plauian à l'entrée de la nuit, et de gagner la hauteur de Rrézor , au point du jour; alors les Autrichiens, surpris et accablés sur leur droite , n'auraient pas disputé long-temps la victoire. De cette vérité dérivent les maximes suivantes :

1° S'il est reconnu que les attaques les plus avantageuses , sont celles qui s'opèrent par un effort concentré sur une seule extrémité de la ligne ennemie, il devient indispensable de prendre ses mesures pour gagner cette extrémité , en masquant ses mouvemens y

2° En négligeant cette précaution , V ennemi pourra suivre la marche des colonnes qui ^veulent le déborder y leur présenter toujours son front, ou les prendre elles-mêmes enjlanc , ainsi que cela est arrivé à l'armée combitiée à Rosbach y

3° On cacliera sa marche soit au moyen de l'obscurité , soit à la faveur du terrain , ou enfin par une fausse attaque sur le f 'ont de l'ennemi.

Les deux derniej\s moyens sont préférables (surtout lorsqu'on peut les réunir), parce que les mouvemens de nuit sont moins sûrs , moins réguliers que ceux de jour.

Enfin, je pense que , pour inquiéter une plus grande étendue du front, au lieu de le menacer par une avant-gax'de opérant régulièrement , il

faut le faire par des tirailleurs formés en pelotons^ dont le nombre, suivant la circonstance, sera porté jusqu'à 6 ou 8 bataillons , qui auront une place de rassemblement , et seront soutenus par de la cavalerie et quelques pièces d'artillerie légère. Ce moyen est en même temps excellent, soit pour donner lecliange sur la valeur réelle de ces fausses attaques et le nombre des troupes qui y sont employées , soit pour tenir en échec presque tout le front de l'ennemi pendant que les colonnes marchent à leur destination.

Je citerai encore , à l'appui de ces maximes , mes observations sur la bataille de Prague , et les conséquences qui en dérivent : s'il est reconnu qu'une armée doive opposer, aune attaque sur une de ses extrémités, des contre-manoeuvres qui aient le même but sur un des flancs de son adversaire , on conviendra également que le mode d'attaque qui lui ôtera cette facidté sera le plus favorable , et qu'un mouvement dérobé est le seul auquel un ennemi habile ne remédiera pas.

La charge de cavalerie , exécutée à Rollin , ressemble beaucoup à celle de Reichemberg, dont nous avons parlé au chapitre II, et à plusieurs autres des dernières guerres. On se rappelle qu'à Reichemberg, la cavalerie du duc de Bévern fournit une charge brillante sur celle des Autrichiens , et la culbuta ; mais qu'elle fut elle-même ramenée en désordre, parce qu'elle prêta le flanc aux bois

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i'emplis d'infanterie , et gardés par quelques batteries. Cet exemple fiit renouvelé à Kollin , avec bien plus d'importance. Les 55 escadrons du général Ziéthen , a} aut voulu se prolonger à gauche pour déborder l'aile droite de l'eûnemi, et prendre sa ligne à revers , culbutèrent d'abord la cavalerie autrichienne, et continuèrent leur mouvement entre la foret de Radowesnitz et le ravin, parce que rinfanterie qui était sur ce point devait être attaquée par Hulsen , et m^ise hors d'état de nuire à ces escadrons. Mais ce dernier, arrêté par le retard des colonnes , n'effectua point son mouvement lorsque la cavalerie longeait le bois; elle prêta donc les flancs à l'infanterie qui s'y trouvait, et qui dirigea sur elle un feu bien nourri , soutenu de quelques décharges à mitraille; il était naturel qu'elle s'empressât de rétrograder.

A Reichemberg, le duc de Bévern parvint à s'emparer de l'obstacle, en le faisant attaquer plus haut par 1 infanterie de sa droite. La charge renouvelée ensuite eut le plus grand succès, parce que la cavalerie autrichienne fîit dans la disposition où se trouvait précédemment celle du duc, c'est-à-dire prise en ilanc par les troupes postées dans le bois. Le général Ziéthen ne put pas recommencer son mouvement , puisque la forêt uq. fut jamais emportée.

l'jS TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.

On peut alors déduire de ces deux événemens, les maximes suivantes :

i'' Pow\faire une charge importante de cavalerie le long d'un bois y ou diin terrain couvert ^ ilfautquelle soit précédée , d'un instant , par une "vigoureuse attaque d'infanterie sur ces différens obstacles (i).

3° S'ilj a lieu de présumer que l'ennemi ne les occupe pas en forces ^ on se bornera à les fouiller avec 1 ouZ bataillons.

3° horsquon aura de l'infanterie disponible , il faudra les occuper ety placer quelques pièces de canon y afin de seconder la charge de sa cavalerie et en assurer le succès.

4° Et en sens inverse , si l'on place sa cavalerie défensivement près d'un bois, il est indispensable de le garnir d'infanterie pour empêcher l'ennemi défaire cette manœuvre.

Enfin, la bataille dont nous avons fait le récit, prouve qu'un général commandant une attaque aussi importante que celle de Ziétlien , ne doit

(i) Il est entendu que je ne veux pas parler d'une charge d'avantgarde ou de cavalerie légère poursuivant l'ennemi, ni de ces charges décisives un jour de bataille , pour arrêter ou suspendre un mouvement de son adversaire. Je parle d'une attaque sur la ligne ennemie , dans un but offensif, pour laquelle on a le temps de faire ses combinaisons.

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