CHAPITRE I lî. l^q
pas se borner à voir devant lui ; mais qu'il doit, être instruit des rapports des mouvemens de son adversaire avec toutes les attaques secondaires , afin de pouvoir subordonner ses mesures d'exécution, à ce qui se passe autour de lui : il en coûta aux Prussiens 1,600 chevaux et 1,400 cavaliers pour avoir négligé ces principes.
Cette action meurtrière démontre que la bravoure, le dévouement même d'une armée, sont inutiles, lorsqu'il y a dans les dispositions premières ou dans leur exécution , une violation essentielle des règles de l'art. Sans doute le courage d'une troupe est un des plus sûrs garansde la victoire ; mais c'est lorsqu'il est bien dirigé. Une armée moins brave , moins nombreuse , mais conduite par un grand capitaine, manoeuvrant comme à Lonato, à Castiglione, à Jéna, etc., vaincra la meilleure armée du monde, commandée par un Soubise, un Marsin, un Tallard : jamais troupes ne combattirent mieux que les Prussiens à Kollin et à Kunersdorf , où ils perdirent la moitié de leurs régimens.
Tempelbof a consacré un chapitre pour réfuter le reproche que Lloyd adresse au roi de n'avoir pas poussé les Autrichiens sur le Danube. Son principal argument est un calcul compassé du nombre de boisseaux de chaque denrée , qu'il aurait fallu pour entretenir l'armée pendant une si longue expédition , et des chariots nécessaires,
l8o TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES,
à leur transport. L'auteur uous donne le mécanisme de l'administration prussienne , dont le parc de vivres portait pour six jours de pain, et neuf jours de ("ariue ; il règle le nombre de marches dont une armée peut s'éloigner de sa boulangerie , et conclut que cette expédition n'était pas praticable. 11 n'a pas voulu compter que, dans quinze jours, une armée parcourt une ligne de cent lieues, ce qui, avec les deux côtés de la route, à une certaine distance, donne un espace de plus de cinq cents lieues ; il n'a pas réfléchi que, sur une aussi vaste étendue, l'on trouve facilement de quoi nourrir loo mille hommes. Dans l'intervalle de la bataille d Eylau à la paix de Tilsit, en 1807, Napoléon a fait subsister 120 mille hommes, pendant quatre mois, dans un pays déjà ravagé. De là on peut conclure que , pour des opérations décisives , il convient de ne pas s'arrêter, pendant i5 à 20 marches, au calcul des boulangeries, pourvu qu'on ait soin de faire suivre , à certaine distance, un approvisionnement de biscuit. Comme je l'ai déjà dit à la fin du chapitre P'^, au siècle de Frédéric , on subordonnait tout à cette prévoyance outrée; lorsque l'expérience et l'exemple des grands hommes de l'antiquité suffisaient pour secouer un tel préjugé. Les calculs de son historien justifient d'autant moins Frédéric, que la Bohême est un pays généralement fertile, où