CHAPITRE IV
Lloyd blâme également les alliés d'avoir marché, sans avant-garde; ce qui ne doit jamais se faire quand on est à proximité de Fenneaii. Il pense, avec raison, qu'ils n'auraient pas dû se former sous le feu des Prussiens , mais plus eu arrière.
La conduite de Frédéric fut bien différente ; il aperçut toute la matinée les mouvemens de l'ennemi , sans eu être déconcerté , et aussitôt qu'il eut pénétré leur dessein , il fit ses dispositions avec beaucoup de sang-froid. Sa marche derrière le plateau de Reichertswerben , lui procura de grands avantages; cette fuite apparente trompa lorgueil de ses ennemis ^ au point de leur faire négliger toutes précautions: ils s'avancèrent avec tant de précipitation que le désordre s'introduisit dans leurs rangs ; les têtes de colonnes se trouvèrent tout-à-coup sous le feu des Prussiens , et dans l'impossibilité de se former. Le roi saisit ce moment favorable , ordonna à sa cavalerie de charger, et au petit nombre de bataillons qui était arrivé , d'attaquer l'ennemi spontanément. Un pouce de terrain , un instant perdu , auraient donné aux alliés l'espace et le temps nécessaires pour former leur ligne; mais les manœuvres du roi furent si précises qu'elles durent être couronnées par la victoire.
Tempelhof ajoute que les généraux français et impériaux perdirent la bataille pour avoir juge 1, i4
Frédéric d'après le commun des hommes. Lorsqu'ils formèrent leur projet d'attaque, ils étaient éloignés de penser que le roi le devinerait du premier coup-d'oeil , le déjouerait avec la même promptitude , et que ce n'était pas son sjstème d'attendre une attaque , mais bien de la prévenir ^ en prenant l'initiative. L'histoire de ses campagnes, surtout la bataille de Soor, aurait dû le leur prouver; mais non contens de le battre , ils voulaient le prendre !
L'auteur prussien tire de la conduite du roi dans cette affaire deux maximes générales :
1 ° Lorsqu'une année prévoit une attaque ^ elle ne doit jamais attendre V ennemi ; il faut au contraire qu elle le prévienne sans perdre une minute , et l'attaque avec impétuosité ;
2? Si l'ennemi veut tourner une armée le jour d'une bataille j celle-ci peut toujours l'en empêcher, et même le déborder. (Cette pensée sera rendue intelligiblement parla figure 3, planche 14.) On a supposé deux armées marchant sur deux lignes qui doivent se rencontrer en G où elles formeront un angle. Il est évident que celui qui aura atteint le premier ce point, sera établi sur le flanc de son adversaire, et pourra le déborder.
L'armée se portant à l'attaque, le fera vraisemblablement par ligues et en colonnes , par pelotons ou par divisions, car cette méthode est la meilleure. Elle détachera en avant, un gros corps
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de cavalerie , afin de gagner plus rapidement le flanc qu'elle veut attaquer. Si l'armée était bien éclairée, il lui serait facile de déjouer ce projet, et il est certain qu'elle pourrait toujours gagner Je point donné avant son adversaire ; puisqu'ayant reçu à temps avis du mouvement de l'ennemi, elle serait en mesure d'arriver avant lui au point de sa direction (i); elle n'aurait pour cela qu'à suivre l'exemple du roi, qui plaça sa cavalerie à l'aile menacée, et la mit de suite en mouvement. Dès que l'armée B sera donc formée au point G avant l'armée A, cette dernière sera prise en flanc et sans doute battue , si la première profite de cet avantage avec autant de vivacité que le roi le fit à Rosbacli. Pour s'en assurer , il faut démontrer la seule contre-manoeuvre qui reste à l'armée A, pour arrêter l'ennemi (^fig. ^,pL i4). Dès que la cavalerie est parvenue à la hauteur de G, l'armée A n'a d'autres moyens que de former un crochet , au
(i) Ces idées de Tempelhof sont justes dans la supposition d'un mouvement fait de jour et à découvert; dans le cas contraire, elles seraient nulles ; on peut donc les citer à l'appui du chapitre III , et des maximes que j'y ai présentées pour dérober ses mouveraens à l'ennemi. D'ailleurs, il n'estpas indispensable démarcher par lignes pour gagner l'extrémité d'une armée; on peut masquer l'opération par une attaque d'avant-garde, et porter sa masse sur cette e-xtrémité, par des colonnes de bataillons serres à peu de distance; de cette manière , il est difficile que IVnncuii le découvre, et puisse s'y opposer à temps-
:iI2 TRAITF, DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
point de rencontre: ce mouvement , qui doit être exécuté avec rapidité, entraînera quelque désordre; la cavalerie formée en G, chargeant alors avec ensemble et impétuosité, dans une direction convenable pour déborder l'ennemi, le culbutera , môme avant qu'il ne soit déployé. Tempelliof prétend d'ailleurs que la formation de ce crochet est sujette à un autre inconvénient : une armée marchant par lignes en colonnes, j^erd toujours lui peu de ses distances, lorsqu'il s'agit défaire Une conversion dans laquelle ses colonnes se rapprochent; cela arrive surtout lorsque le crochet forme un augie droit ; alors les lignes sont serrées en masse, et il en résulte de la confusion : si la charge de lennemi s'effectuait dans ce moment, et que la première ligne fût repoussée, elle enti'^înerait nécessairement la seconde. La cavalerie des assaillans pourra aisément se reformer et renouveler ses attaques : dans cet intervalle , leur infanterie commencera d'arriver; les bataillons marcheront au soutien , à mesure qu'ils se formeront , parce qu'il est très-important d'agir avec vigueur , sans donner le temps à l'ennemi de se reconnaître; et il est facile de juger quils peuvent le faire sans crainte, puisque l'armée est toujours à portée de les soutenir (i).
(i) Tempelhof arrange fort bien cela à sa manière; mais il est ilans l'erreur, 'orsqu' il prétend c£ue deux colonnes, se rapprochant