CHAPITRE V
ployer, peloton par peloton , sur celui de la tête, avec assez d'exactitude pour que le premier de la colonne de gauche se trouve appuyé au dernier de la colonne qui est à sa droite; linverse se fait à la gauche, si la direction est sur cette aile. Or, je demande aux militaires accoutumés à diriger des troupes :
1° Si, pour marcher à rennemi , on peut ouvrir cinq marches jusqu'à sa portée , à travers les obstacles du terrain , sans qui! s'en aperçoive , et ne repousse l'attaque?
2° En supposant que cela fût possible, le serat-il de conduire cinq colonnes hors du rayon visuel , en conservant exactement les distances , de manière à ce qu'elles arrivent, à la minute, sur le front des attaques, principalemeut lorsqu'une colonne aura la moitié moins de chemin à parcourir qu'une autre ?
3° Accordant néanmoins ces deux hypothèses, comment les colonnes formeront-elles une ligne solide et contiguë, s'il y a le moindre retard dans l'une ou l'autre? Et combien de temps emploieront-elles à se développer sur la tète?
4° Sera-t il possible de déployer sur le centre pour accélérer le mouvement? et si, pour l'exécuter , on voulait faire tourner le dos à la tête des colonnes lorsqu'elles seront à portée de l'en-
224 ThAfTÈ DES GRANDES OPÈRA.VIONS MILITA ^RV g.
nemi , que deviendrait une armée attaquée dans une pareille situation?
5° Quel succès attendre d'une attaque , dont la réussite dépend de la surprise d'un flanc de rennemi et où il faudrait une heure au moins pour former la ligne? N'aura-t-il pas le temps défaire son changement de front , d'opposer une ligne égale à la vôtre , même de la déborder, en suivant les principes que j'ai indiqués à la suite de la bataille de Prague?
6" L'ennemi pouvant découvrir la marche, de toute l'étendue du rayon visuel , v^e sera-t-il pas à même de renforcer vivement un point de sa ligne, de pénétrer entre les deux colonnes les plus voisines, qui, arrêtées dans leur mouvement, seront prises en flanc , de front et à revers , et vraisemblablement détruites?
7° J'ai cependant supposé, contre toute vraisemblance , la possibilité d'ouvrir des marches ; mais s'il est reconnu que cette opération soit inexécutable devant l'ennemi , qu'on juge alors si le système de Guibert pourrait être exécuté par des colonnes marchant au hasard sur des directions vagues, forcées de subordonner leurs mouvemens aux accidens du terrain, de s'éloigner souvent à double distance de déploiement, arrivant les unes beaucoup avant les autres, et présentant des attaques isolées , sans force et sans