CHAPITRE V. 22S
vigueur. Que deviendrait une armée cîanô cette situation, si elle avait affaire à nu Frédéric, à un Napoléon?
Guibert paraît avoir tellement Tuéconnu le sinit pie mécanisme de Tordre de marche par lignes, que dans la manoeuvre où il était le plus naturel de rem.plover, dans celle où il tombe sous le sens, en un mot, dans sa planche i5, il s'est servi de l'ordre de front , pour indiquer l'attaque de l'ennemi sur les têtes de colonnes qu'il voulait faire manœuvrer; cette armée avait néanmoins commencé son mouvement par le flanc, ainsi que la même planche le démontre, elle marche d'abord par la gauche et par lignes. Jusque là , cet auteur judicieux avait suivi l'impulsion de Tordre naturel; pourquoi donc a^t-il formé, de cette même armée, quatre colonnes de front, pour leur faire exécuter ensuite un long déploiement? tandis qu'en faisant tête de colonne adroite , après avoir passé le village et le bois, et dirigeant ses deux colonnes en arrière du plateau qu'il a figuré, il pouvait les mettre en bataille par une simple conversion ce pelotons. Frédéric manoeuvra ainsi à Rosbach; et la position estabsolumentlamême que celle supposée par Guibert. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que l'auteur de TEssai gêné" , rai de tactique ait renouvelé les mêmes erreur* dans sa défense du système moderne , où elle» sont encore plus sensibles.
Je n'aurai pas besoin de m'étendre davantage sur ce sujet, ni de citer la malheureuse bataille de Minden; la relation de cette affaire, rapportée dans le chapitre XV, prouve complètement les vices d'un déploiement processionnel.
Si les idées que je viens d'exposer , ne sont pas assez intelligibles, ou assez frappantes, par les ordres de marche annexés à ce volume, on peut consulter encore ceux de Zorndorf et de Kunersdorf, et de tous les mouvemens stratégiques de Frédéric : on verra ^ que c'est à eux seuls qu'on doit attribuer la facilité avec laquelle il manoeuvrait sur les lianes de Tennemi , tenait sou armée sous la main jusqu'au moment d'attaquer, et la formait alors avec rapidité.
Le système de tenir son armée toujours réunie , de présenter une masse à des parties isolées , une ligne entière à une seule extrémité de ligne; ces combinaisons justement admirées des gens de Fart , ne pouvaient s'exécuter qu'au moyeu duu ordre pareil , dun mode de formation qui réunît promptitude , ensemble et simplicité.
Le système de Guibert, celui de Frédéric , et les idées que je viens d émettre , reposent sur un ordre de combat en ligne déployée; je pense, au reste , et j'ai déjà eu occasion de démontrer que cet ordre n'est pas de rigueur, et que Ion pourrait employer , avec plus d avantage , une ligne de bataillonsformés eu colonne serrée par divisions.