CHAPITRE
levé dans un moment important, des forces précieuses au point décisif.
Doué d'un coup d'œil vaste, l'auteur anglais n d'ailleurs jugé habilement toute l'importance du poste de Passau ; mais il lui attribue néanmoins un pouvoir magique en supposant que sa situation au confluent de llnn et du Danube suffise pour rendre maître, à l'aide d'un faible détachement, de tout le cours de ces fleuves, et pour couper toute communication entre le cœur de la monarchie autrichienne, la basse Allemagne, la Flandre et même le Tyrol. Un semblable résultat serait à peine atteint par la présence d'une armée considérable sur ce point ; mais quelque stratégique qu'un poste puisse être , son influence n'est proportionnée qu'à raison des masses qui l'occupent et de leurs rapports avec la situation de l'ennemi.
Enfin pour occuper Passau d'une manière convenable , observer le haut Danube, établir un corps sur le Mein, un autre en Hongrie, assiéger Vienne et couvrir cette entreprise ; en un mot pour asseoir sa puissance depuis les cimes des Krapacs jusqu'aux rives du Rhin , le roi n'aurait pas eu trop de 300,000 hommes, car le développement du front de ces lignes d'opérations eût embrassé un espace de 300 lieues au moins.
Comment est-il possible queLloyd, qui a donné tant de preuves de la profondeur et de la solidité de son esprit, se soit laissé entraîner à ce point? Comment a-t-il pu comparer le résultat des efforts combinés de l'Empire , de la France et de la Prusse, contre l'Autriche, en 1742, avec celui qu'il devait supposer aux armes isolées de la Prusse contre l'Autriche, alors soutenue de la moitié de l'Europe? Sans doute le maréchal de Bellelslc avec 100,000 Français, et Frédéric avec autant de Prussiens, pou-
vaient faire de grandes entreprises contre l'Autriche qui n'avait point d'alliés en 1742. Mais devait-on en attendre autant du roi, lorsqu'il se trouvait seul, que ces 100,000 Français étaient devenus ses ennemis, et qu'un pareil nombre de Russes allait se joindre à eux ?
Enfin Lloyd, dans plusieurs autres occasions se contredit au point qu'on a de la peine à comprendre ce qu'il a voulu dire.
Rien n'était plus facile au roi selon lui que de masquer le camp des Saxons, par une petite division, et de repousser sur le Danube l'armée trop faible des Autrichiens.
Plus loin, en jugeant les fautes de ces derniers, il dit positivement qu'avec la moitié des troupes réparties dans la Bohème, on aurait arrêté tous les efforts des Prussiens pour pénétrer dans ce royaume, et réduire les Saxons ; il suffisait pour cela d'occuper le poste d'Aussig. Ces jugements forment un contraste frappant avec le reste de l'ouvrage, et prouvent l'imperfection de l'esprit humain.
Je ne m'étendrai pas davantage sur cette campagne, parce que je me propose de réunir au chapitre XIV, des maximes générales sur les lignes d'opérations, et de revenir sur celles suivies cette année.
Les Autrichiens profitèrent du temps que le roi leur laissa, pour mettre leur armée sur un pied formidable. S'il faut en croire les relations du temps, elle devait être de 180,000 hommes, au commencement de
Frédéric en fit autant de son coté ; il forma plusieurs nouveaux régiments avec les Saxons capitules à Pirna, au lieu de les amalgamer dans ses cadres : aussi la plupart abandonnèrent ses drapeaux, dès qu'ils en trouvèrent l'occasion.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES