CHAPITRE XVII
indépendante de toutes le» circonstances.
Les combinaisons primitives du roi étaient bonnes; il avait gagné la ligne d'opérations des Russes, et mis les chances en sa faveur : néanmoins , il eût été peut-être plus avantageux de passer l'Oder au-dessus de Francfort, et d'arriver à eux par la route de Crossen, point de communication avec leur ligne secondaire , l'armée autrichienne ; et dans le fond il valait mieux les couper de celle-ci , que de leur base , parce qu'en leur laissant la route de Crossen, ils conservaient la faculté de se réunir à Daun , ce qui eut été funeste aux intérêts du roi. Au surplus, sans discuter ces points de vue généraux , attachons-nous à faire sentir les fautes commises sur le champ de bataille.
Le roi ayant gagné les derrières et l'extrême droite de l'ennemi , il arrêta sa première attaque sur cette droite (devenue la gauche après que les Russes eurent fait face en arrière). Cette combinaison faite d'après les grands principes, aurait eu les mêmes résultats que la bataille de Leuthen (chapitre VU); mais l'exécution fut trop lente; « car si f attaque n'est pas soutenue virement,
• l'extrémité n'est plus partie faible, vu que
• l'ennemi a le temps a" y porter tous ses
• moyens > . C'est ce qui arriva dans cette occasion. Comme tout dépendait de la première attaque, il fallait la brusquer, et ne pas laisser à l'ennemi le temps d'organiser sa résistance. L'échelon de 8 bataillons, en avant de la droite, était bien ordonné ; mais il convenait de tenir l'infanterie de cette aile en colonnes d'attaque, pour les suivre rapidement, attaquer et déborder tout ce qui leur résisterait ou voudrait se reformer; enfin il importait d'avoir, sur ce point, au moins une division de cavalerie, pour soutenir l'infanterie et charger à propos.
Cette marche de la droite, en colonnes
d'attaque, aurait rempli le double but de mobilité et de force qu'il fallait opposer aux masses pelotonnées des Russes. Les quatre lignes d'infanterie avaient tous les inconvénients des colonnes , sans aucun de leurs précieux avantages.
Quant à la cavalerie , il est incontestable que Frédéric distribua mal la sienne. S'il est vrai qu'il faut rassembler souvent de fortes masses ou réserves de cette arme , il ne l'est pas moins en thèse générale , qu'il faut aussi des divisions de cavalerie à chaque aile , afin de profiter des occasions qui se présenteraient pour achever la victoire , et rétablir le combat , si cela devenait nécessaire.
Frédéric dut se repentir de n'avoir pas suivi cette maxime à Kunersdorf.
II parait aussi que le roi engagea mal à propos son front aux secondes attaques , et s'opiniâtra inutilement à la prise du Kuhgrund. J'ai vu le champ de bataille , et me suis convaincu que tout aurait été gagné si l'on avait tourné le ravin et emporté le Spitzberg ; c'était là vraiment la clef de la seconde position. Le roi , pouvant facilement découvrir cette hauteur retranchée , aurait dû sentir son importance. Après avoir occupé Kunersdorf, il fallait qu'il appuyât son mouvement à gauche; que Finck vînt remplacer son aile droite devant le Kuhgrund ; que cette aile, se rabattant sur Kunersdorf, eût tourné le Spitzberg, tandis que la gauche l'aurait attaqué de front :
dès lors, le chemin creux n'eût plus été tenable. D'ailleurs , l'ennemi n'aurait pas eu le temps d'y prendre poste et d'organiser sa défense, si la droite, formée en colonnes d'attaque , comme je l'ai déjà dit, eût exécuté ses mouvements avec rapidité, pour achever ce que les grenadiers avaient si bien commencé.
TRAITÉ DES G H AN DES OPERATIONS MILITAIRES