CHAPITRE XVlll
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août, avec ton régiment, avait rassemblé «n petil corps de 7,000 hommes, et repris Wittenberg et Torgau en hissant librement •ortir leurs garnisons. Oblige malheureusement d'attendre dans celle dernière ville son artillerie de Magdebotirg, il n'en partit que le 3 septembre , et arriva le 4 , à Gros- «enhain , où il apprit seulement, pnr le colonel Wolfersdorf, que l'on était en pourparlers ; il accéléra alors sa marche pour délivrer Schmettau. Celui-ci , cependant , bien éloigné de croire qu'il put être secouru de sitôt avait signé la capitulation le même soir, et avait rendu la place aux alliés.
Le lendemain, Wunsch croyant toujours les Prussiens dans Dresde, culbuta les corps de Brcntano eldcWchla, des hauteurs de Roxdorf, et des bois de Moritxbourg, el s'avança jusqu'à Weissenhirsch , où il apprit la reddition de la place.
Cet officier qui, jusqu'alors, n'avait conduit que de petits détachements de troupes légères, montra dans cette occassion toute l'audace d'un soldat et l'habileté d'un général; non content d'avoir battu et ramené sur Dresde deux corps plus forts du double que le sien, il résolut d'abord d'enlever île vive force la nouvelle ville gardée par Maquire, et ordonna de détruire les ponts de communication des alliés sur l'Elbe, afin de leur ôier la possibilité de déboucher sur ses derrières.
La nuit et la fatigue des troupes, qui, depuis vinjçt-quatre heures marchaient el combattaient , le forcèrent de remettre son attaque au lendemain. Mais le calme de la réflexion le détourna de cette entreprise hasardeuse, et le décida à reprendre, dans la soirée, la route de Torgau, où se dirigeait de son côté le général de Saint-André.
Wunsch arriva devant la ville , le 7 , après midi ; il y reçut, le lendemain , une sommation du général Saint-André, à laquelle il répondit en attaquant les Impériaux dans la position avantageuse qu'ils avaient prise près du village de /.inna ; il porta son
effort sur la gauche, séparée de la ligne par un petit ruisseau , l'accabla ainsi par une manœuvre habile, mit l'ennemi en déroute, lui fit 700 prisonniers et prit 12 pièces do canon.
Ce combat, quoique peu important en apparence, eut toutes les suites d'une victoire : il releva le moral des armées prussienne? , et les mita même de recouvrer la Saxe, tandis que tout aurait été perdu, jusqu'à Magdebourg, si le général Wunsch eût été battu.
Opérations des grandes armées après la bataille de Kunersdorf.
Kous avons laissé, au chapitre X Vil, î'armée de Frédéric campée à Furstenwalde , le 18 août. Le prince Henri, se trouvait toujours à Schmotscifen , et Fouquet couvrait la position de Landshut contre le général Harsch. Ces deux derniers corps prussiens comptaient environ 50,000 hommes. Le roi n'en avait pas plus de 28,000.
L'armée austro-russe campait vers Lossow, entre Francfort et Mulrose. Dnun s'était porté, le même jour, à Tribel, pour se lier de plus près avec les Russes, el couvrir, en même temps, les entreprises de l'armée des cercles contre la Saxe : Buccow était à Lauban avec 20 bataillons et 30 escadrons :
le marquis d'Àinse , avec la réserve, à Rothenbourg : De ville à Marclissa, avec 12 bataillons et 25 escadrons, couvrant les communications de la Lusace avec la Bohème :
Beck, avec ses troupes légères, vers ftaumbourg : Harsch en haute Silésie ; enfin Maquire et Wehla réunis avec l'armée des cercles, comme nous l'avons déjà dit.
Après la catastrophe de Kunersdorf, lorsque les débris de l'armée du roi couvraient Berlin, séparés de la majeure partie de ses forces qui gardaient la Silésie, la chute de la monarchieprussienne semblait inévitable.
Mais l'Europe étonnée, vit Frédéric se relever sur ses ruines , et ses ennemis, grâces à
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
l'apathie de leurs généraux, se trouvèrent, à la fin de la campagne , à peu de chose près au même point d'où ils étaient partis.
Si l'on recherche leR causes de cette inaction , on ne tardera pas à s'apercevoir qu'elles proviennent : soit de la pusillanimité des généraux en chef, gens d'honneur sur le champ de bataille et manquant d'énergie au conseil; soit du vice inhérent à toutes les coalitions quand elles ne reçoivent pas l'impulsion d'un homme de génie.
L'armée autrichienne, aussi belle que supérieure en nombre à celle qui lui était opposée, n'avait pas encore tiré l'épée, que les Russes, victorieux dans deux sanglantes batailles, avaient perdu la moitié de leurs troupes. Quoique Soltikof dût en partie le gain de la dernière à Laudon, il n'en découvrit pas moins l'arrière-pensée du cabinet autrichien ; et, dès cet instant, il y eût, entre les généraux en chef, une froideur qui alla toujours croissant. Daun envoya d'abord au maréchal Soltikof, son chef d'étatmajor, Lascy, afin de combiner un plan,d'opérations ; mais ce général revint sans avoir rien terminé. Le maréchal russe déclara que se» troupes avaient assez fait, et que si l'intention des Autrichiens n'était pas de le sacrifier, ils devaient poursuivre le roi avec # leur année, et achever ce qu'il avait commencé. Que, jusqu'alors, il laisserait reposer la sienne, à Ouben, et se rapprocherait de COdet et des dépôts de Posen.
Daun, pour éviter cet éloignement fâcheux, s'aboucha avec Soltikof, et l'on convint dans cette entrevue que l'armée russe resterait sur la rive gauche de l'Oder jusqu'après la prise de Dresde, à condition que les Autrichiens lui fourniraient des subsistances, que les deux armées marcheraient e nsuite en Silésie, et y passeraient l'hiver, si les Autrichiens parvenaient à s'emparer de Neiss qu'ils comptaient assiéger.
Tandis que les coalisés subordonnaient ainsi leurs entreprises à la réussite d'un
chétif accessoire , et que Daun, au lien de frapper des coups décisifs, couvrait toute* ses communications et craignait autant le roi battu que victorieux, Frédéric se mettait en devoir de profiter des moments précieux qu'il n'avait osé espérer.
Ce grand homme avait reçu la veille delà bataille, par un aide de camp du duc Ferdinand, la nouvelle de la victoire de Minden. 11 le réexpédia après sa défaite, avec cette réponse remarquable : Je suis fâché de nepat donner une meilleure réponse à un meuoye aussi agréable; mais si vous trouve* les patsages libres, et que vous puissiez arriver jusqu'au duc; que Daun ne soit pas à Berlin et Contades à Magdebourg , assurez-le de ma
; part que nous n'avons pas perdu grandi kose. D'un autre côté les communications du prince Henri avec le roi , ayant été inter-
| ceptées, il ne fut instruit du résultat de la
j bataille que le 18. Sa position était embarrassante, et il s'en tira avec beaucoup d'habileté ; jugeant que le seul moyen de sauver les affaires était de se lier de nouveau avec le roi, et de s'établir, en traversant la baule Lusace, sur les derrières de Daun , afin de lui enlever ses magasins, et de pouvoir couvrir les provinces les plus intéressantes.
Il se fit joindre, en conséquence, par une division, et se dirigea, le 27 août, avec &0 bataillons et 58 escadrons sur la Lusace. Le général Ziethen avait suivi le 15, avec une avant-garde, le mouvement que Daun avait
! fait sur Pribus, et il se trouvait, le 28, à Sagan. Le prince s'y porta le 29, et Zietlien marcha à Sorau.
Daun informé de ce mouvement, craignit que l'ennemi ne gagnât quelques marches sur lui, et ne l'empêchât de communiquer avec les Russes ; jugeant ne pas avoir awet de forces pour s'y opposer, il prescrivit an général Buccow de quitter Lauban et de venir le joindre à Tribel, et au marquis d'Ainse de se rendre à Pribus ; bientôt l'apparition de Ziethen à Sorau donna au inairehal des inquiétudes si vives, que, sans ai-
CHAPITRK XV1U.
tendre ce» renforts, il se replia derrière la fteiss, à Muska, où il joignit Buccow.
Ce faux mouvement aurait pu avoir des suites fâcheuses, car le général autrichien, par la perte d'une marche, découvrit le magasin deGuben, dontZielhen se trouva par le fait aussi rapproché que lui. Heureusement que les Prussiens restèrent dans leur position, et que Daun, informé de la faiblesse de Zietheu, retourna le 1" septembre, à Tribel.
Tandis que ces choses se passaient, les Russes qui étaient restés à Lossow, chassés par la disette de fourrages, et comptant trouver en Saxe toute espèce de ressources, se mirent enfin en marche le 28 août, pour s'en rapprocher, etcampèrent, le £0, à Lieberose, Haddick à Lambsfeld. Daun, prévenu de ce mouvement, craignit que le prince Henri n'interceptât leurs communications avec l'Oder et la Pologne, et résolut d'enlever le corps de Ziethen, pour faire une diversion ou ôter au prince les moyens de rien entreprendre. Le général Beck devait partir de Wiesen pour s'emparer du défilé de Buschmuhle, sur la route de Sagan et sur les derrières des Prussiens ; le prince Ester hazy devait se diriger de Sominerfeld sur leur flanc droit, tandis que le maréchal, avec le corps principal, les attaquerait de front. Des obstacles ayant retardé l'arrivée de Beck, l'expédition échoua. Ziethen eut le temps de se replier sur le prince Henri, qu'il joignit à Sagan. Daun vint camper à Sorau . Beck vers vYolsdorf, couvrant et éclairant l'armée.
De son côté, Frédéric informé du départ des Russes, avait quitté aussitôt le camp de Furstenwalde, et s'était porté, le 31 , à Woldau , sur la route de Lieberose à Lubben.
Par celte marche habile, il couvrit à la fois Lubben et Luckau , points centraux de ses communications avec Berlin , et avec la Saxo et la Lusace ; un parti fut poussé sur Lubben et Welschau dont les environs étaient inFesté» de troupe* légères enne-
mies. Cette position du roi fit craindre à Haddick que son intention ne fût de couper ses communications avec l'armée autrichienne , et , pour l'en empêcher, il quitta Lambsfeld , marcha entre Peitz et Cottbus, et fila ensuite jusqu'à Kahren, le 5.
Daun reçut, le même jour, la nouvelle de la reddition de Dresde. 11 ordonna alors au corps de Haddick de marcher en Saxe, pour se réunir avec l'armée des cercles, afin d'assurer ses conquêtes, et d'opérer ensuite avec sûreté contre la Silésie.
La prise de Dresde fut annoncée , le b* septembre , à l'armée russe. Frédéric, qui ne connaissait encore que les premiers succès de Wunsch, ne désespéra pas de sauver cette place, et détacha Finck, avec 0 bataillons et 27 escadrons, pour aller se réunira ce corps et en prendre le commandement.
Les instructions du premier lui prescrivaient de suivre Haddick sur le flanc, d'empêcher sa réunion avec l'armée des cercles, et de l'attaquer à la première occasion. Il partit, le 7, et arriva, le 0, àGossenhain; apprenant ici la reddition de Dresde et la jonction de Haddick, il ne lui resta plus d'autre parti que d'aller vers Torgau y rallier Wunsch, et suspendre les progrès rapides des alliés en Saxe.
Pendant tous ces événements sur le grand théâtre des opérations, il ne se passait rien d'important dans la haute Silésie entre les corps ,de Fouquet et de Harsch. Après plusieurs mouvements, ils reprirent poste, les Autrichiens à Trautcnau; les Prussiens sous Gollz à Landshut , et sous Stutterheira à Schraotseifen , pour observer Deville stationné à Marclissa.
La situation générale des affaires et la concentration des alliés dans la basse Lusace semblaient présager des événement* décisifs. Jamais F'rédéric ne fut dans une situation aussi désespérée; mais Daun n'e-
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
lait pas homme à en pronier. Une opération hardie lui faisait perdre contenance; ses espérances les mieux fondées dégénéraient en inquiétudes ridicules. Tel fut l'effet que produisit sur son esprit le mouvement du prince Henri sur Sagan.
Lorsque ce prince reçut, dans cette ville, l'avis de la marche des Russes vers la Saxe, et de la position que le roi avait prise , il •entit qu'il n'avait pas un moment à perdre, et qu'il fallait gagner cette province. Il résolut en conséquence de tourner l'ennemi par Bunlzlau et Gorlitz, et de tomber sur la haute Lusace que le général autrichien avait dégarnie. L'armée partit , le 4 , de Sagan , et arriva , le 7, près de Lowenberg où elle joignit le corps de Stutterheira :
Ziethen fut détaché sur Marclissa avec 11 bataillons et 25 escadrons pour chasser Deville de Lauban , et détruire les magasins que ce général couvrait ; Stulterheim se porta, le 9, sur celui de Friedland qu'il enleva. Le prince Henri marcha ce même jour à Lauban, et Deville se relira à son approche sur Gorlitz, où il fut joint par le corps de Beck, qui se retirait de Rothwasser.
L'armée prussienne alla camper, le 12, à Gorlitz ; Ziethen occupa le Landscrone ; Stulterheim prit position entre Radmeritz et Seidenberg pour couvrir la gauche de l'armée, et les Autrichiens se retirèrent sur Baulzen.
A peine Daun eut-il connaissance des mouvements du prince Henri, qu'il mit le comble aux fautes qu'il avait déjà commises dans cette campagne : il quitta le camp de Sorau et marcha d'abord àSpremberg, dans l'espoir de couvrir ses conquêtes en Saxe, et conserver l'ensemble de ses opérations avec les Russes ; mais lorsqu'il apprit que le prince Henri avait formé une entreprise offensive, et qu'il menaçait ses corps détachés ainsi que ses magasins, il rabattit beaucoup de ses projets et ne songea qu'à son dépôt de Bnutzen : sans s'embarrasser des suites que cela devait avoir, il se mit en
marche, le 12, et vint camper le lt septembre, à Teichnitz. Afin de ne pas perdre se»
communications avec les Russes , et observer le roi, il ordonna néanmoins à Haddick de détacher Wehla près de Hoyerswerda, et le général Palfy vers Spremberg. Beck dut se porter sur Friedland , afin d'erapécher les incursions des Prussiens.
Des que les Impériaux prenaient une direction divergente, Frédéric pouvait tout espérer, et celte dernière bévue de Daun rétablit en effet ses affaires. Lorsque Soltikof eut connaissance du mouvement rétrograde de l'armée autrichienne, il éclata en reproches, et voulut sur-le-champ se retirer »ur Crofsen. Le marquis de Montalembert, envoyé de France à l'armée russe, parvint, il est vrai , par ses prières et ses représentations, à calmer Soltikof, et le décida même à faire le siège de Glogau; mais les torts de Daun n'en étaient pas moins réels, et les effets irréparables. Le général russe exigea un nouveau renfort, Daun lui détacha, à regret, le 18, un corps de 10,000 hommes sous les ordres de Campilelli, qui partit du camp de Baulzen, et rejoignit par Muska.
l'armée russe.
Presque tous les généraux jugeaient convenable de repasser l'Oder à Crossen, et d'opérer sur la rive droite de ce fleuve, afin de se rapprocher des dépôts; cependant les instances du marquis de Montalembert et la nouvelle du renfort autrichien , décidèrent Soltikof à se porter sur Christianstadt. Il partit, le 18 septembre, de son camp de Guben , et vint s'établir , le 21 , à Christianstadt sur la rive droite du Bober où il fut joint parCampitelli. Laudon couvrit l'armée dans ce mouvement, et alla prendre poste à Freystadt.
Frédéric, qui n'avait pas observé la marche des Russes de Liberosc à Guben, partit, le 16 , pour Wetschau , et campa, le 17, à Cottbus. Il paraît qu'il eut le dessein de se porter contre Daun, présumant que les Russes allaient repasser l'Oder; mais apprenant