‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 12 sur 196 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Le roi, craignant que l'ennemi n'envoytU une division d'infanterie pour occuper les défilés entre Lockwitz et Lowositz, ce qui lui aurait rendu le passage difficile et peutêtre impossible, ordonna au prince Maurice de pénétrer dans le cercle de Saatz, et d'occuper les revers de ces défilés du côté de la Bohême ; il pensait forcer ainsi l'ennemi à les abandonner, pour éviter d'y être enveloppé par les deux colonnes.

Le prince Maurice quitta donc sa position de Chemnitz au commencement d'avril, et marcha par Zwickau et Plauen, vers Egro, pour faire croire qu'il avait le projet d'attaquer cette place, ou de pénétrer en Bohême sur ce point. Afin de fortifier les Au- j trichiens dans cette opinion , il ordonna à ses troupes légères de faire une démonstration sérieuse sur Wildstein, quartier général du duc d'Aremberg, qui se jeta dans Egra, et y rassembla ses troupes. Au même instant, le prince Maurice se replia vivement sur Auerbach, où il divisa son corps en deux colonnes, en vue d'accélérer sa marche. La première se dirigea par Eibenstock , Schwarzenberg , Gotesgabe et Kupferberg , sur Comotau ; l'autre se porta par Schneeberg, Schlettau , Annaberg et Pasberg, également à Comotau, d'où elles marchèrent par Brix et Bilin à Linay, et se réunirent le 23 avril avec le roi, qui avait aussi passé les montagnes sans éprouver de grands obstacles. Le petit corps autrichien posté à Aussig, sous les ordres du général Draskowilz, avait été obligé de quitter cette ville à l'approche de l'armée prussienne.

Le camp de Budyn étant très-fort et couvert par l'Eger, le roi ne crut pas prudent de rien tenter contre son front ; il remonta cette rivière, et la passa vers Koschilz, le 26 au matin. Les troupes légères et l'avantgarde donnèrent sur celles du duc d'Aremberg, qui venait d'Egra pour camper à Koschitz , ou aller joindre le maréchal Brown à Budyn : la rencontre du roi l'engagea à se rejeter sur Welv/arn.

Brown, instruit que le roi avait passé rEger, et qu'il était campé sur son flanc gauche, abandonna sa position, et se retira à Prague, sans perte.

Sur ces entrefaites, Frédéric fit réparer le pont de Budyn , afin de faciliter l'arrivée de ses convois ; il se dirigea ensuite vers Prague, où il arriva le 2 mai, et campa sur le Weissenberg, à la gauche de la Moldau.

Les Autrichiens, commandés alors par le prince Charles de Lorraine, venaient de quitter ce poste pour se porter sur la rive droite.

Tandis que ceci se passait du côté de la Saxe, le duc de Bévern avait marché, le 30 avril, de ZJttau à Reichenberg, où il rencontra le comte de Kœnigseck avec environ 20,000 Autrichiens. Ce corps était campé dans une vallée profonde, dont la largeur n'excède pas une lieue, et au milieu de laquelle coule la Neiss ; plusieurs torrents, qui la coupent transversalement, sortent de montagnes couvertes de bois épais, dont le passage est très-difficile pour toutes les armes. (Pl. 4, n°2.)

La droite et le centre des Autrichiens se trouvaient dans des positions redoutables, qu'on ne pouvait songer à attaquer de front ; l'intervalle entre la gauche était rempli par une plaine , où la cavalerie impériale se trouvait formée sur trois lignes. Le duc de Bévern, en prenant cette route, s'était mis dans la nécessité de combattre pour joindre le maréchal de Schwérin ; il ne lui restait donc que le choix des moyens. Ses troupes campaient derrière un ruisseau marécageux, si près de la ligne des Autrichiens, qu'il était très-difficile de le passer, et de se former sous leur feu. Le duc de Bévern les attaqua par sa droite, et porta le général Lestwitz sur la droite de la Neiss, pour contenir cette partie de la ligne ennemie. 11 ordonna ensuite à sa cavalerie d'attaquer celle des Autrichiens.

TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

Cette charge, exécutée avec valeur, n'eut aucun succès; les Prussiens furent toujours repousses, parce qu'en approchant de l'ennemi, leur flanc gauche restait exposé au feu de l'artillerie des redoutes et à celui de l'infanterie qui les défendait ; leur droite l'était aussi à celui des bataillons embusques dans les bois.

Le duc, s'aperçevant enfin qu'il renouvellerait vainement celte charge, tant que l'ennemi serait ainsi protégé par l'infanterie et par l'artillerie qui étaient sur ses flancs, fit retirer sa cavalerie, et porta plusieurs bataillons desadroite sur la montagne, afin de déborder et de prendre à revers ceux postés dans le bois. Ce mouvement réussit ; les Autrichiens furent chassés de la forêt, et l'infanterie prussienne l'occupa sur-lechamp. Alors la cavalerie impériale, à son tour prise en flanc, fut forcée à se retirer. Le duc porta toutes les troupes de sa droite sur le terrain que les Autrichiens venaient «le quitter, «'établissant ainsi sur leur front et derrière leur gauche, et ayant de plus l'avantage des hauteurs dominantes, d'où il pouvait aisément balayer toute leur ligne.

Dans cette situation, le comte deKœnigseck n'avait rien de mieux à faire qu'à se retirer le plus prompteinent possible, afin que les Prussiens ne pussent leprévenir par Dœrfel , a Liébenau , ce qui était fort à craindre, puisqu'ils avaient débordé l'aile gauche. La retraite se fit en bon ordre, couverte par le comte de Lascy qui commandait la droite. L'armée prit une nouvelle position à Liébenau, où elle fut renforcée par quelques troupes qui avaient quitté les frontières, au premier bruit de la marche du duc de Bévern. Les Autrichiens perdirent environ 1,000 hommes tués, blessés et prisonniers, et quelques pièces de canon. La perte des Prussiens ne fut pas moins considcrable.

Le duc de Bévern marcha, le 23, vers Liébenau ; il y trouva l'ennemi si avantageusement posté, qu'il jugea imprudent de l'y

attaquer, d'autant plus que le corps du maréchal Schwérin le forcerait nécessairement à se retirer.

Le maréchal avait rassemblé son armée, le 18 avril, à Trautenau , et passé l'Elbe, le 19, à Konigshoff. Son intention était de s'avancer vers Turnau et Liébenau, pour faciliter la marche du corps du duc de Bévern, et de se porter sur Prague après la jonction.

Ce mouvement, combiné sur les mêmes principes que celui du roi , devait empêcher l'envoi d'une forte division sur les frontières delà Lusace, parce que si elle avait eu des succès contre le duc, le maréchal de Schw érin, en marchant sur ses derrières, l'aurait toujours forcée à se retirer pour ne pas être prise entre deux feux. En effet, les Autrichiens quittèrent le camp de Liébenau, le 2-i, et marchèrent avec précipitation sur Brandeis, et de là à Prague, où ils arrivèrent le 8 mai.

Schwérin se porta en même temps de Konigshoff à Gitchin, où il apprit la nouvelle du combat de Rcichenberg et la retraite des ennemis. A cette nouvelle, il changea habilement de route, et marcha sur Viser, espérant encore couper aux Autrichiens la communication avec Prague ; s'il n'y réussit pas, il arriva cependant à Jung-Buntxlau assez tôt pour enlever un magasin immense. Le corps du duc de Bévern l'ayant joint, le maréchal, fort de 50 bataillons et 81 escadrons, marcha du côté de Brandeis, passa l'Elbe le 4 mai, vis-à-vis de celte ville, et campa sur la rive gauche de ce fleuve , ne jugeant pas qu'il fût prudent de se porter plus loin, avant d'avoir concerté ses mesures avec le roi.

Bataille de Prague.

Sur ces entrefaites, le prince Charles de Lorraine avait pris le commandement général des troupes autrichiennes réunies. Aussitôt après il passa la Moldau, et campa, la

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