‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 13 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

gauche sur le mont Ziskn, la droite nu village de Kyge; celui de Maleschitz était derrière la droite de l'infanterie; l'armée formait plusieurs lignes, et, suivant l'usage, la cavalerie était placée sur les ailes : le quartier général se trouvait à Nusl. {Voyez planche 5.) Le prince avait pour but de se réunir à la division du comte de Kœnigseck, repoussée par l'armée du maréchal Schwérin, et d'attendre l'arrivée de Daun, qui venait de Moravie avec un corps considérable.

Le camp des Autrichiens était situé sur une chaîne de hauteurs, qui s'étend depuis Hortlortes jusqu'à Prague, en partie rocailleuses, arides, très-hautes, et en quelques endroits très-escarpées ; en avant de cellesci, il y en a de plus basses qui sont rouvertes de vignes , et longent le cours de la Moldau. Les chemins encaissés par ces dernières sont si étroits et si difficiles, qu'une armée ne peut y marcher en colonne par pelotons.

Les hauteurs commencent à s'abaisser près de Kyge, d'où elles se perdent insensiblement dans la plaine de Sterboholy, de manière qu'entre ce hameau et le village de Dubetsch , Nieder-Micholup et Hostivvorlx , la cavalerie peut agir avantageusement.

Sur le flanc droit et plus en avant , on rencontre un grand nombre d'étangs liés par un ruisseau qui prend sa source à Micbolup, coule en serpentant par Podscherniti, Kyge, Hortlorzes, Lupetin, Wissoun, et se jette dans la Moldau, près de Lubau.

De l'autre coté, il y a aussi des hauteurs très-élevées , qui commencent près de la Moldau, et suivent le ruisseau par Prosick et Gebel. Ces deux chaînes forment un fond inégal et marécageux, où il est extrêmement dilfirile de marcher; on ne trouve de passage» un peu praticables que dans les endroits où les hauteurs sont inoins élevées et moins escarpées , près de Ilostawitz, par le village de Kyge, ou entre celui-ci et Hortlories.

Au-dessus de ce premier village, on ren-

contre quelques étangs dégorgés et tapissés d'herbages , de manière qu'à une certaine distance on ne les distingue pas des prés qui bordent le ruisseau. Entre ces étangs, on a pratiqué des digues pour In communication des villages riverains; il existe, outre cela, quelques sentiers où un homme seulement peut marcher de front. Enfin, on trouve plusieurs petits lacs près de Hoslawiti et Kyge, et pour arriver à ce dernier village, il faut traverser la digue resserrée entre deux de ces lacs.

D'après cette description du terrain , on jugera que l'aile gauche et le centre de cette première position, déjà couverts par la nature, n'exigeaient qu'un petit nombre de bataillons bien disposés ; l'aile droite et son flanc occupant un poste avantageux, mais susceptible d'être tourné, on devait tout craindre ici d'un ennemi entreprenant.

Le prince Charles avait trop d'expérience pour ne pas sentir l'importance de cette vérité. Dès que le corps de Kœnigseck fut réuni à lui, et qu'il apprit que l'armée du maréchal de Schwérin le suivait de trèsprès, il changea de camp; la gauche et le centre restèrent sur les hauteurs qu'ils occupaient, mais il retira l'aile droite de manière qu'elle forma un crochet, dont l'angle saillant se trouva sur tes hauteurs entre Kyge et Maleschutz; n'osant point s'écarter de l'ancienne méthode de placer la cav alerie sur les deux ailes, il ne retira pas celle de la gauche, qui s'y trouvait absolument hors d'état d'agir.

Après ce changement l'année était pla • cée, l'aile droite sur les collines, en arrière de Sterboholi, à une certaine distance du ce hameau. Pour couvrir l'angle du crochet, on plaça quelques bataillons, sur les hnuteurs entre Kyge et Loupetin . en deçà du bas-fond; un retranchement y fut construit, et une forte batterie placée. L'artillerie du position et celle de campagne furent répandues sur le front , et si bien disposées sur les hauteurs, que les batteries se flanquaient

TUA1TÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

réciproquement et battaient tous les environs : on commença même à élever quelques ouvrages , mais ils ne furent point achevés.

Toutes ces mesures défensives étant prises, le prince Charles crut pouvoir braver avec 10,000 hommes les efforts des deux armées prussiennes réunies. Le terrain en avant du crochet figuré par l'aile droite , était très-coupé ; l'ennemi ne pouvait s'y former qu'avec la plus grande difficulté, et sous le feu d'une artillerie formidable. Biais, d'un autre côté, ce crochet présentait un grand inconvénient; son flanc droit, mal assis, obligeait à ne le considérer comme un bon moyen de défense, que dans le cas où l'ennemi se trouvant déjà en marche pour attaquer, eût été forcé de se diviser pour en atteindre l'extrémité.

Dans toute autre circonstance, un crochet, ou, pour nous servir d'une dénomination plus connue, l'ordre en potence, destiné à couvrir le flanc contre une armée habile à manœuvrer , est un remède pire que le mal. En effet, son extrémité doit être auss t bien couverte que celle d'une ligne • Irai te, et, s'il y a moyen de le tourner, il reste sans utilité. Il présente en outre un inconvénient grave, c'est que les troupes voisines de l'angle saillant ne peuvent rétrograder sans se presser réciproquement, et sans rendre le désordre et la confusion inévitables. Si ces troupes au contraire veulent marcher en avant, elles forment un grand intervalle, ou bien elles sont obligées de se resserrer à droite ou à gauche, ce qui imprime à toute la ligne un flottement qui peut entraîner un grand désordre, et avoir les suites les plus fâcheuses, lorsqu'il a lieu au moment de l'attaque. Enfin, un général habile à saisir toutes les circonstances favorables, trouvera le moyen d'établir, sur les deux côtés de l'angle saillant, un feu croisé pour battre en tout fiens les bataillons qui seraient à l'extrémité.

Le général autrichien ne gngna donc, par sa nouvelle position, que l'avantage de forcer les Prussiens à faire un mouvement plus étendu pour l'attaquer.

Lorsque Schwérin eut passé l'Elbe, le 4, à Brandeis, et campé à Prassin et MiechiU, Frédéric conçut le projet hardi de laisser le maréchal Keith sur la gauche de la Holdau, avec 22,000 hommes ; de passer sur la rive droite avec 20 bataillons et £8 escadrons pour se réunir au maréchal Schwérin , et d'attaquer l'ennemi sur ses communications , avec 68,000 combattants, sans égard à la force de sa position. Dans cette intention , ce corps marcha le -4 , après-midi , derrière l'aile gauche de l'armée postée à Weleslavin, et y passa la nuit sous les armes.

Le roi se porta le S au matin, avec oe détachement, jusqu'à Podbaba, où les hauteurs dominent celles de la rive opposée.

Les pontons suivaient la colonne; on en lança quelques-uns à l'eau avec % bataillons de grenadiers et quelques chasseurs à pied, afin d'expulser de la rive droite les ennemis qui auraient pu s'opposer à la construction du pont. Lorsqu'il fut terminé, le roi Attirer trois coups de canon pour avertir le maréchal qu'il allait effectuer le passage. Ce corps campa effectivement le même soir près de Czimitz.

Le 6, à cinq heures du matin , Frédéric repartit , dans le plus grand silence, pour s'avancer au-devant du maréchal , qui , de son côté, s'était mis en route sur quatre colonnes, un peu après minuit. Lorsque les têtes de colonnes du roi arrivèrent dans les environs de Streiiskow, on découvrit l'armée de Schwérin, et la réunion s'effectua :

les troupes furent organisées d'après le tableau ci-joint.

Frédéric fit alors former l'armée, la droite à Streiiskow, la gauche vers Sattalitze , et se transporta avec le maréchal sur les hauteurs en avjfnt, afin de reconnaître les ennemis. S'apercevant que leur front était

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