CHAPITRE XX
par ses huit forteresses? Ce qu'il fallait faire ■lors , c'était de rejeter Daun de Marclissa, vers Olmutz , ou Prague , suivant que cela aurait paru plus facile.
Une faute bien plus grave encore, c'est d'être reste au camp de Schmotseifen pendant les mois de juillet et d'août, lorsque Daun morcelé avait des détachements vers Dresde, sur l'Oder, à Marclissa et à Pribus.
Le roi dit, dans ses œuvres, que ce camp devait résister à 80,000 Autrichiens ; soit : mais je ne comprends pas comment on peut faire face à une armée , marchant dans la direction de Francfort, lorsqu'on reste paisiblement en haute Silésic, aux confins de la Bohème. En effet, le camp de Schmotseifen faisant front aux montagnes, ne mit aucun obstacle aux mouvements qu'il plut à Daun d'entreprendre pour aller à la rencontre des Russes.
La conduite de Frédéric, dans les opérations relatives à ceux-ci , ne se montre pas sous un meilleur jour. Au lieu d'envoyer au comte de Donna un simple renfort de l'armée de Saxe, qui ne suffisait pas pour empêcher de perdre la bataille de Kay, il aurait dû faire mareher le prince Henri avec la majeure partie de cette armée, pour livrer la première bataille à Sollikof. Dans cinq marches, ce prince pouvait réunir sur l'Oder ses 40 bataillons et 40 escadrons, aux 27 bataillons et 50 escadrons de Dohna , pour attaquer les Russes, entre ce fleuve et la Wartha, avant que les Autrichiens pussent les joindre. Frédéric , mécontent des opérations du comte de Dohna, et se disposant à réunir ses forces contre les premiers , ne devait pas engager Wetlel partiellement, au moment où le prince Henri et 1 inck se dirigeant vers lui, promettaient d'opérer à quelques jours de là, un effort simultané et décisif. Il fallut bien effectuer cette réur' rt :i après la bataille de Kay ; pourquoi donc ne pas la faire avant?
C'était une faute répréheusible , que dr Lisser opérer la jonction des Autrichiens et
des Russes, si facile à empêcher. Il est des circonstances à la guerre où Ton prend le change sur le but des mouvements de l'ennemi, et sur les moyens qu'il emploiera pour y arriver; mais ce n'était pas ici le cas : le roi convient lui-même qu'il devina , dès le principe, que Daun voulait porter le corps de Haddick sur l'Oder, et en effet la direction des mouvements de ce général l'annonçait. Le prince Henri était à Sorau, lorsque les Autrichiens se trouvaient eu arrière de Pribus; comment le prévinrent-ils à Sommerfeld et à Guben? Le long séjour de ce prince à Bautzen, le corps qu'il y laissa , aux ordres de Finck , et qu'il rappela bientôt après , prouvent également que les Prussiens ne surent point prendre un parti décisif et vigoureux. Ce n'est pas dans des circonstances semblables, que l'on fait dix ou doute détachements sur une ligne d'opérations : il fallait se rassembler, marcher à l'ennemi, cl l'on aurait battu en détail les corps qui s'avançaient sur l'Oder en tâtonnant.
Je ne dirai plus rien de la bataille de Kunersdorf, dont on a déjà fait l'examen à la Hn du chapitre XVII. Bien que le roi l'ait perdue, ses combinaisons lui feront toujours honneur; son âme, retrempée par le malheur, reprend toute son énergie. Ses manœuvres après sa défaite méritent, ainsi que celles du prince Henri, un juste tribut d'éloges : non parce qu'elles réussirent, car ce résultat fut le fruit des fautes multipliées de Daun; mais parce que, dans le cas même où les Autrichiens seraient parvenus à les déjouer, comme cela semblait facile, elles étaient conformes aux principes. Elles rétablirent en effet lu direction intérieure des lignes d'opérations des Prussiens, et isolèrent an contraire leurs ennemis. La fin de la campagne offre encore plus que le commencement , d'étonnants contrastes dans la tournure des événements, comme dans l'application des principes de l'art, iprès une bataille des pins meurtrières, et une défaite
TRAMÉ DES GRAÎNDES OPERATIONS MILITAIRES
totale, Frédéric accumula succès sur succès, parce que ses ennemis ne commirent que des fautes. Lorsque l'armée russe fut retournée en Pologne, que la position du roi devint aussi avantageuse quelle avait été critique auparavant, il n'essuya plus que des revers.
L'affaire de Maxen doit être attribuée en partie aux fautes de Finck : une circonstance qui dépose contre la fermeté et la présence d'esprit de ce général, c'est l'ordre qu'il donna à Wunseh de revenir avec la cavalerie qui avait déjà échappé; il eût du suivre ce corps plutôt que de le rappeler; car, au pis aller, il avait toujours le temps de se rendre avec les bataillons qui n'auraient pu se sauver. Finck aurait du aussi tenter de se retirer par Glashulte et Frauenslcin , ou de se jeter en Bohême par Gishubcl, pour venir ensuite joindre l'armée par le Basberg, ou toute autre roule. Néanmoins , on remarque avec surprise que Frédéric, qui a fait dans son instruction aux officiers généraux un long chapitre sur le danger des grands détachements, en ait envové un de 18,000 hommes sur les derrières de l'ennemi, sans prendre la précaution de le soutenir. Ce corps ne pouvant couper les communications de Dauu avec la Bohème parla rive droite de l'Elbe, ne remplissait point .son but. 11 eût été préférable sans contredit de passer sur cette rive, et de venir camper vis-à-vis de Pirna, en jetant des ponts et poussant le eorps de Finck sur la route de Dresde à Gishubcl ; car sans courir de risque on devenait maître des communications directes de Daun, et de le prévenir sur les autres.
Supposant que le roi fut décidé à opérer sur la rive gauche, et à porter Finck sur Dippodiswalde , il devait au moins venir (ramper sur l'extrême gauche de Daun, ver»
Tharandl et Rabenau , d'où il aurait couvert son détachement et menacé l'armée autrichienne de la serrer de plus près : d'ailleur», dans cette position, finck eût été a même de eombatue simultanément .neclr
roi , si l'ennemi avait engagé une affaire sérieuse.
Je ne m'étendrai pas sur les détails du ! combat : linek Ht tout ce qu'il fallait pour être battu, puisqu'il confia la défense d'une des hauteurs à des hussards, comme si la i cavalerie était susceptible de défendre des positions. 11 commit en outre la faute de faire face partout et de livrer un combat dél'ensif , au lieu de prendre l'initiative pour accabler une des colonnes de l'ennemi. Un général qui, en rase campagne, prend position, se laisse entourer par des forces triples, en se contentant d'opposer une faible division à chaque colonne, et attend ain»i ' un effort combiné de toutes les forces enne- : mies, pèche contre les premières règles de
i l'art ; car c'est en s'unissanl et courant au-
I devant d'une des colonnes d'attaque, qu'on peut espérer de rétablir l'équilibre des forces et des chances, en rompant ainsi la violence et l'unité des mouvements résultant d'un choc simultané. Des principes aussi simples n'ont pas besoin de preuves; cependant, s'il en fallait , qu'on ouvre l'histoire de la campagne de 1790 en Italie. Lrs I batailles de Lonato , de Castiglione, et de Rivoli surtout, démontrent clairement que ; Bonaparte ne remporta la victoire sur ! VVurniser et Alvinzy que pour avoir réuni ! ses moyens et tombé suecessn eiticnt sur l<\« colonnes autrichiennes qui voulaient l'envelopper.
Passant maintenant à l'examen de la conduite des Autrichiens, il faut convenir qur si les combinaisons de Daun n'eurent rien de grand, son plan fut pourtant mieux raisonné que ceux des campagnes précédentes, en ce qu'il reposait sur le concert des mouvements et la concentration générale de* forces alliées. Les premières opérations tu- | mit plus sages que celles de Frédéric, et | cependant leur exécution fut contraire auv ; principes. Le conseil antique jugea pru- ; dominent qu'il convenait d'attendre une ai- , niée de 00,000 Russes pour frapper I' *
CHAP1TUK XX.
coups décisifs : le projet que Daun eut d'empêcher la réunion des forces de Frédéric, en marchant sur Marclissa, lui ferait beaucoup d'honneur, s'il n'avait commis la faute de morceler ses troupes en 13 divisions isolées. Au lieu de suivre un tel système, il fallait laisser l'armée des cercles agir pour elle-même et proHter de l'expédition du prince Henri en Frnuconie, pour réunir dix de ces divisions et attaquer le roi en Silésie, que l'arrivée des Russes eût plongé dans le plus grand embarras.
Sans doute il était plus prudent d'attendre les Russes; mais pouvait-on de bonne loi compter que Frédéric restât dans l'inaction, pendant quatre mois? et ne devait-on pas craindre au contraire qu'il ne profitât de leur éloignement pour réunir ses forces et combattre les Autrichiens isolément ? Il ne convenait donc point de se morceler.
Pour empêcher Frédéric de communiquer avec le prince Henri, il fallait mettre en mouvement une masse suffisante : on ne menace pas des communications en gardant une position, parc 3 qu'il y a toujours moyen de passer à droite ou à gauche; si le roi ne profila pas des fausses mesures des allies , ce fut une faute, parce qu'il perdait dans la défensive toutes les chances que les Autrichiens y gagnaient.
Le maréchal Daun à Marclissa, avait des détachements depuis Troppau en haute Silesie jusqu'à Culmbach euFranconie. Ce malheureux système de tout couvrir, devaitil être celui d'une puissance formidable tomme l'Autriche, envers un roi presque sans ressources réelles ? La guerre d'invasion est surtout avantageuse lorsqu'elle est dirigée contre un pays de peu d'étendue, et dont les ressources principales se trouvent sur le théâtre même des opérations ; les ennemis de Frédéric méconnurent cette vérité, car autrement il n'eut jamais faitplus d'une campagne.
Daun mérite ries reproches sévères, pour navoir tiré aucun parti de la belle position
qu'il eut après la bataille de ko y. Les Russes étaient, le 28, à Crossen; Haddick à Pribus, l'armée autrichienne à Marclissa : le prince Henri se trouvait vers Sagan avec un faible corps, et Wedel s'était retiré à Logau. Le maréchal devait se porter à marches forcées sur Sagan et y attaquer le prince, tandis que Haddick gagnait Sommerfeld ou Christianstadt. La réunion de 60,000 Autrichiens sur ce point, l'eût mis à même de pousser le prince Henri devant lui, et de le jeter sur l'armée russe en le coupant de celle du roi. Ce mouvement aurait été à moitié terminé avant que Frédéric pût en être informé, et une division autrichienne serait restée à Lauban, pour lui donner le change et retarder sa marche. Daun exécuta bien un peu plus tard son mouvement sur Pribus, sans que le corps prussien campe à Schmotseil'en s'en inquiétât.
Nous arrivons maintenant à l'examen de la période la plus extraordinaire de toute cette guerre ; les suites de la bataille de Kunersdorf. Pendant que les Russes se battaient avec tant d'acharnement , Daun demeurait à Pribus , et Haddick à Guben : ces deux corps, formant 80,000 hommes environ, restèrent dans l'inaction, au lieu de se diriger vers Mu I rose et Francfort, pour porter le dernier coup au roi ; les débris de l'armée prussienne eussent été coupés de leur base, jetés sur la rive droite de l'Oder cl acculés successivement à la mer vers Stettin. Daun et Haddick avaient d'autant plus d'intérêt à exécuter ce mouvement, qu'ils pouvaient, en cas de revers, couvrir la retraite de l'armée russe le long de l'Oder, et se réunir à elle pour rétablir les affaires.
Si l'inaction du général autrichien fut blâmable à cette époque, elle devint impardonnable, après la nouvelle de la bataille de Kunersdorf. Depuis que Frédéric faisait la guerre, il avait été battuà kollin, surpris» à llohcnkirch, mais n'avait été complètement défait qu'à kunersdorf. On connaissait la force de ses débris : Daun pouvait, en
TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES
trois marches, se réunir à Hnddick vers Lubben, et se porter directement sur Berlin, pour gagner les derrières des Prussiens ; le roi perdait par cette manœuvre tous moyens de salut, car la masse de ses ennemis victorieux eût été établie au cœur de ses petits Etats, dont le sort ne serait pas resté longtemps douteux.
Cette vérité prouve encore queDaun, loin d'attendre à Pribus et à Tribel , jusqu'au 2 septembre, devait marcher à Mulrose ou du moins à Guben , pour être en mesure, soit de se joindre aux Russes, soit de porter les derniers coups au roi, suivant la tournure que les affaires auraient prise.
L'inaction de Soltikof, après la bataille, est excusable, parce que son armée avait réellement tout fait, et qu'il était scandaleux que celle de Daun n'eût pas encore brûlé une amorce. La dissension qui régna entr'eux, est un défaut inhérent aux coalitions qui ne reconnaissent pas de chef; il en résulta que Frédéric gagna du temps, et le temps fait tout à la guerre. C'est en perdant quelques heures, que l'on peut être engagé partiellement; que l'enneai vous accable de sa masse, que l'on perd ou l'on gagne les communications et les grandes chances; enfin que les vaincus mettent un terme aux désastres d'une défaite. Le génie ne préside pas toujours au gain des batailles ; mais lui seul sait tirer parti de la victoire. Napoléon peut encore être cité ici comme un exemple.
Quelle distance n'y a-t-il pas, en effet, des combinaisons qui ont amené les résultats de Bassano, de Ma r en go, d'Ulm, de Jéna et de Friedhmd, aux faibles conceptions de ces généraux médiocres, victorieux par hasard?
Toutefois ce n'est pas aux combinaisons, garants du succès, que se restreint le talent
(1) Depuis la première édition de cet ouvrage, Napoléon a été renversé par l'application des mêmes principes; la vigueur déployée par les années russes en 1812, a ébranlé son empire, cl la poursuite après la bataille de Leipzig l'a fait crouler. Si Daun cl Soltikof avaient agi avec cette énergie , Frédéric
d'un grand capitaine ; on le retrouve encore dans la vigueur qui fait recueillir les fruits de ces plans primitifs. Les manœuvres qui devinrent si funestes aux armées de Wurttiscr, de Mêlas, de Mack et du duc de Brunswick, n'auraient été que de vaincs menaces, si le génie qui les enfanta n'avait présidé a leur exécution. Napoléon ne livrait pas une bataille pour la gagner simplement; mais bien pour achever l'anéantissement des corps organisés de l'ennemi. S'il est vrai que la force d'une armée no réside pas moins dans l'unité de plans et de mouvements que dans la constitution physique, après une défaite, cet ensemble n'existe plus; les généraux battus sont souvent sans projets, incertains sur la direction de leurs colonnes, et les corps désorganisés sans communication avec le chef qui donne l'impulsion.
C'est le moment favorable d'attaquer, surtout si l'on a une bonne base ; il serait absurde de rester tranquillement devant les vaincus, et de donner le temps à son adversaire de réorganiser ses moyens de résistance.
L'armée de Frédéric II aurait été détruite, si Daun eût manœuvré comme Napoléon après la bataille de Jéna en 1006, et Frédéric III eût sauvé les débris de la sienne, s'il avait eu après la bataille d'Auerstedt, autant de temps que le maréchal autrichien en accorda aux débris de Kunersdorf (1).
Jusqu'alors les fautes du général autrichien provenaient de son manque de résolulion : mais sa retraite sur Bautzen est impardonnable. Parvenu par suite d'un bon plan primitif, et les fausses manœuvres du roi, à réunir les armées combinées dans uni position centrale, au cœur des Élats prussiens, et à isoler les deux armées ennemies,
n'eût pas résisté un mois à leurs attaques. Le* hommes qui voudraient mettre ces deux guerres en parallèle, et juger de la résistance de Frédéric, d'après les événements de nos jours, se tromperaient grossièrement.
CHAP1TKE XX.
11 n'avait rien de mieux à faire que de diriger un effort décisif contre l'une ou l'autre de ce» parties isolées. Peu importait que le prince Henri menaçât la haute Lusace, il fallait le laisser courir, puisqu'il s'éloignait de plus en plus de la ligne secondaire qu'il devait soutenir, et à laquelle il aurait dû chercher à se lier de nouveau. Cette promenade donnait au contraire la facilité d'écraser le faible corps de Frédéric à Furstenwalde. Mais au lieu de se réjouir de la manœuvre du prince, Daun prit l'épouvante, renonça à tous les avantages de la concentration, et vint campera Bautzen pour couvrir quelques sacs de farine. Cette conduite incompréhensible donna donc à ses ennemis les moyens de former, à leur tour, une masse intérieure, qui déconcerta tous les mouvetnents successifs, découragea les Russes, et fut plus utile aux Prussiens que la victoire de Kunersdorf ne l'avait été aux confédérés.
Daun aurait sûrement bien plus déconcerté le prince, s'il s'était porté à marches forcées sur Luben, et eût coupé les communications de Frédéric, déjà pressé à Waldau sur son front par l'armée russe.
Malgré toutes ces fautes, on doit néanmoins des éloges au maréchal pour l'affaire de Maxen; il profita avec habileté du gros détachement que Frédéric avait imprudemment poussé sans le soutenir. Sa conduite en cette occasion, est une forte preuve de ce que F on peut faire avec une masse centrale centre des parties isolées, en prenant rinitiatice du mouvement, et le cachant ainsi pendant quelque temps. Finck était détruit, et le roi qui ne s'en doutait pas, restait tranquille dans son camp de Wilsdruf .
Mais Daun ne profita pas de ses succès : la prise des corps de Finck et de Dierke avait rendu de la confiance à son armée ; il avait à Dresde une place d'armes, où en cas d'échec il pouvait s'appuyer. Il n'osa ni mar-
cher contre le roi, ni l'attaquer vigoureusement, en manœuvrant par sa droite pour le couper de l'Elbe et de sa base d'opérations. On a dit que la saison était avancée ; cependant on s'est battu depuis en Pologne par un froid aussi rigoureux; d'ailleurs dans les sables de la Saxe et du Brandebourg, les routes sont meilleures on hiver qu'en été. Finalement il laissa à Frédéric le temps de réparer la perte de la moitié de son armée , et en fut bien puni la campagne suivante.
Je ne m'étendrai pas sur les opérations de Sollikof ; il manœuvra fort bien contre Dohna, et se tira avec honneur de la bataille de Zulichau : il reçut celle de Francfort dans une position forte à la vérité, mais dont l'ennemi tenait les communications, et exposa ainsi son armée à une ruine totale ; le courage de ses soldats, et l'attaque de Laudon faite au moment décisif, le tirèrent heureusement de ce mauvais pas. Le maréchal commit une faute plus grave avant la bataille, en ne s'éclairant pas dans la direction de Bischofsée, vers la forêt par où le roi devait déboucher : cette faute permit à Frédéric de cacher ses premiers mouvements , et de surprendre, avec toutes ses forces, une extrémité de la ligne ennemie, qui aurait été perdue, si les Prussiens avaient profité vivement de ce grand avantage.
L'inaction de Soltikof, dans les moments qui suivirent la bataille de Kunersdorf, est d'autant moins excusable, qu'avec sa nombreuse cavalerie, il pouvait pousser vivement l'armée prussienne déjà en déroute, sans craindre beaucoup de résistance, et avec certitude de la culbuter dans l'Oder.
Après que le roi eut repassé ce fleuve, il pouvait encore l'accabler; mais si sa conduite fut contraire aux règles de la guerre, elle trouva du moins une excuse dans de justes mécontentements politiques.