‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 128 sur 196 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Sur ces entrefaite», le corps de Saint- Germain, fort de 83 bataillons et 38 escadrons, arrivant à l'abbaye de Frittlar, y reçut ordre d'accélérer sa marche, en même temps que la brigade Klosen , celui de se diriger vers le bois à gauche de Corbach ; le maréchal arriva lui-même au point du jour à la tête de six brigades.

Pendant ce temps, le prince héréditaire, réuni au corps de Kielmanseg, prit possession de Corbach, et l'armée passa le défilé de Sachsenhausen, deux lieues en arrière, j Ferdinand croyant n'avoir affaire qu'au I comte de Saint- Germain , conduisit luimême les brigades de Bock et de Marspourg à l'attaque du bois, et en délogea l'ennemi.

Surpris de cette action vigoureuse, le duc deBroglie s'imagina d'abord que toute l'armée alliée était présente ; mais remarquant la faiblesse des deux colonnes qui suivaient la première, il ordonna au comte de Saint- Germain de reprendre le bois, et le soutint par -4 brigades. Cette attaque fut impétueuse; débordé par des forces supérieures et repoussé, Ferdinand fut obligé de charger à la tête de deux régiments anglais pour couvrir la retraite, qu'il effectua avec perte de H00 hommes et 15 pièces de canon. Le général Sporken ne fut cependant point coupé; il se retira par Buren et Stadtbergen, à Landau. Le prince héréditaire se vengea de ce petit échec, en surprenant, le 16 juillet, la brigade de Glaubitz , près d'Amcnebourg, mais il fut moins heureux dans le coup de main qu'il tenta sur les magasins de Marbourg, que le duc de Slainvillc sauva.

Le maréchal français sentit le ridicule de cette guerre, et songea alors à couvrir ses communications avec les dépôts. Le corps du prince Xavier fut laissé à Frankenberg ; relui de Stainville à ilarbourg, et l'armée s'étendit a la gauche jusqu'à la Dimel. Le lieutenant général Du nui y prit le comn.andement du corps de Saint-Germain, qui occupait MengeriughatmMi , et le défilé de

Stadtbergen. De son côté, l'année alliée s'éparpilla à gauche depuis l'Eder, jusqu'à Warbourg, et le long de la Dimel à droite ; le gros vers Sachsenhausen.

Cependant Dillenbourg se rendit aux Français, le 15; le maréchal après avoir pourvu à la sûreté de ses magasins, résolut de chasser le duc Ferdinand de sa position : il dirigea, le 24, trois corps considérables contre la division de Sporken , qui menacée de front et sur ses derrières , se relira néanmoins sans perle sur YVolfshagen, où Ferdinand la suivit le lendemain.

L'année française vint camper vers Freyenhagen ; le corps de Duinuy , entre Yolkmaarsen et Marbourg.

Les alliés se portèrent le 26 à Hohenkirchen, le 27 à Kalde près d'Imminghausen ; le prince héréditaire à Oberwemar ; Wangenheim à Munchof; Kielmanseg sous Cassel ; Luckner près de Zwceren ; Sporken resta à Westufeln.

Le duc attendit dans ces positions son adversaire, qui se porta, le 27, à Volkmaarsen ; la réserve du prince Xavier se rendit à Naumbourg, le corps de Stainville assiégea le fort de Zàégenhain , celui de Duinuy descendit la Dimel sur Marbourg. Le but de ses mouvements était de couper les alliés de Paderborn et de Lipsladt, de les acculer au confluent de la Dimel et du YVeser, pour les forcer à évacuer la liesse et à se retirer dans le Hanovre.

Dans cette position fâcheuse , Ferdinand après avoir balancé les inconvénients de tous les partis , porta le prince héréditaire et le général Sporken , avec 24 bataillons et 22 escadrons, à Korbeck, dans l'intention de s'assurer du passage de la Dimel; mais informé que le maréchal de Broglie, avait maladroitement pris, le 30, la direction de Xierenberg , et augmenté d'une marche la distance qui le séparait du corps de Dumuy, il résolut d'accabler cette division isolée.

En conséquence l'armée se mit en marche, le M) au soir, pour passer la Dimel et .sou-

202 TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

tenir le prince héréditaire dans cette entreprise. Lorsque les têtes de colonnes furent arrivées, le SI au matin, sur les hauteurs de Korbeck , le prince héréditaire et le général Sporken se mirent en mouvement; les troupes du premier sous la conduite du lieutenant général Zastrow par Korbeck, Klein-Edcr et Menne pour venir se former sur trois lignes , la gauche vers ce dernier village, la droite à Ossendorf : le corps du second devait passer par un long détour entre Eissen et Gros-Eder , traverser les bois près de Nardc et se former sur trois lignes sur les hauteurs derrière l'ennemi. Par ces dispositions , le prince héréditaire débordait l'ennemi sur son flanc gauche et le prenait en même temps à revers : l'armée devait se former la droite près de Menne, la gauche en arrière de Warbourg, afin d'attaquer en même temps de front.

Dumuy qui eut avis de ce mouvement, détacha le marquis de Castries avec les grenadiers et chasseurs pour l'observer ; mais un brouillard épais le déroba entièrement.

Les tètes de colonnes du prince héréditaire arrivèrent vers les deux heures après midi , et commencèrent l'attaque. Sa réussite dépendant de la prise des hauteurs d'Ossendorf , Dumuy y détacha aussitôt la brigade de Bourbonnais , mais elle y fut prévenue par l'infanterie anglaise que soutinrent bientôt des grenadiers hessois et de l'artillerie.

Le combat était chaud : les Français successivement renforcés par les brigades de la Couronne et de Rouergue, les régiments suisses de Jenner et deLochmann, opposèrent la plus vive résistance , et ne cédèrent qu'au moment où la colonne de Zastrow déboucha sur le flanc droit de Bourbonnais, et s'établit sur les hauteurs disputées; une charge de cavalerie, exécutée à propos, accéléra la retraite des Suisses et des Français. Dans ce moment arriva la cavalerie de l'armée du duc Ferdinand, soutenue d'une nombreuse artillerie ; à son approche les escadrons français lâchèrent pied et aban-

donnèrent l'infanterie à elle-même. Zastrow j se voyant si bien secondé , redoubla d'efforts et rejeta ce qu'il vit devant lui sur les ponts de la Dirael. La retraite s'exécuta sous la protection des brigades de Touraioe et de Latour-Dupin, formées sur les hauteurs en avant de ces ponts. Les Français firent mine de tenir sur la rive opposée ; mais se retirèrent sur Wolfshagen , lorsqu'ils virent que le duc Ferdinand faisait passer la rivière à 12 bataillons et 10 escadrons. Cette affaire leur coûta 4,000 tués, blessés ou prisonniers, et 12 pièces de canon ; la perte des allies fut de 1,200 hommes.

On se rappelle que la division de Kielmanseg gardait le camp retranché de Casscl : Ferdinand jugeant ne pouvoir couvrir en même temps la Hesse et la Westphalie, ordonna à ce général de se retirer sur Munden, dès que l'ennemi menacerait de le serrer de près. Le prince Xavier étant arrivé devant la ville, le 81, Kielmanseg se retira à Munden, puis à Imsen. Le prince occupa Cassel, et s'avança jusqu'à Dramsfeld. Le 4, il campa à Gœttingen , replia le corps ennemi sur Uslar et Beveringen. Les Français poussèrent alors des postes sur Nordheim et Eirobeck. Leur armée campa sur la rive droite de la Dimel , le corps de Dumuy à Stadtbergen, une division sous Castries à Wolfshagen couvrant les convois ; celle du duc sur la rive gauche de cette rivière , entre Scheferde et Warbourg.

Le mois d'août s'écoula sons événements bien marquants.

Le duc de Broglie voulut d'abord manœuvrer par sa gauche , et pousser le corps de Dumuy sur la droite de l'ennemi pour menacer ses communications avec Lipstndt; mais le duc lui opposa à temps des forces suffisantes. D'un autre côté, le général Kieimanscg, ayant été renforcé et inquiétant le corps du prince Xavier, Broglie renonça à son premier projet , et résolut de se prolonger par sa droite, afin d'être plus à portée de soutenir ce corps qui devait envahir

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