‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 129 sur 196 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

le Hanovre : il porta Durauy à Yolkmissen , le 20 août , et vint camper avec l'armée à Immenhausen. Dumuy prit alors position à Heckerhausen sur le flanc gauche ; le duc de Stainville se porta de Korbach à Frankenberg couvrant les communications de Francfort.

Ferdinand, dans la vue de parer aux suites de ce mouvement , rappela les corps qui se trouvaient sur la droite , campa à Dune près de Borentrick , et porta plusieurs divisions vers Bodenhagen, Beverungen et Deissel. Ce qui le mit d'autant mieux en mesure de contrarier les projets de ses ennemis , qu'il fut renforcé par un corps de 10,000 Anglais récemment débarqué. Le prince héréditaire surprit , le 5 septembre , le poste de Zierenberg où il fit quelques centaines de prisonniers.

Chaque armée se trouvait bien établie et croyait ne pouvoir abandonner sa position , sans donner de très-grands avantages à l'autre. Le duc de Broglie renouvela ses tentatives sur le Hanovre par la rive droite du Weser ; le prince Xavier réoccupa Gœttingen et Nordheira, le 8 septembre, et campa à Eirabeck ; mais le général Wangenheira ayant été renforcé par les alliés , le prince, pour ne pas s'exposer à être coupé, se retira, le 12, à Witienhausen. Ferdinand, voulant donner à l'ennemi des inquiétudes sur ses communications avec le Mein , porta un corps sur Marbourg. Le maréchal de Broglie, les couvrit avec la division de Stainville qui déjoua ses projets, atteignit ce détachement vers Raden , et lui fit 400 prisonniers. ■

On eut dit que cette campagne n'était qu'un simulacre de guerre : on s'amusait à manœuvrer, à se menacer, à faire des détachements et à les surprendre, sans se douter qu'on s'éloignait ainsi des premiers principes de l'art. Le duc de Broglie résolut enfin de forcer le corps de Wangenheim à se retirer , en s'étendant davantage par la droite. Ce fut dans ce dessein qu'il se porta.

le 18 , à Cassel , laissant le général Dumuy vers Wallerhausen, et poussant de nouveau le prince Xavier sur Gœttingen. Ferdinand alors repassa la Dirael, vint, le 14, vers Geisraar, et ordonna à Wangenheim de quitter Uslar pour se reporter sur la Werra : ce général s'établit, le 15, à Dransfeld, et attaqua sans succès le poste de Munden.

Cependant Broglie avait trouvé le moyen de soutenir le prince Xavier. Il le fit renforcer, le 17, par 8 bataillons d'élite, sous le général Rougé; les grenadiers de France, ! sous Saint-Pern; les carabiniers et la réserve, | aux ordres du marquis de Poyanne, tandis que le comte Chabot donnait le change aux alliés en manœuvrant vers Wolfshagen, sur leur flanc droit. Le maréchal se rendit, le 19, auprès du prince Xavier, auquel ces renforts formaient un corps de 25 à 30,000 hommes , et arrêta les dispositions d'attaque; mais Wangenheim eut le temps de gagner sans grande perte les bois entre Hameln et Ellerhausen. Quoique cette entreprise n'ait pas eu un plein succès, elle valut néanmoins beaucoup de terrain à l'armée française ; et afin de s'en assurer la possession pendant l'hiver , on mit Gœttingen à l'abri d'un coup de main.

Ces opérations manquèrent leur objet.

Ferdinand sentait trop bien l'importance de sa position pour la quitter sur de simples menaces : il résolut au contraire d'y concentrer toutes ses forces. Le maréchal de Broglie déçu , prit alors le parti de réunir les troupes éparses en Flandre, d'y joindre quelques régiments sous les ordres de Castries, et de les porter, par Wesel, sur les derrières de l'ennemi. Ferdinand, ayant eu vent de ce projet, résolut de prévenir les Français vers Wesel, et de faire une diversion qui les forçât à quitter leur position; le prince héréditaire partit, le 22 septembre, de Warbourg, avec un corps de 15,000 hommes, tandis que le duc porta l'armée vers Libenau.

Le premier arriva , le . à Dorsten. et

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

bloqua Wesel, le 3 octobre ; ses troupe» légère» passèrent le Rhin, le 1 er , et battirent le pays jusqu'à Clèves, où elles prirent 400 hommes. La place de Wesel avait une faible garnison et manquait de canonniers; on l'aurait peut-être prise , sans les obstacles qu'éprouva la marche du parc de siège , par suite des pluies qui avaient rendu les routes impraticables ; les partisans poussèrent en attendant, jusqu'à Gueldre et Ruremonde. Cette diversion qui eût été funeste à son auteur, s'il avait eu un adversaire habile, plongea les généraux français dans le plus grand embarras. Cet accessoire devint l'objet principal de la guerre, et les grandes armées continuèrent à s'observer , comme si les opérations d'un détachement, devaient décider du sort de l'Europe.

Castries accéléra sa marche pour sauver Wesel. Son corps rassemblé, le 13 octobre, à Nuys, consistait en 32 bataillons et 38 escadrons, formant environ 20,000 hommes ; il se porta le 14, à Meurs, l'avant-garde à Hheinbergen. Dès que le prince héréditaire en fut instruit, prenant le sage parti de laisser quelques bataillons à la tranchée, il vola à la rencontre de l'ennemi, malgré l'infériorité de ses forces, et se porta, le lô, n Ossenberg. Le maréchal de Castries s'établit en arrière de la fosse Eugénienne, la droite à Rheinbergen, la gauche vers Clostercamp dans une forte position ; mais le prince, après l'avoir reconnue, pensa que l'ennemi en diminuerait d'autant plus sa surveillance, et résolut de surprendre «a gauche. Après avoir laissé 3 bataillons et 4 escadrons contre la droite, vers Rheinbergen, il se porta à onze heures du soir, avec 18 bataillons et I 20 escadrons , sur Clostercamp. L'avantgarde donna à trois heures du matin sur un poste français , à une demi-lieue en avant de ce village : on fit feu contre l'ordre du prince pour enlever le poste ; cependant le silence t t l'obscurité faisant croire que ce nclait qu'une patrouille, l'armée gagna le eanal sans accident. Le corps de Fischer

alors coupé et dispersé, engagea néanmoins une fusillade qui donna l'éveil à la brigade d'Auvergne et lui fit occuper le boii de Clostercamp et toutes les issues de ce bourg.

Le prince, marchant toujours dans le plus grand silence, passa le canal à Kampen , et s'empara du village de Kumpenbrock. L'armée française eût été perdue sans le dévouement du chevalier d'Assas, capitaine au régiment d'Auvergne. Cet officier, qui commandait le poste dans le taillis, en avant de Kumpenbrock, s'était avancé pour découvrir ce qui avait donné lieu à la fusillade qui avait eu lieu vers le couvent ; entouré tout à coup par des grenadiers anglais, qui le menacent de la mort s'il fait le moindre bruit, il juge que ce ne peut être qu'une surprise , et rassemblant toutes ses forces, il crie : A moi, Auvergne, c'est r ennemi! il dit, et tombe perce de coups ; le lieutenant général de Ségur accouru dans le village avec un bataillon d'Auvergne, est blessé et pris.

Cependant l'alarme était donnée; les Français ne se font point illusion sur le danger qui les menace. Castries conduit le régiment d'Alsace au secours d'Auvergne.

Une brigade suisse se porte sur le flanc, gagné par les alliés , et le combat s'engage avec vivacité. Le régiment d'Auvergne tient en échec l'ennemi jusqu'au jour , que le reste des troupes françaises se porte au point d'attaque. Après un combat meurtrier, qui dura jusqu'à midi, les alliés se replièrent sur Alpen en bon ordre, sous la protection d'une réserve établie en échelon.

La perte des Français fut d'environ 2,000 hommes, et celle «les alliés de 1,800.

Si le duc de Castries avait su profiter de son avantage, le prince était perdu; car les eaux ayant enlevé son pont sur le Rhin, on ne put le rétablir que le 18 ; mais le général français se laissa intimider parla bonne contenance des alliés, et leur fit un pool d'oi Le prince, après la levée du siège, m?

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