CHAPITRE II
inabordable, il fit partir Schwérin au ga- ' lop, pour savoir s'il y avait moyen de les tourner par leur flanc droit. Le maréchal reconnut que l'aile droite des Autrichiens ne s'étendait point encore jusqu'à Sterboholi, et que son flanc était en l'air, sur de petites collines, qui s'abaissant insensiblement daus la plaine, offraient un accès facile à l'infanterie; il jugea aussi qu'à droite du front de cette aile, se trouvait une plaine où la cavalerie pouvait donner avec grand succès; enfin il aperçut en avant de ce front, une plaine verte, qu'il prit pour des prairies. Comme le terrain était entouré d'étangs qui paraissaient en tirer l'eau, il pensa que cette plaine serait au moins praticable pour l'infanterie, que la cavalerie pourrait suivre plus à gauche , et l'artillerie par la •iigue. En examinant le plan, on se persuadera que le maréchal calcula bien suivant voûtes les probabilités, et qu'on ne peut nullement lui faire de reproche de s'être trompé.
Dès que le roi eut reçu son rapport, il ordonna à l'armée de marcher par lignes et par la gauche, ce qui fut exécuté avec promptitude et précision.
Les tètes de colonnes étaient déjà à Rieder-Podschernitz, lorsque les Autrichiens t'aperçurent de ce mouvement ; peut-être que la nature du pays en fut la cause, peutêtre aussi pensèrent-ils que le roi ne les attaquerait pas le même jour; car l'infanterie était fort tranquille dans son camp, et leur cavalerie au fourrage.
La cavalerie impériale reçut ordre de rappeler ses fourrageurs, de monter de suite à cheval, et de se placer dans la plaine en arrière de Micholup. Celte de l'aile gauche fut retirée et dirigée à la hâte sur le même point : elle s'y déploya sur trois lignes ; et, pour arrêter plus facilement les progrès de l'ennemi, les hussards du général fladdick formèrent un crochet en avant, dont l'extrême droite se rapprochait de l'étang de Xieder-Micholup , et figurait ainsi un angle
rentrant avec le reste de la cavalerie. L'infanterie marcha par la droite, et arriva encore sur les hauteurs de Sterboholi avant que les Prussiens ne fussent formés.
Pendant ce temps , l'armée du roi avait toujours continué sa marche. L'infanterie laissa Podschemilz à gauche : une grande partie de la cavalerie et la grosse artillerie passèrent par le village. Dès que l'aile gauche arriva à Sterboholi , le maréchal de Schwérin lui ordonna de se former et de marcher à l'ennemi. Une grande partie de l'infanterie passa la digue, quelques bataillons défilèrent sur de petits ponts et par des sentiers difficiles ; les grenadiers de cette aile, ainsi que les régiments de Schwérin, de Fouquet et de Kreutz, durent traverser la prairie, ce qui ne pouvait s'effectuer sans confusion ; plusieurs bataillons furent obligés de rompre ou de marcher par files.
Ceux qui traversèrent cette prairie la trouvèrent plus marécageuse qu'ils ne croyaient; l'étang saigné causa surtout du désordre :
les troupes, sur ce point, faillirent rester dans la bourbe; les régiments de Meyerinck et de Treskow y tombèrent jusqu'aux genoux, et eurent une peine infinie à s'en tirer. Les pièces des régiments restèrent presque toutes en arrière, et privèrent ainsi l'infanterie d'un appui dont elle aurait eu le plus grand besoin , puisque ces retards avaient donné à l'ennemi le temps de garnir son front d'une artillerie formidable.
Enfin, cette brave infanterie réussit à se déployer. 11 était une heure après midi, et il eût été convenable de la faire reposer un moment; mais son impétuosité était si grande, qu'elle se précipita sur les Autrichiens, qui commencèrent un feu à mitraille terrible. Le roi avait ordonné aux bataillons de ne point s'amuser à tirer, et de culbuter l'ennemi à # la baïonnette. Cet ordre fut ponctuellement suivi , mais on s'y prit de trop loin, et les bataillons durent marcher en ligne plus de 400 pas, la baïonnette croi-
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
«ce (1). Le feu de l'artillerie devint si effrayant et si meurtrier, qu'il ne fut pas posble de remplir les vides qu'il occasionnait.
Les grenadiers, jusqu'alors inébranlables, furent contraints à se retirer, et les régiments qui les appuyaient en firent autant.
Lorsque les grenadiers autrichiens s'aperçurent de ce mouvement rétrograde, ils descendirent vivement des hauteurs, et poursuivirent les Prussiens le sabre à la main. Ils ont souvent employé cette manœuvre, dont ils se sont toujours mal trouvés : ils en faisaient surtout usage lorsque l'ennemi se retirait, parce qu'elle offre alors quelques avantages apparents. Mais si on la compare avec la nature des armes modernes, on trouvera sans doute qu'elle est très-mauvaise; car, pour l'effectuer, il faut jeter son fusil ou le mettre en bandoulière : dans le premier cas, on reste privé de son arme principale, et dans le second, la marche est très-gênée. Les Autrichiens ont pris ce système des Janissaires, sans songer que ceuxci ne connaissaient point l'usage de la baïonnette ; aussi , dans cette occasion , leurs grenadiers ne blessèrent pas un homme, et les bataillons qui avaient ployé se retirèrent sur l'étang de Dubetsch.
Pendant que ces choses se passaient, la cavalerie prussienne de l'aile gauche, forte de 68 escadrons aux ordres du prince de Schoneich, avait franchi la digue de Sterboholi , et se formait dans la plaine à gauche, appuyée à l'étang de Micholup.
Celle des ennemis, forte de 104 escadrons, formés sur trois lignes, l'attendait en arrière de cet étang, sans apporter d'obstacle à son passage. Le général autrichien manquait de coup d'œil, puisqu'il ne profita point de
(1) Il est asseï étonnant de voir toute une ligne de bataille déployée, marcher pendant 400 pas è la baïonnette. C'est probablement le premier exemple de cette nature. Sans vouloir élever des doutes sur cette assertion nous observerons qu'une telle attaque ne peut avoir ni force ni impulsion : il fallait former 20 bataillons de front , chaque bataillon en
l'ctubarras des escadrons prussiens. Le* prince de Schoneich apercevant la grand «* supériorité des ennemis, et le risque qu'il courait d'être accablé et débordé, s'il leur laissait le temps de se reconnaître, attaqua aussitôt que ses troupes furent formées, et enfonça la première ligne des Autrichiens ; mais ce mouvement priva de leur point d'appui ses flancs qui se trouvèrent débordés, et la deuxième ligne de l'ennemi ayant chargé au même instant, il fut repoussé. Le prince se reforma pour tenter une nouvelle attaque, qui ne réussit pas mieux que la première.
Le colonel Warnéry (î), posté derrière la gauche de l'infanterie, avança alors avec 5 escadrons de hussards, laissant l'étang de Micholup à droite, et manœuvra si habilement, qu'il tomba sur le flanc du général Haddick, et culbuta plusieurs corps de cavalerie. Dans ce moment, le général Ziéthen amena quelques régiments de l'aile droite, entre autres ses hussards et ceux de Werner; la charge renouvelée fut décisive, la cavalerie autrichienne dispersée, une partie rejetée sur son infanterie, et l'autre poursuivie par Sabiétitx. Les escadrons qui voulurent se reformer, furent culbutés par les dragons de Stéchow, joints au colonel War néry ; l'aile droite de l'infanterie ennemie se trouva ainsi ébranlée et mise en désordre.
Pendant ce combat de cavalerie, le maréchal Schwérin faisait les plus grands efforts pour reformer son infanterie : il ordonna à quelques bataillons de la deuxième ligne d'entrer dans la première, et de repousser l'ennemi, ce qui fut bientôt effectué. Affligé de la retraite de son régiment,
eolonne d'attaque par le centre, et croiser la baïonnette en arrivant sur l'ennemi.
(2) Cet officier, depuis général , était natif du pays de Vaud, en Suisse; il a laissé un Traité sur la cavalerie , qui est estimé ; il a écrit aussi sur la guerre des Turcs et sur celle de sept ans.