CHAPITRE XXII
lion au roi et au prince Uenri en leur demandant des renforts. Chargé de la double mission d'observer les mouvements de Laudon contre la haute Lusace et de couvrir la Silésie, il lui était difficile de remplir ce rôle sur ce vaste théâtre, avec un corps aussi faible et devant une armée commandée par Laudon : n'ayant aucun renfort à espérer, il se replia, le -4 juin, à Wurben près de Schweidnitz.
Laudon, de son côté, se porta, le 5, sur deux colonnes à Nimptsh et Reichembach.
Fouquet s'établit, le 6, à Romenau pour couvrir Breslau. Ce mouvement rétrograde permit aux Autrichiens de bloquer Glati et d'occuper Landshut. Laudon revint, le 7, à Wartha, et fit investir Glati.
Sur ces entrefaites, le roi ayant ordonné à Fouquet de reprendre Landshut, ce général laissa Ziethen avec 7 bataillons sur le Ziskenborg près de Furstenstein ; partit, le 16 juin, pour Hartmansdorf et Forste; apprenant ici que l'ennemi avait encore JS régiments à Friedland, il résolut d'attaquer Landshut sur-le-champ. Les Autrichiens défendirent mollement ces hauteurs presque inaccessibles, et se retirèrent sur celles de Reichennersdorf. Fouquet se fit alors renforcer par 3 bataillons de Aicthen, et reprit son ancien poste, qu'il couvrit d'un retranchement. La position était trop étendu»* pour les 17 bataillons et 14 escadrons dont se composait son corps, il fut obligé do le morceler. Il avait -4 bataillons sur les hauteurs de Rlasdorf, 2 bataillons et 5 escadrons sur le plateau de Reichennersdorf. 3 bataillons sur le Galgcnberg, 2 bataillons et 2 escadrons sur le Kirchberg, 2 bataillons et 3 escadrons sur le Buchberg^ 2 bataillons et 2 escadrons sur le Muinmelberg, 2 bataillons à Landshut. ( Voyez pl. XX11I.)
Aussitôt que Laudon eut avis de ces mouvements , il résolut d'attaquer le général Fouquet. Il marcha dans ce dessein, le 17 juin, avec la réserve, à Schwartzwald, et ordonna aux troupes restons devant Glati
de le rejoindre, à l'exception de quelques bataillons qui devaient observer la place. Le corps, qui était à Friedland, joignit l'armée le 18. Nauendorf, avec l'avant-garde, prit position près de Forste et sur le Ziegenruck, tandis que Janus campait toujours à Reichennersdorf. Le général Wolfersdorf occupa le mont Nimchefsky et le pont de Faulebruck. Enfin, le corps de Beck. qui était à Friedberg sur la Queiss, reçut l'ordre de marcher par Hirschberg à Schmidberg.
Le général Fouquet se trouvait dans une position critique ; il rendit compte au roi de ces mouvements, en le prévenant qu'il n'osait rien tenter contre l'ennemi, sans s'exposer à perdre le poste important qu'il avait ordre de garder. 11 promit au roi de se défendre jusqu'à la dernière extrémité , et sollicita une diversion en sa faveur. Laudon ayant été joint , le 21 , à Schwartzwald par les troupes qui venaient de Glatz , compta 42 bataillons, -40 compagnies de grenadiers, et 75 escadrons, avec lesquels il se crut en état d'écraser son adversaire, qui n'avait pas plus de 12,000 combattants.
Le 28 juin , à deux heures du malin , la canonnade commença, et les Autrichiens se mirent en mouvement sur quatre colonnes.
La première, sous Laudon même, marcha sur Vogelsdorf pour déborder et prendre à revers l'aile gauche des Prussiens. La seconde , sous Mufiling , devait emporter le Mummelbcrg. Le général Campitelli , avec 14 bataillons, devait soutenir ces deux colonnes. La troisième, sous le général Geisruck , attaqua le Buchberg. Enfin la quatrième, conduite par les généraux Janus et Wolfersdorf, devait attaquer la droite vers Blasdorf.
Les deux premières colonnes n'avaient devant elles que 3 bataillons qui tenaient un espace beaucoup trop considérable. Le régiment de Laudon se glissa entre deux hauteurs, culbuta le bataillon qui défendait la gauche dn retranchement de Muinmelberg , et se jeta sur les derrières dn deuxième l»a-
TRAITÉ DKS GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
taillon de Fouquet, à l'instant où des grenadiers autrichiens l'attaquaient de front. La deuxième colonne ne rencontrant que le bataillon de Mosel, le déborda cl l'accabla ; alors tout commença à fuir : les deux détachements qui défendaient le Buchbcrg , se voyant à leur tour attaqués par le général Geisruck et menacés sur leur gauche, abandonnèrent leur poste. L'aile gauche battait en retraite, lorsque Fouquet envoya un bataillon de grenadiers à son secours : malgré la bravoure de ses chefs, qui furent blessés ou tués, il devenait impossible qu'il rétablit les affaires ; il se retira avec perte; le reste de la gauche se replia sur le Kirchberg , la cavalerie se fit jour, et gagna la rive gauche du Bober.
Pendant que ces choses se passaient, les quatre bataillons de la droite, sous le général Schcnkendorf , étaient aussi attaqués par la quatrième colonne, forte de 16 bataillons et 30 escadrons. Après une belle défense , les Autrichiens s'emparèrent des hauteurs de Blasdorf et de Reiehnersdorf.
Les bataillons repoussés se reformèrent sous la protection du Galgenberg, d'où Fouquet leur ordonna de reprendre leurs positions :
cette attaque fut exécutée avec courage; on prit trois drapeaux à l'ennemi, qui fui rejeté dans Ilennersdorf. Les choses en restèrent là sur ce point, et les Autrichiens portèrent une brigade d'infanterie avec toute la cavalerie de leur gauche au delà du Bober, pour s'emparer de la route de Schmiedberg et couper la dernière retraite de Fouquet.
Ce général, ne voulant pas quitter son poste, se borna a faire observer ce mouvement par ii escadrons.
Jusqu'alors l'ennemi n'avait enlevé que les postes accessoires ; le corps principal tenait encore les hauteurs du Galgenberg et du Kirchberg, où tous les bataillons repoussés s'étaient retirés. Laudon fit ses dispositions pour emporter ces hauteurs : 6a cavalerie de la droite, devenant inutile pour l'attaque de positions si escarpées et retran-
chées, il la détacha sur la rive gauche dit Bober , afin de recevoir les débris de l'ennemi , lorsqu'il l'aurait déposté. Il établit une batterie de 12 sur le Ziegelbcrg, en face du Kirchberg, divisa son infanterie en deux colonnes : la première se porta sur Landshut, pour gagner la gauche de la position des Prussiens ; la seconde traversa le village de Zieder et attaqua le Kirchberg de front. Celte dernière précéda l'autre, de quelques instants , mais fut rejetée en désordre sur Zieder : cependant Laudon ayant enlevé Landshut , traversé la ville, et emporté la redoute du Kirchberg, la première colonne revint bientôt à la charge. Les Prussiens qui défendaient celle hauteur, quoique à peu près entourés, firent leur retraite, avec fermeté, sur le Galgenberg.
Il ne restait à Fouquet que deux partis à prendre, de vendre chèrement sa vie sur le Galgenberg, ou de se faire jour; il choisit le dernier. Il envoya au général Sehcnkendorf l'ordre de repasser le Bober; l'officier qui le portait fut tué ; Fouquet envoya alor* un second ordre par son fils , et se mit en marche lui-même avec deux bataillons. Arrivé à Leppersdorf, on trouva la cavalerie ennemie en possession de tous les passages.
Ne voulant pas donner aux Autrichiens le temps de le serrer de trop près , il forma sa troupe en carré et la harangua. La cavalerie autrichienne l'attaqua alors vivement; les dragons de Lowenstein se précipitèrent plusieurs fois sur les baïonnettes prussiennes : un feu bien ménagé* leur fit payer cher ces essais. Cependant ces attaques donnèrent à un bataillon de grenadiers le temps d'arriver au secours des escadrons impériaux.
Le combat fut alors trop inégal; Fouquet eut son cheval tué sous lui ; l'infanterie fui enfoncée et culbutée sur son général ; les plus braves lui firent un rempart de leur corps.
La mêlée était horrible, Fouquet mutilé de trois coups de sabre, fut sauvé par le colonel de Lowenstein, à qui il rendit son épee.
De son côté, SehenLendorf se défendait