CHAPITRE XXII
avec bravoure, lorsqu'il reçut l'ordre de repasser le Bober. En effectuant sa retraite, il eut sou cheval tué, et tomba aussi au pouvoir de l'ennemi. Le major Arnim , l'adjudant Treskow et d'autres officiers, se mirent i la tète des troupes , passèrent heureusement le Bober, formèrent un carré qui repoussa deux charges de cavalerie , et gagnèrent les hauteurs de Rcisdorf ; mais .
lorsqu'ils aperçurent , dans le ravin , plusieurs bataillons déployés, prêts à les attaquer de concert avec la cavalerie, ils voulurent hâter leur marche pour gagner les bois de Keisdorf : ce mouvement causa un désordre dont les escadrons autrichiens profitèrent; ils se jetèrent impétueusement sur cette infanterie désunie, et en sabrèrent une grande partie. La cavalerie prussienne, qui avait aussi passé le Bober, se battit longtemps contre des forces supérieures; les plus braves se firent jour , le reste fut pris.
Ainsi finit la malheureuse affaire de Landshut, où Fouquet se battit avec tout le courage que l'on peut attendre d'un homme de cœur; près de 1,600 hommes parvinrent à s'échapper; 7,800, dont la moitié étaient j blesses, furent pris. Les Autrichiens eurent plus de 3,000 hommes hors de combat.
Le général Ziethen, informé de cet événement, quitta le Ziskenberg, se retira sur Breslnu, et recueillit les débris du corps de son collègue.
Fouquet nous semble ù l'abri de tout blâme, car il prévit son désastre, en prévint le roi , et ne l'essuya que par une obéissance trop aveugle. Cependant, il parait que sa position était trop étendue : le camp de Landshut est une de ces positions mili- î La ires reconnues ; Frédéric y attachait , il ! est vrai, autant d'importance que Léonidas aux Thermopiles ; mais Fouquet devait son- j tir que l'occupation des hauteurs de Blas- j dorf, et du Mummelberg, le morcelait trop, i La position , proprement dite , est celle du j Galgcnberg et du Kirchberg, encaissé entre les ravins qui coulent à droite par Henncrs-
dorf, et à gauche par Ziéder. Puisqu'il se résignait à recevoir le combat, il valait mieux se concentrer , U gauche au Kirchberg, la droite à lleimcrsdorf , afin de raccourcir sa ligne. Sans doute, il courait risque d'être tourné; mais cela était inévitable de toute manière, et il le fut en effet, malgré l'occupation du Mummelbcrg. Du reste, il conserva assez de présence d'esprit pour prendre l'initiative, et se jeter sur un des corps ennemis avant d'être serré de trop près. Mais il est une vérité constante, c'est que ne voulant pas se retirer sans combattre, il eut beaucoup mieux fait do se jeter en masse, par Vogelsdorf, sur la colonne de Laudon ; car il ne pouvait se faire illusion sur le sort réservé à ses détachements disséminés. En manœuvrant de cette manière, il eût été certain de s'emparer de la route de Schweidnitz. Une faute plus positive et plus grave du roi, fut de laisser ce corps sans soutien , tandis que le prince Henri était dans l'inaction , avec -40,000 hommes, à trois marches de Landshut. Dans une position semblable, il fallait au moins laisser à Fouquet l'alternative de se jeter sous le canon des places fortes, qu'il avait à sa proximité, ou d'aller se réunir au prince. Nous développerons plus tard ces observations , en ajoutant les considérations qui résultent de la situation générale des affaires.
Laudon ne sut point tirer parti do cette importante victoire. La Silésic était ouverte, et si, pour l'envahir, on préférait attendri' l'arrivée des Russes, on pouvait au moins s'emparer de quelques places; mais les Autrichiens ne commencèrent pas même le siège de Glatz, parce que leurs dispositions étaient si mal prises, qu'ils n'avaient aucun des approvisionnements nécessaires.
Opérations en Sojc.
Tandis que l'armée du prince Henri demeurait oisive sur le Bober, et qu'à trois.
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
marches d'elle, le corps de Fouquet était \ accablé, le roi semblait indécis sur le parti qu'il voulait prendre.
Nous avons déjà dit qu'ayant fait un mou- j veinent rétrograde, le 25 avril, il était venu camper , près de Meissen , avec une partie de l'armée, laissant le reste cantonné en arrière.
Tempeihof a présenté un tableau pompeux des combinaisons que Frédéric avait imaginées pour voler en même temps au secours de la Silésie, et couvrir une partie de la Saxe. Il prétend que son plan était d'entraîner Dauu en Silésie , de peur qu'il ne formât sur la Saxe des entreprises dangereuses. 11 est difficile de concevoir quel intérêt eut porté le roi à concentrer la masse des forces ennemies sur le point où il se proposait d'opérer, en proroquant ainsi la jonction des années autrichiennes et russes, quil devait craindre par-dessus tout. Quel que soit le motif d'un tel jugement, nous verrons , au chapitre général des observations, que c'était par un système opposé, qu'il pouvait conjurer l'orage amoncelé sur sa téte.
Frédéric se prépara donc, le -4 juin, à marcher en Silésie. 11 fit établir, le 6, une forte batterie sur les hauteurs de Seidlitz, et détacha, le 1 1 , le général Krokow, avec 30 escadrons, par Torgau à Kosdorf, afin de couvrir le passage , en observant le corps de Lascy campé sur les hauteurs de Boxdorf. Ce passage de l'Elbe fut exécuté, le 1-4 au soir, par la première ligne d'infanterie, sur. des barques, et par la cavalerie, sur des ponts de bateaux : ces troupes campèrent à Broschof. La deuxième ligue, aux ordres du général Bulow, resta à Schlettau, et Ilulsen à Katzenhauser, pour couvrir cette opéralion. Le pont fut transféré à Meissen, et l'on en établit un à kohlhof.
Daun reçut proinptement la nouvelle que l'ennemi avait passé l'Elbe avec une partie de ses forces seulement : il dépendait de lui d'en profiter pour accabler l'une de ces parties isolées, en portant son armée, le 18
au soir, par lignes et par la droite, de Grossenhain à Radebourg, pour arriver au point du jour à Gros-Dobritz, sur l'extrême gauche du roi ; tandis que le corps de Lascy eût longé l'Elbe, pour attaquer la droite, vers Meissen. Le général autrichien avait tout l'intérêt possible à livrer bataille dans une position aussi avantageuse : il pouvait frapper un coup décisif, et ne courait pas le moindre risque, ayant une retraite assurée sur Dresde. Au lieu d'opérer ainsi , Daun craignit que Lascy ne fut attaqué , et porta la première ligne de l'aile droite à TVilschdorf, pour le soutenir au besoin. Le 17.
seulement , il vint avec le reste de l'aile droite, à Boxdorf , remplacer le corps de Lascy, qui se rendit à Bernsdorf. Ce mouvement fut suivi peu après par l'aile gauche et par les détachements répandus aux environs ; le camp de Boxdorf fut retranché.
D'un autre coté, le général Bulow quitta aussi, le 17, le camp de Schlettau, où il était resté avec la deuxième ligne, et vint rejoindre le roi.
A l'ouverture de la campagne, Frédéric prévint ses généraux , qu'il serait plus nécessaire que jamais de faire des marches rapides et longues, et d'en supporter les fatigues avec constance et courage. Aussitôt qu'il fut informé du mouvement de Lascy, sur Radebourg, il s'y porta, le 18, sur trois colonnes, et campa, la gauche appuyée à la ville, la droite à Barbisdorf. Lascy paraissant tenir dans sa position , Frédéric ordonna au général Ilulsen de le rejoindre à l'exception de 7 bataillons et 5 escadrons. Il assembla ses généraux , et leur donna les dispositions de l'attaque qui devait s'effectuer sur deux lignes d'infanterie, la cavalerie sur les ailes , et une troisième ligne comme réserve. Le 19 juin au matin, l'armée se mit en mouvement ; mais les patrouilles annoncèrent que Lascy s'était retiré. En effet , Daun ayant eu connaissance de la marche du roi, sur Radebourg, avait