CHAP1TRU XXII
attiré toutes les troupes restées sur la rive gauche de l'Elbe, et ordonné à Lascy de prendre position à Laues, pour couvrir le flanc droit de l'armée autrichienne qui prit les armes, à une heure du matin, dans son camp de Reichenberg.
L'on ne pouvait rien tenter contre un ennemi si bien en mesure et dans une position presque inabordable; le roi rentra au camp, Ne borna à faire occuper Bernsdorf, posta Hulsen, vers Gros-Dobritz, pour soutenir le corps de Linden resté à Schleltau, et porta 9 bataillons sur les hauteurs de Beerwald.
Le 23 juin, l'armée des cercles arrivant aux environs de Dresde, pour se liera celle de Daun, campa au val de Plauen : ce renfort porta l'armée impériale à plus de 80,000 combattants. Daun ne profita pas de cette supériorité pour frapper des coups décisifs, et se borna à inquiéter les postes par le général Lascy.
Il parait que le projet attribué au roi par Tctnpelhof , n'a existé que dans l'imagination de cet auteur ; car il est vraisemblable que Frédéric ne serait pas resté huit jours à Radebourrj, lorsque les moments étaient si précieux : dans le cas contraire, ce séjour serait une faute inexplicable.
Le 25, on reçut la nouvelle de la destruction du corps de Fouquet ; les Autrichiens firent des feux de joie. Le roi , d'abord anéanti par un coup aussi rude, recouvra bientôt sa sérénité : il fallait faire bonne mine à mauvais jeu, ou quitter la partie.
C'est dans les circonstances difficiles , que Frédéric fut toujours un grand homme. Si son génie ne lui fit pas adopter constamment les combinaisons à grands résultats , il faut convenir que son caractère ne perdit rien de son élévation. Sa position devenait chaque jour plus critique : depuis dixhuit mois, il essuyait revers sur revers, et sans l'impéritie de ses adversaires, sa ruine eût été inévitable. Des plans justes, hardis et rapidement exécutés, pouvaient seuls le
tirer d'embarras ; mais dans cette circonstance décisive, ses talents brillèrent moins que son courage.
Frédéric renonçant à se porter en Silésie, résolut de tenter un coup de main sur Dresde. Si cette entreprise présentait une apparence de succès, il aurait dû la former dès le commencement de la campagne, comme nous le démontrerons incessamment; mais, le moment choisi était intempestif : d'ailleurs elle ofFrait des chances désavantageuses , puisqu'on avait tout à craindre, en cas d'échec.
Sans consulter les obstacles qu'une armée supérieure à la sienne opposerait à son projet , le roi envoya , à Magdebourg , l'ordre d'y préparer un équipage de siège. Il chercha aussi à arracher Daun de sa position, pour avoir l'occasion de lui livrer bataille. A cet effet, il quitta, le 20 au matin, le camp de Radebourg, et se retira, sur trois colonnes, à Gros-Dobritz : mais ces manœuvres furent inutiles, le maréchal imperturbable, augmenta les retranchements de son camp de Boxdorf ; véritable Fabius, lorsqu'il fallait être Alexandre, il fil à contre-temps la guerre de positions ; se bornant à pousser quelques détachements sur Schœnfels, Blockwitz etGrossenhain, pour observer cl éclairer la route d'Ortrand.
Le 29 au matin, le roi apprit que Lascy avait quitté Lause, renforcé par une partie de l'armée de Daun , et se portait, par Radebourg , sur Krakau : croyant d'abord qu'il aurait un engagement avec l'ennemi, Frédéric détacha le général Ziethen pour le suivre par Lampersdorf , et observer ses mouvements ; mais s'étant trompé de nouveau, il désespéra de lui faire accepter une bataille rangée. Terapelhof est ici en contradiction avec lui-même ; tantôt il fait préparer au roi le siège de Dresde , tantôt il affirme que son intention était de gagner encore une marche pour se porter en Silésie.
Dans le fait, Frédéric se porta, le 2 juillet, au camp de Quolsdorf , tandis que Hulscn
TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
retourna sur la rive gauche de l'Elbe, à celui de Schlettau.
Lorsque Daun fut instruit de la marche des ennemis sur Krakau, il ordonna à Lascy de ne les point perdre de vue. En conséquence, ce général vint prendre position à Lichtenberg : l'armée autrichienne se dirigea , le 3 , à Harlha. Frédéric séjourna à Quolsdorf, et porta seulement une avantgarde, surPuIsnitz, où il apprit les mouvement de Lascy. Il résolut de l'attaquer, et afin de donner le change sur son projet, il répandit que l'armée marcherait à Hoyerswerda. Daun craignant que le roi n'eut le dessein de gagner la route de Silésie, se hâta de s'assurer de celle de Baulzen et de Gorlitz , en portant dans la nuit, dans la première ville, la seconde ligne sous les ordres du général, comte de Wied.
L'armée prussienne, au contraire, partit, à minuit, pour se former sur les hauteurs de Neuendorf; mais les postes de Lascy l'instruisirent à temps de ce mouvement, et ce général se retira sur l'armée de Daun :
les Prussiens ne purent même atteindre son arrière-garde, à cause des obstacles multipliés du terrain. Le roi bivouaqua eu deçà de la Pulsnitz , vers Ohorn , et se mil en marche le o juillet au matin , pour aller camper près du couvent de Marienstern.
Après le départ des Prussiens, Lascy se porta de nouveau en avant et prit position à Bischofswerda.
Daun, toujours inquiet sur la route de la Silésie, était parti, le 4 à midi, avec le reste de ses troupes, pour suivre le comte de Wied à Baulzen. 11 continua son mouvement le 6, vint camper à Reichembach, et laissa, à Baulzen, un parti destiné à communiquer avec le corps de Lascy. L'armée autrichienne fil cette marche de huit lieues très-rapidement, malgré une chaleur si excessive, que plus de 200 hommes tombèrent morts sur les routes.
De son côté , Frédéric se proposait de passer la Sprée sur trois colonnes , et de
camper vis-à-vis de Leichnam; mais lorsqu'il arriva vers Pannevitz, avec la tète dvt la première, il apprit que Daun était ei> marche sur Reichembach, et que, loin de l'y prévenir, il aurait de la peine à l'atteindre ; ce qui l'engagea à profiter de l'isolement du corps de Lascy, pour tenter de nouveau de l'attaquer. Au lieu de marcher sur Leichnam, il changea de direction à droite, passa la Sprée à Jurke, et vint camper, vers Doberschutz, sur les hauteurs qu'il avait occupées après la bataille de llohenkirch. \as 7 au matin, à la téled'un parti de cavalerie, il poussa les postes ennemis ; emporté pîtr sa chaleur, il fut bientôt engagé, avec toute la cavalerie de Lascv, et ne se tira de ce mauvais pas que par l'arrivée d'un bataillon de grenadiers, qui protégea le ralliement de ses escadrons.
Le lendemain était fixé pour l'attaque du corps de Lascy. Malgré toutes les petites ruses dont le roi se servit pour répandre le bruit qu'il se rendrait à Reichembach, il ne put empêcher Lascy d'apprendre qu'il avait passé la Sprée, le 6 au soir. Le général autrichien se mil en marche vers une heure du malin , el se relira heureusement de Bischofswerda sur Wcisscnhirsch. Le roi lança vainement la cavalerie à la poursuite, et prit position à Barthe, où il fil au commandant de l'artillerie la première ouverture de son projet sur Dresde.
Le 10, Lascy passa l'Elbe et' campa à j Gros-Sedlilz ; le roi à Durrenbuhlau. Le 13, la première ligne vint détruire les retranchements de Boxdorf , que Daun avuit élevés avec tant de peine ; la deuxième ligne resta à Weissig, sous le duc de Uolslein ; le général nulsen campa à Mohschatz, sur la rive gauche de l'Elbe, et couvrit le passage qui eut lieu le 13 au matin. Le roi voulait marcher par Dippodiswalde, pour forcer l'armée des cercles à combattre ou à quitter le camp de Plauen ; mais elle lui épargna les fatigues de ce mouvement étendu, et se retira, dans la nuit du 12 au 13, sur Dohna,