‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 152 sur 196 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Observations sur la campagne de 1 760.

La guerre se composant de trois combinaisons, sa théorie peut être divisée en trois branches, qui ont chacune leurs principes; d'où il suit que l'heureuse application des maximes de ces trois combinaisons réunies, constitue une bonne opération.

La première de ces combinaisons est l'art d'embrasser les lignes d'opérations de la manière la plus avantageuse, qu'on nomme improprement plan de campagne. Je ne vois pas en effet ce que l'on entend par celle dernière définition , car il est impocsible

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TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

dans un plan général d'opérations, île prévoir au delà du second mouvement.

La deuxième, est l'art de porter ses masses le plus rapidement possible au point décisif de la ligne d'opérations primitive ou accidentelle; c'est ce qu'on entend ordinairement sons la dénomination de stratégie, qui n'est que le moyen d'exécution.

La troisième, est l'art de combiner l'emploi simultané de ses masses sur le point important d'un champ de bataille. C'est celui du combat , que plusieurs auteurs ont appelé ordre de bataille, et que d'autres ont présenté sous le nom de tactique.

On voit par l'exposé de ces combinaisons qu'un général peut avoir le talent d'en appliquer une, sans réussir dans l'emploi des deux autres. Jusqu'à Frédéric , on n'avait guère connu que la dernière : des systèmes, des préjugés, contribuèrent à les laisser dans l'oubli. Frédéric, lui-même, ne put en secouer le joug. S'il manœuvra avec habileté à llohenfriedberg , à Soor; s'il commanda l'admiration à Rosbach, à Leuihen, à Kunersdorf ; s'il déploya enfin un grand caractère dans presque toutes les circonstances de sa vie, on ne saurait disconvenir qu'il n'y eût au moins de l'exagération à lo présenter aux yeux de ses contemporains, comme le plus profond tacticien et le plus habile homme de guerre qui ait existé.

En effet, il ne fit faire que de faibles progrès à l'art ; et s'il en perfectionna la seconde partie, l'histoire de ses campagnes prouve qu'il méconnut entièrement la première. Il porta quelquefois, il est vrai, sa plus grande masse aux points décisifs; mais il ne sut jamais embrasser sa ligne d'opérations, de manière à mettre toutes les chances favorables de son côté.

On se convaincra de la vérité de ces assertions, en se rappelant ce que nous avons déjà dit des avantages que possédait le roi , en occupant, avec une masse suffisante, une ligne centrale contre des armées isolées, qui n'opéraient que successivement

à trois ou quatre mois d'intervalle, et dont les chefs irrésolus et pusillanimes, n'étaient jamais d'accord. Quinze mois de revers ne lui apprirent cependant pas, que c'était une faute majeure de passer dans l'inaction le* six mois les plus favorables, au lieu d'écraser l'armée qu'il avait devant lui, quand les autres étaient à cent lieues , en quartiers d'hiver. El depuis la première campagne, jusqu'à la dernière, il ne débuta jamais par un mouvement hardi et vigoureux , pour frapper le coup qui lui offrait les plus belles chances de succès.

Ce reproche, que nous lui avons fait pour la campagne de 1759, est encore plus fondé au commencement de celle de 1760. Le roi avait été accablé à Kunersdorf et à Maxcn ; il devait s'attendre que les coalisés chercheraient à opérer de concert, et peut-être même à se réunir en deçà de l'Oder, comme ils avaient déjà tenté de le faire avant ses désastres. Les renforts portés au corps de Laudon donnaient la mesure de ce que l'ennemi entreprendrait sur cette ligne, le seul moyen de le prévenir était de profiler du morcellement des Autrichiens pour rassembler son armée, celle du prince Henri, et le corps de Fouquet, entre Daun et Laudon, d'accabler avec la rapidité de l'éclair celui des deux qui lui offrirait les chances les plus favorables, de pousser ensuite l'autre assez loin pour n'avoir rien à en craindre le reste de la campagne, ofin de venir tenir tète « Sollikof sur la Wartha. Le système sum par les généraux russes dans les trois campagnes précédentes, indiquait assez qu'ils n'eussent jamais dépassé Posen , si les armées autrichiennes avaient essuyé un grand échec avant d'avoir levé leurs cantonnements.

Je ne répéterai pas ce que j'ai dit à cet égard au chapitre XX ; j'observerai seulement, que les circonstances l'exigeaient d'autant plus impérieusement dans cette dernière campagne, qu'on ne pouvait espérer de succès que par une conduite vigou-

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