‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 156 sur 196 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

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qu'entreprise plus en grand, elle pouvait parfaitement réussir et procurer d'immenses résultats.

La relation que Tempe! hof nous donne de la bataille de Torgau , permet difficilement déjuger la conduite deDaun dons l'action; il parait seulement que l'artillerie fit beaucoup plus d'effet que le bon emploi des troupes. On peut adresser, à cette occasion, au maréchal, le même reproche que l'on a fait au roi , c'est-à-dire qu'il avait de bien plus belles occasions de livrer bataille. Pour en convaincre mes lecteurs, je ferai simplement le rapprochement do la position respective à différentes époques.

Si Daun avait attaqué le roi à Reichenau, comme nous l'avons dit, il aurait eu bien plus d'avantages.

1" Celui de l'initiative, au moyen duquel il pouvait mettre toutes ses troupes en action, au lieu d'attendre, comme à Torgau, que l'ennemi attaquât sa droite.

1° 11 avait de plus , à cette époque , le corps deLaudon, qui resta en Silésie; tandis que le roi avait de moins, les corps de Hulsen et du prince de Wurtemberg, qui ne le joignirent que sur l'Elbe.

3° Frédéric était, à Reichenau, daus une position hasardée, où une bataille perdue l'eût anéanti; c'était alors qu'il fallait profiter des grandes chances. A Torgau , en attendant surtout l'attaque, on ne pouvait que le repousser.

4" Cette opération, exécutée vers Adelsbach, pouvait être plus facilement combinée avec un mouvement des Russes , qui , dans quelques marches, eussent été à même de se lier avec l'année victorieuse, en poussant ou laissant même de côté le petit corps de 1 2,000 hommes, qui se trouvait devant eux.

Au lieu de combiner ainsi l'emploi actif et vigoureux de la plus grande force possible, Daun, pouvant se lier, vers Eulenbourg , avec l'armée des cercles, négligea luème de le faire , et laissa eelte armée se retirer san* motif : 30,000 hommes furent

ainsi inutiles en cantonnant à trois journées de Torgau, tandis qu'ils auraient pu contribuer à décider la bataille. On n'a pas d'exemple de dispositions plus fautives, plus inconcevables.

Quant à la bataille même, Daun s'y conduisit avec un grand courage; il fit à propos deux charges heureuses; mais, satisfait de garder ses hauteurs , il ue manœuvra point, ne prit aucune de ces dispositions qui font donner à un général le titre de grand capitaine ; et s'il avait gagné la bataille , on aurait pu dire que c'était par hasard.

Il me semble également que le maréchal connaissant l'état de l'armée prussienne, aurait pu se dispenser de repasser l'Elbe , venir camper vers Schilda ou Oschatz, attirer à lui l'armée des cercles , et livrer un nouveau combat. Cette résolution eût été d'autant plus sage , que les Autrichiens avaient une retraite assurée sur Dresde, et que le roi n'était pas disposé à les suivre de près avec une armée abiinée. Dans le cas où ils eussent remporté ici une victoire, il est vraisemblable que Laudon et les Russes auraient eu le temps de marcher concentriquement sur Spremberg, pour venir achever l'établissement d'une masse redoutable au cœur des Étals prussiens.

Si la bataille presque indécise de Torgau, eut des suites si funestes pour les armées combinées, c'est qu'elles le voulurent bien.

Loin de se sauver chacune de leur côte, elles eussent dû perdre deux batailles semblables, et l'armée prussienne eût été détruite. Il semblerait que leurs généraux aient pris plaisir à cette guerre singulière, car ils préférèrent bénévolement donner au roi le temps de bien se refaire pendant l'hiver, afin d'avoir, au printemps, une nouvelle armée à combattre; du inoins, il serait difficile d'expliquer celte étonnante manie de prendre tous les ans, pendant six mois, une ligne divergente de cent cinquante lieues , et de passer les six autres mois à tenter une réunion.

En voilà asse* gur cette campagne. Je ne reviendrai plus sur les opérations de l'armée française, sur le Weser et le Rhin, dont j'ai observé les fautes principales, dans la relation succincte que j'en ai présentée au chapitre XXI.

CAMPAGNE DE 176k

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