CHAPITRE XXVII
le corps du prince héréditaire, dans le village d'Alzenheim, entouré d'un étang et de plusieurs ravins. La tranquillité qui régnait dans ses postes avancés, prouvait qu'il ne s'attendait pas à une attaque; et si Ton avait profité de la surprise pour jeter vivement toute la cavalerie dans le village et en arrière, il est probable que le prince héréditaire aurait sauvé fort peu des siens. Mais comme s'il eût été convenable d'annoncer leur arrivée, les Français commencèrent une canonnade inutile. Les alliés se jetèrent hors du village , et se formèrent rapidement sur les hauteurs en arrière. Le baron de Closcn, pour déborder leur flanc droit, détacha les volontaires à pied par sa gauche sur les bois de Bernsfeld, et se jeta avec sa cavalerie à droite du village contre leur flanc gauche. Arrivé près de l'étang, et s'apercevant que l'infanterie alliée n'était ni formée, ni soutenue par beaucoup de troupes à cheval, il se mit à la tète des régiments d'Autichamp, d'Orléans, et des volontaires de Saint-Victor, tomba sur les escadrons ennemis et les culbuta dans un taillis peu épais, qui se trouvait près de là. Changeant alors de direction à gauche, il se jeta sur l'infanterie , qu'il sabra à plaisir. Enfin les dragons du roi, du corps du comte de Scey, étant aussi arrivés, l'infanterie alliée fut poursuivie au travers du taillis, jusque sur sa cavalerie. Celle-ci voyant que les Français poursuivaient avec peu d'ordre, les chargea à son tour et ramena les plus avancés sur le second escadron de la Ferronnaye ; mais ce régiment tint ferme, et les volontaires de Saint-Victor l'ayant soutenu à propos , la cavalerie alliée fut repoussée. Cette charge donna néanmoins au prince le temps de se retirer sur Burgmunden, et de repasser l'Ohm , il perdit 2,000 hommes, 19 drapeaux et 10 pièces de canon. Cet échec eût été bien plus considérable, si la brigade de Royal-Allemand, qui devait traverser le bois le long de l'Ohm, et se former dans la plaine, eût exécuté cet ordre; mais elle rencontra Luckncr,
qui se retirait de Laubach par Niedcr-Ohin, avec lequel elle échangea fort inutilement quelques boulet* , et resta cachée derrière une hauteur.
Après cette affaire, Ferdinand se rendit, le 22 mars au soir, dans les environs de Ziegenhain, dont il leva le siège le lendemain. Il repassa l'Eder le 24 , prit des cantonnements aux environs, et fit lever celui de Cassel, le 28, pour se retirer derrière la Dimcl le 31. Toutes les affaires d'arrièrc-garde furent à l'avantage des Français, qui firent encore près de 1 ,800 prisonniers.
Le duc de Broglie se trouva ainsi en possession de la liesse, mais comme il avait perdu tous ses magasins diins sa retraite, et que le pays était entièrement fourrage depuis un an, il se crut hors d'état de poursuivre ses opérations avant d'avoir rassemblé de nouveaux approvisionnements ; cette opération le retint longtemps dans l'inaction : l'armée alliée rentra, le 1" avril, en cantonnements derrière la Dimel ; le duc de Broglie reprit les siens entre la Werra et la Fulde.
Les Frsmçais perdirent deux mois a sé renforcer près de Wesel , et à fortifier les places de la liesse. Leurs généraux écrivirent des in-folio pour mettre de l'ensemble dans leurs opérations sans pouvoir jamais y parvenir. Les alliés, de leur côté, augmentèrent les ouvrages de llameln, Munster et Lipstadt, et les mirent dans un état respectable de défense. Jamais campagne ne présenta, d'une manière plus frappante, les funestes résultats d'un double commandement, et de l'emploi fautif des forces ; jamais l'on ne dressa autant de projets, que les deux maréchaux et le ministre de la guerre français n'en rédigèrent. Les deux généraux en chef mirent tout leur talent à discuter ce que l'ennemi pouvait faire pour s'opposer à leurs mouvements réciproques, et finirent par laisser écouler la saison propre aux opérations, pour avoir voulu
TRAITE DES GRAÎNDEh OPERATIONS MILITAIRES.
calculer jusqu'à trente marches, ce que l'ennemi entreprendrait contre chacune d'elles. Si bien qu'une armée de 120,000 hommes , parfaitement organisée et de troupes aguerries, presque suffisante pour conquérir l'Allemagne, eut de la peine à se maintenir contre un ramassis de 60,000 combattants de toutes le» nations, qui n'avait, pour ainsi dire, aucun moyen de recrutement assuré.
Enfin, l'armée du Bas-Rhin se réunit dans les premiers jours de juin, aux. environs de Wesel et de Dusseldorf; celle de Broglie vers Cassel. Les alliés se rassemblèrent à Neuhauss, le prince héréditaire vers Munster, Sporken près de Warbourg.
Le prince de Soubise passa le Rhin, et campa, le 18 juin , à Matten, près de Dortmund. Ferdinand, instruit de ce mouvement, jugea qu'il était temps de se placer entre les deux armées françaises; il fit porter, le 20, le prince héréditaire à Ham, et vint camper lui-même, le 28, dans l'excellente position de Soest. Soubise marcha le même jour à Unna , et voulut se porter, le 28, à Werle, mais il y fut prévenu par le duc, qui vint ensuite se placer, le 29, à une demi-lieue de l'armée française. Son projet était de l'attaquer, mais il la trouva si bien postée, qu'il résolut de la tourner. Il partit à cet effet, le 1" juillet, à dix heures du soir, sur quatre colonnes , et après 36 heures consécutives de marche, il arriva, le 3 au matin, dans la plaine de Dortmund, sur les communications du prince français qui, étonné de cette manœuvre, leva sur-le-champ son camp pour se retirer à Heuimerle. Les alliés, trop fatigué», no purent le suivre et se portèrent néanmoins dans la nuit du 3 au 4 sur Unna. Les armées manœuvrèrent en présence jusqu'au 7 , où Soubise campa à
(1) Je n'ai donné qu'un croquis de celte bataille, et des suivantes sur cette ligne d'opérations, parce que n'avais déjà que trop de gravures. Les amateurs pourront suivre toutes les compagnes du duc Ferdinand et de l'armée française, sur l'atlas du eo-
Soest, et le duc Ferdinand près de Werle f l'armée alliée était organisée ainsi qu'il suit :
Aile droit»
Aux ordres du prince héréditaire
de Brunswick et du général Bat. Esc.
Kilmansegg 27 24
Centre
Aux ordres du l div. Conway. 8 71
duc en per-<—- Howard. 6 10 \ 24 23
sonne : ( prince Anhalt. 10 6 ^
Aile gauche Aux ordres de lord Granby ,| et ensuite du
Wutgenau. 7 51
en per-^ Granby. 12 14*
sonne, entre! Wolf. 7 6(
l'Asse et la J Lippe.
Total général 77 74
*•* coarpais :
Le reste du corps de Sporken , campé A Uerttfele , et les autres détachements.
Tandis que ces choses se passaient, le maréchal de Broglie , à la tète de 50,000 hommes, avait commencé son opération le 26 juin , et replié successivement le corps de Sporken , sur Lipstadt , où il arriva le 8 juillet, conformément aux instructions du duc. L'avant-garde de Broglie joignit l'armée de Soubise à Soest le 7 , et le lendemain ils se trouvèrent réunis et en ligne.
Ferdinand se borna à rapprocher son camp du village d'Illingen , où se trouvait son centre, couvert par le ruisseau de Salibach:
la gauche était entre la Lippe et l'Asse, vers le village de Villinghauscn (1).
Les généraux français perdirent huit jours en conseils de guerre ; ils se lisaient, il est vrai, de beaux mémoires dans lesquels on discutait l'inconvénient d'attaquer l'ennemi dans sa position avantageuse. Ces
lonel Bawr, chef d'état-major du duc, ou sur le* caries de la liesse et de lu Wcstphalic, par Julien, suffisantes pour ceux qui n'auront pas les belle* cartes de Leeocq.