‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 160 sur 196 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

tnémoires, qui sont bien moins des preuves de savoir que de manque de génie , discutaient toutes les hypothèses , et prouvaient clairement toutes les ressources qui restaient à l'ennemi pour s'opposer aux entreprises des années françaises ; aussi, loin de raffermir leurs généraux dans une résolution énergique, ils augmentaient leur incertitude.

Enfin , on convint d'un projet d'attaque pour le 16 juillet. Broglie se mit en mouvement le 18 pour venir, par Oslingshausen, prendre position vers Hultrup, où le corps du prince de Condé avait ordre de le rejoindre : son avant-garde devait faire attaquer, par deux brigades, les postes de Nordel et Willinghausen ; Soubise se porta d'Ervitte sur la Saltzbach. Cette marche de deux lieues, exécutée dans la matinée du 15, avait pour but de se rapprocher de l'ennemi , afin d'être mieux en mesure pour l'attaque du lendemain, et de retrancher les hauteurs en arrière de Sa I Ubac h pour protéger la retraite de l'armée en cas d'échec; mais elle dévoilait naturellement le projet que l'on avait formé, et devait le faire échouer.

Le 15 , au point du jour , Broglie quitta le camp d'Ervitte, et fit camper son armée à Oslingshausen (Pl. XXI, n° 3), d'où il partit à cinq heures après midi , sur trois colonnes. Celle de droite composée de l'avant-garde, commandée par le lieutenant général Closen , devait attaquer Willinghausen ; celle de gauche formée de la division Beltunce, avait ordre d'attaquer le château de Nordel ; le centre, qui resta en arrière, était composé du gros de l'armée , lequel devait seulement soutenir, au besoin, les deux premières colonnes.

A six heures du soir, le duc fut averti de ces mouvements , qui menaçaient la route de Hamm ; il ordonna sur-le-champ à lord Granby de garder son poste jusqu'à la dernière extrémité, et au général Wutgcnau de Je soutenir; la ligne se prolongea vers la

gauche pour mieux appuyer l'aile qui allait être engagée ; et la brigade d'Anhalt passa l'Asse pour remplacer Wutgenau et se lier à sa droite. Enfin , le général Sporken, qui campait à Herzfeld sur la rive droite de la Lippe , eut ordre d'envoyer à Granby un corps de 8 bataillons et 7 escadrons, commandé par le général Wolff.

Sur ces entrefaites , Closen attaquait le bois de Willinghausen avec les volontaires à pied de Saint-Victor, soutenus des régiments de Nassau, de Deux-Ponts, et des bataillons d'élite d'Auvergne et de Poitou. Les Anglais, aux ordres du général Granby, se défondirent d'abord avec vigueur ; mais furent repoussés dans le village, et chargés avec une nouvelle impétuosité. Dans cet instant , le corps de Wutgenau arriva , et les Français furent contraints à rentrer dans le bois. Closen demanda alors des renforts au général en chef, qui détacha la brigade de Guerchy, et marcha lui-même avec le régiment du roi à son secours. L'attaque devint plus vive; Willinghausen fut pris et repris; et ce ne fut que la nuit qui mit fin au combat. Les Français restèrent maîtres de ce village, qui fut occupé par les brigades d'Aquitaine et de Rougé.

Tandis que ceci se passait, le maréchal reçut l'avis du prince de Soubise, qui lui annonçait sa marche sur Eimbecke, et lui mandait que, l'ennemi paraissant tirer toutes ses forces sur sa droite, il croyait devoir rappeler à lui le prince de Condé. Broglie avait de trop bonnes preuves du contraire pour y croire, il invita donc le prince de Condé à le joindre , et son collègue à le faire remplacer dans sa position intermédiaire.

Ferdinand, au premier avis du mouvement de ses ennemis, avait ordonné, comme nous l'avons dit, un prolongement général vers la gauche pour soutenir l'aile engagée; non content d'y diriger, pendant la nuit, les brigades anglaises de Cavendish et de Pcmbrock.il s'y porta Ini-même. tandis qur

TRAITÉ DKS GRANDKS OPÉRATIONS MILITAIRES.

le prince héréditaire , commandant Vaile droite, vint s'appuyer vers lllingcn, dans la position où avait été le centre, et continua à tenir en respect l'armée de Soubise. Le 16, au point du jour, l'attaque de Willinghausen recommença par une forte canonnade. Broglie , ne se croyant pas assez fort pour se soutenir, manda au prince qu'il allait reprendre son ancienne position à Oslingshausen ; mais, comme il se trouva engagé , il n'eut pas le temps d'exécuter sa retraite, et les renforts arrivant de toutes parts aux alliés , Ferdinand fit emporter le village de Willinghauscn, après une résistance opiniâtre ; le régiment de Rougé fut fait prisonnier : Broglie se décida alors à la retraite, et la fit protéger par les grenadiers de France , qui n'avaient point encore donné ; elle s'exécuta en bon ordre, à la faveur d'un terrain très-coupé, qui empêcha la cavalerie d'agir.

Le message par lequel le maréchal annonçait qu'il voulait se retirer, arriva vers 7 heures du matin au prince , au moment où il entrait en action pour forcer le passage de la Saltzbach, vers Seheidengen :

craignant de s'engager seul , il fit revenir se» colonnes au camp de Closier-Paradics qu'elles venaient de quitter, sans considérer que sa grande supériorité, et la présence du corps du lieutenant général Dumesnil, près de Werl , lui auraient donné les moyens d'accabler le prince héréditaire par Sundern.

Cette retraite termina l'affaire de Willinghausen, où les Français perdirent 8 à 6,000 hommes, et les alliés au delà de 2,000. Jamais combat ne montra, d'une manière plus évidente, les funestes suites de l'irrésolution, du défaut d'unité dans les mouvements , et surtout du partage de commandement : on V vit une armée, composée de vieilles troupes , se retirer devant un ennemi coupé de ses communications qui ne pouvait en mettre en action moitié autant, et dans une position hasardée. La postérité y recueillit aussi

un exemple frappant de l'influence , que l'art de conduire les hommes exerce sur les événements. En comparant les opérations de l'armée de Soubise et les moyens de ses ennemis avec ce qu'on a vu de nos jours , on est obligé de convenir que cet art constitue réellement la force des armées et celle des empires. L'état militaire, présentant une pompeuse éiiumération de régiments, n'établit point le degré réel de force de l'armée, il vaudrait tout autant renoncer à en avoir un , quand le gouvernement ne met pas à sa tête un homme capable de le commander dans toutes les circontances.

Quoique la perle essuyée par les Français dût leur être très-peu sensible, à cause de leur supériorité, le combat de Willinghausen changea totalement la face des affaires.

Les généraux commencèrent de nouveau à se disputer : Soubise voulait que les armées restassent réunies ; Broglie insista, au contraire , pour qu'on les divisât , afin de faire une forte diversion, dans le pays de Hanovre, par la rive droite du Weser. Le prince adopta enfin cet avis, renforça de 80,000 hommes l'armée de son collègue , et campa avec le reste à Herdringen, le 23 juillet, afin de couvrir la liesse. Broglie m mit aussitôt en marche , et arriva le 27 devant Paderborn, à l'instant où le gouvernement, qui improuvait toute séparation, venait d'adresser l'ordre d'attaquer de nouveau Ferdinand. 11 n'était plus temps , car ce prince était en marche dès le 27 au matin , et vint camper le 80 à Buren , entre les deux armées françaises , laissant le prince héréditaire à Ithudcn pour observer le corps de Soubise.

Le maréchal de Broglie prit position , le 28, à Dribourgct Dringenberg; il n'attendait qu'un nouveau renfort de 10,000 hommes, parti le 9 août du corps de Soubise, pour menacer llnineln, tandis que ce dernier ferait une démonstration contre Munster. Le duc résolut alors de prendre une position centrale qui empêchât en même temp* ces

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