‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 161 sur 196 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

deux entreprises, et Interceptât les communications entre les deux années françaises.

Il partit, le 10 août, et marcha par Detmold sur les hauteurs de Moltmorbergen , où il campa, le 13, la droite à Reilkirchen , la gauche à Sieghof.

Sur ces entrefaites, le ministère approuva le projet de la diversion , pourvu qu'au lieu de la porter au delà du Weser, l'on tournât le duc Ferdinand par la haute Lippe. Ce projet eut le mémo sort que tous les précédents, et, loin de l'exécuter, Rroglie, après plusieurs mouvements insignifiants , passa le Weser à Hoxter, le 18 août menaçant Hameln et Brunswick. Ferdinand, sans s'inqniéter , resta sur la rive gauche du fleuve aux environs de Hoxter, pour couvrir les places qui lui donnaient un bon appui , et menacer en même temps les communications des Français avec la Hesse.

Le prince de Soubise, de son coté, avait marché dans les premiers jours d'août sur la Lippe, pour menacer Munster; mais le duc, «'inquiétant fort peu pour l'instant des succès de ce corps secondaire, retira même le prince héréditaire qui lui était opposé, et le porta en trois marches rapides, le 14 août, à Lichtenau, sur les derrières de Rroglie , qui se trouvait alors vers Drybourg.

Aussitôt que la grande armée française eut passé le Weser , le duc jugea qu'il ferait avorter ses projets en menaçant Cassel, tandis que le prince héréditaire déjouerait de son côté , ceux de Soubise. Le duc porta donc le corps de Granby, le 24 août, sur la Dimel , pour attaquer le duc de Stainville, et se porta lui-même avec l'armée, le 27, à Immenhauscn. Cette entreprise lui réussit, car le général français accourut au secours de la Hesse avec une partie de son armée, et le duc, satisfait de l'avoir induit dans un faux mouvement, revint à Ruhnau, le 1 er septembre.

Rroglie reprenant ses projets sur la Westphalie, retourna le 5, à Sulbeck et poussa sa reserve sur Gandcrshcim pour

marcher sur Wolfenbuttel. Hais le duo lui opposa la manœuvre qui lui avait déjà si bien réussi; il passa la Dimel, le 18 septembre, poussa jusqu'à Wilhelmsthal, et se Ht rejoindre par le prince héréditaire. Le général français reprit à son tour une position intermédiaire vers Munden, renforça Stainville, et forma une espèce de cordon de Luternberg à Eimbecke.

Nous ne donnerons pas les détails de ces petites opérations , dont le duc Ferdinand eut tout l'honneur par 4es combinaisons étroites de ses ennemis , auxquels la moindre démonstration faisait craindre de mourir de faim dans un pays riche et fertile, et qui, tremblants pour leurs nombreux détachements, en faisaient sans cesse de nouveaux pour les soutenir.

Enfin , Rroglie se croyant en sûreté revint, le 3 octobre, à Uslar pour pousser des détachements sur Wolfenbuttel et Brunswick; le comte de Lusace y marcha avec la réserve. La première de ces places fut occupée le 10, la seconde qui n'avait qu'une faible garnison fut investie le 1 1 ; mais le prince Auguste de Rrunswick, se trouvant avec quelques bataillons à Hanovre, surprit dans la nuit du 13 au 14 le poste de Selpcr, et s'introduisit dans la place, à la vue des Français.

Le comte de Lusace, qui n'avait point d'autres ennemis dans les environs, crut néanmoins voir toute l'armée des alliés, leva le blocus, évacua même Wolfenbuttel, et se retira sur l'armée de RrogUe.

Ferdinand, résolu d'arrêter ces incursions, laissa derechef un faible parti pour observer Soubise , et se fit joindre par le prince héréditaire , qui était retourné à Lipstadt dans le même objet ; mais le duc étant tombé malade, toutes les opérations furent suspendues jusqu'au commencement de novembre. Dès qu'il fut rétabli , il fit passer le Weser à son armée, le 4, et combina les mouvements de plusieurs colonnes pour couper la division Poyanne qui gar-

TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

dait les défilés d'Escherhausen ; le retard d'une seule fit, comme à l'ordinaire, échouer ce projet. Le prince héréditaire canonna Broglie vers Eirabecke, le 8, et le força à concentrer nés divisions, qui passaient tous les mois, de l'état le plus menaçant, au rôle défensif le plus honteux. Les armées étaient en présence ; mais chacune d'elles croyant n'avoir pas d'intérêt à livrer bataille dans une saison aussi avancée, attendait que l'autre, de guerre lasse, lui cédât sa position. Voyant enfin que son adversaire avait autant de constance que lui, le duo menaça son flanc gauche et ses communications avec Gœttingen. Ce moyen réussit; Broglie, regardant la campagne comme terminée, ne jugea pas à propos de rester dans sa position, et se rapprocha par Morungen de Gœttingen, où il vint le 16.

Peu de jours après, ses troupes prirent, derrière la Werra, les quartiers d'hiver qu'elles occupaient l'aimée précédente.

Le prince de Soubise l'avait devancé; après avoir menacé un instant Munster , et porté le prince de Condé sur Ha mm, il se retira d'Appelhusen sur Western oh, parce que le prince héréditaire avait emporté d'assaut la ville de Dors (eu, où se trouvait la boulangerie française , et qu'il menaçait les caissons de vivres venant de Wesel.

Aussitôt que le prince fut parti pour l'armée du duc , Soubise en revint au projet d'une incursion sur l'Ems ; et n'osant l'exécuter lui-même de peur de perdre ses convois de pain, il poussa ses troupes sur Embden , se bornant à prendre position à Kosfeld, le 20 septembre. Cette guerre insignifiante ne vaut pas même la peine d'être rapportée par un tableau.

Ferdinand, voyant que le Weser séparait «on armée de celle de Broglie, et que celle-

(1) M. de Broglie a pense de même. Ce général a fait, *»r les opérations de cette année, plusieurs mémoires basés sur d'cicclleiils principes; mais, soit qu'il ne fût pas le maître, soit qu'il fùl trop irrésolu, l'exécution ne répondait jamais à ses Mies :

ci était réduite à défendre momentanément la Hesse , renvoya le prince héréditaire sur Lipstadt, le 10 octobre, pour arrêter Soubise ; mais ce dernier l'ayant déjà prévenu et jugeant n'avoir plus rien à faire à Kosfeld ni sur l'Ems, estimant d'ailleurs qu'une entreprise sur Munster serait trop scabreuse, se dirigea sur Borken près du Rhin. Le duc rappela alors le prince héréditaire, le lo octobre, et Soubise resta tranquille dans ses cantonnements jusqu'au 10 novembre , où ses troupes commencèrent à passer ce fleuve pour entrer dans leurs quartiers d'hiver sur sa rive gauche.

Tel fut le résultat d'une campagne pour laquelle les Français avaient fait de préparatifs immenses. R'eùt-il pas mieux valu renoncer à cette guerre impolitique, que de mettre de nombreuses armées en campagne, et de perdre chaque année 30,000 braves, pour défendre d de farine?

Je ne m'étendrai pas sur les fautes de cette campagne; c'était la même ligne d'opérations que dans celles qui l'ont précédée. Le seul moyen de réussir était donc de marcher en masse par la droite vers les sources de la Lippe, de contraindre Ferdinand à recevoir une bataille sur ses communications, et de le rejeter sur le Rhin. Le duc, par son mouvement imprudent sur Dortmund et Unna , vint lui-même se placer dans cette situation difficile, cl les Français ne surent pas en profiter. L'affaire de Willinghausen, comme je l'ai déjà observé, a été aussi mal combinée qu'elle pouvait l'être. Un simple coup d'œil sur une carte détaillée, convaincra que , quelle que lut la position du duc sur le terrain, la partie faible était l'aile gauche; placée dans un cul-de-sac entre l'Asse et la Lippe (1), où passait justement la route importante de Hamm. Le duc, dont

il fallait agir plus vivement et moins écrire. Au reste, on ne peut disconvenir que lui et le maréchal d'Estrécs soient les seuls généraux en cher des armées françaises qui aient passablement fait cette guerre .

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