‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 164 sur 196 · CHAPITRE XXTIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTIII

Dispositions générales pour la campagne.

Frédéric marche en Silésie.

fcous avons vu , dans le chapitre précédent, les préparatifs immenses et les vastes projets des ennemis de Frédéric. C'était en Silésie que les grands coups devaient se porter après la jonction de l'armée russe avec Laudon, dont le corps allait être porté à 80,000 hommes , par les renforts tires de l'année de Daun. Le roi n'avait à opposer aux alliés qu'une armée fatiguée, et une nation dont la population épuisée ne suffisait plus au recrutement. Pour comble d'embarras, ils avaient refusé d'échanger les prisonniers, depuis 1*760, et ils occupaient une partie des provinces où l'on aurait pu lever des hommes.

On se rappelle que le roi, en partant pour la Saxe, avait laissé le général Goltz en Silésie , pour observer les Russes et Laudon , avec environ 20,000 hommes. A la fin de la campagne, les deux partis prirent des quartiers d'hiver à la faveur d'une convention, qui fut prolongée jusqu'au 26 mai.

Les Autrichiens, ayant été renforcés jusqu'à 64 bataillons et 85 escadrons, Laudon dénonça l'armistice dans l'espoir d'enlever le corps de Goltz, pendant que le roi était encore en Saxe. Il pénétra en effet en Silésie, le 23 avril, sur 3 colonnes, et s'établit à Waldcnbourg; mais Goltz rassembla ses troupes sous Schweidnitz, dans les fortes positions de llohenfricdberg et Hohenkunzendorf, pour garder les défilés. Laudon prévenu et ayant ordre de ne rien compromettre jusqu'à l'arrivée des Russes et des renforts que Daun lui avait promis, renonça à son projet, et resta aux environs de Saltzbrunn.

Avant d'être informé de cet événement , le roi n'avait différé de marcher en Silésie, , que dans l'intention de profiter des derniers ' jours de l'armistice , pour chasser l'armée j des cercles de la Thuringe et du Voigtland, en Francouie. Dès qu'il eut avis de sa rupture, il rassembla, le 3 mai, 83 bataillons, 63 escadrons et 8 batteries de gros canon, passa l'Elbe à Strehlen , chargea le prince Henri de la défense de ce fleuve, et se porta en neuf marches à Hohenfriedberg, où il ! campa le 18. Son projet était de nianœu- | vrer entre l'armée du maréchal Butiurlin et celle de Laudon, afin de retarder leur réunion, et d'attaquer la dernière avant l'arrivée des Autrichiens, si l'occasion s'en présentait.

Daun , instruit de la marche du roi , fit partir pour Zittau , le 9 mai , 25 à 30,000 hommes, sous les ordres des généraux Sincère et Odonell , afin de préserver la Bohême d'invasion, et de se réunir ensuite à l'armée de Silésie, déjà renforcée des divisions d'Argenteau et deGourcy. Laudon, de

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

son côté, rentra, le 12, dans le comté de Glatz, où il prit position à Braunau et Dittersbach. Son corps principal , fort de -40,000 combattants, occupa le camp retranché de Hartmansdorf ; le général Ellrichshausen en flanqua la droite à Giersdorf ; le général Wolfersdorf la gauche à Bolich , près de Trautenau ; un corps de 13,000 hommes sous Draskowitz couvrait le comté de Glatz aux environs de Silbcrberg et de W art ha ; enfin le général Bethlem, avec -4,000 Croates, observait les Prussiens vers Kunzendorf. Odonell tenait Zittau en Lusace avec 25,000 hommes.

Frédéric attira alors à lui une partie du corps de Goltz, et son armée, forte de 48,000 combattants, occupa le 16, les positions et cantonnements indiqués au tableau ci-contre. Le général Goltz, avec le reste de ses troupes montant à 10,000 hommes, occupa le camp retranché de Glogau pour observer les Russes. On envoya un renfort de 2,000 grenadiers au prince de Wurtemberg, qui, avec 12,000 hommes, tint le camp retranché de Colbcrg pour couvrir la Poméranie : enfin le prince Henri avec 32,000, s'établit le 4 mai sur les hauteurs de Schlettau et Katzenhausern , derrière la Triebsche , entre Mililz et Nossen : cette position , déjà formidable par la nature, avait été fortifiée pendant l'hiver, et mise dans un état redoutable de défense.

L'armée de Daun , opposée au prince Henri, forte de 54 bataillons et de plus de 100 escadrons , restait tranquille aux environs de Dresde. Le maréchal pouvait cependant attirer à lui Lascy qui commandait un corps séparé à Reichenbcrg et Boxdorf , la division Guasco qui couvrait Egra, le général Haddick détaché à Dippodiswalde ; enfin l'armée des cercles , forte d'environ 20,000 hommes, qui gardait le Voigtland.

foutes ces forces, après le départ du corps envoyé à Laudon, s'élevaient encore à plus de 70,000 combattants ; malgré cette immense supériorité, Daun ne bougea pas de

toute la campagne , et le prince Henri se garda bien de le troubler.

Opérations en Silésie.

Les armées conservèrent leurs positions respectives jusqu'à la fin de juin.

Le 22, le général Goltz manda au roi que le maréchal Butturlin, arrivé, le 13, à Posen, se porterait en Silésie les 24, 25 et 26 avec 4 divisions, évaluées à 60,000 combattants, et proposa de les attaquer avant leur réuniou, pourvu qu'on lui envoyât quelque renfort. Frédéric y consentit, et détacha 8,000 hommes; mais le 28 juin, au moment où Goltz allait se mettre en marche, il fut saisi d'une fièvre violente dont il mourut deux jours après.

Le roi envoya Ziethen pour le remplacer; ce général arriva le 29, et se mit en mouvement le lendemain ; mais il était déjà trop tard, l'armée russe s'étant réunie le 29, vint s'établir le 30 à Czempin, à la tête des défilés de ZarUich. Le général prussien P"* unc bonne position le 1 er juillet à Kasten. Sur l'avis que les Russes devaient marcher à Dolsk, il alla camper le 3 près de Kopkowa.

Malgré tous ses efforts, il ne se procurait que difficilement des nouvelles de l'ennemi, dont les Cosaques inondaient le pays et masquaient tous les mouvements. Ayant appris, le 9, que le maréchal Butturlin devait être arrivé à Borke, il partit sur-le-champ pour Boyanowa, et se dirigea, par Trachenberg, sur Prausnitz, d'où il couvrit en même temps Glogau et Breslau.

Frédéric avait de grands motifs pour éviter d'agir offensivement contre les Russes, et dans le fait, il n'avait rien à y gagner : il ordonna donc à Ziethen de partager son corps en deux divisions, et de les faire camper séparément à peu de distance de Breslau, sur la ri\e gauche de l'Oder, dans la vue de jeter un des corps sous Breslau si les Russes venaient à le menacer, et de couvrir Brieg avec l'autre.

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