‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 165 sur 196 · CHAPITRE XX VIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VIU

Le 1 5 , l'armée russe enlra en Silésie , et campa à Tschechen.

Pendant que ce» mouvements s'exécutaient, le roi et Laudon étaient restés dans les montagnes ; mais , lorsque les Russes commencèrent à se rapprocher de Breslau, ce dernier forma des magasins dans la haute Silésie, où se trouvait le corps de Bethlem, et porta, le 3 juillet, les troupes légères de Brentarto à Michelsdorf. Frédéric présumant d'abord que l'ennemi voulait s'avancer sur Reichenbach et Nimptsch , pour le couper de Neiss, résolut aussitôt de quitter les montagnes, pour se rendre le 6 à Pulzcn, près de Schweidnitz. Les divisions légères des Autrichiens vinrent bien en effet jusqu'à Heidelberg et Reusendorf ; mais la grande armée resta immobile dans son camp, où elle fut jointe, le 15 et le 16 juillet, par le corps d'Odoiicll , qui venait de l'armée de Daun. Laudon eut alors sous la main plus de 75,000 hommes, et recul de Marie-Thérèse l'autorisation pleine et entière de diriger ses opérations suivant qu'il le jugerait utile à la gloire de ses armes. Celte marque toute particulière do confiance de l'impératrice , le décida à sortir des défilés pour fixer l'attention du roi, lui donner le change, et protéger les mouvements des Russes. Il vint à Frankcnstein, camper le 20 à Baumgarlen. One chaîne de petits corps garda les montagnes vers Habensdorf et Hohensgiersdorf ; le général Bethlem menaça Neiss.

Ces mouvements , quoique bien masqués n'échappèrent point au roi ; il s'aperçut que les Autrichiens voulaient opérer leur jonction avec les Russes vers Oppeln. Bien qu'il pût y prévenir ses ennemis parGrottkau, il lui importait encore plus de gagner Gros-Nossen avant eux, afin de conserver en même temps ses communications avec Neiss; il se mit donc en marche le 21, avant le jour, pour venir prendre position à Siegenroth , près de Nimptsch.

L'arrivée inattendue du roi à Siegenroth dérangea un peu le plan de Laudon , qui

avait campé à Stolx, près de Munchenberg , dans l'intention de s'approcher d'Oppeln ; il résolut de prendre , le 22 au matin , le camp de Gros-Nossen. Frédéric, de son côté, craignant par-dessus tout d'être coupé de Neiss , pivot de ses mouvements pour s'opposer à la réunion des armées ennemies, et où il avait des dépôts considérables, prit le parti de venir à Karlowitz, et d'attaquer Laudon, s'il se présentait dans cette direction ; il mit en mouvement son armée avant le jour sur 3 colonnes; le général autrichien s'était également mis en marche, mais gagné sur son flanc droit par les Prussiens , ses campements furent enlevés à Gros-Nossen. Le ruisseau d'Ohlau seul séparait les armées, et cette apparition subite causa dans celle des Autrichiens un désordre dont le roi ne sut pas profiter; il poussa, néanmoins, jusqu'à Gros-Carlowili, où il s'établit.

Celle marche hardie et rapide , exécutée en face de l'ennemi et sous le feu de ses postes, eul d'ailleurs un plein succès ; Laudon renonça à l'espoir de se joindre aux Russes en haute Silésie , et prit un camp à Pomsdorf, le 22 juillet, d'où il proposa à Butturlin, qui s'élait avancé sur les entrefaites à Namslau , d'effectuer leur jonction par la basse Silésie.

Frédéric , de son côté , vint s'établir, le 23 , sur les hauteurs de Woitx et d'Ullersdorf ; un pont de bateaux fut jeté sur la Neiss, près de Gumpiglau. Le général Ziethen quitta Breslau avec ses deux corps ; le sien se porta d'abord à Zultx, puis se réunit à l'armée : celui de Knobloch marcha à Steinau. Le roi , après quelques mouvements contre les corps détachés de l'ennemi, informé que Laudon s'était retiré à Weidenau , rassembla son armée le l' r août à Opersdorf.

Nous ne donnerons pas le détail des marches et contre-marches qui eurent lieu, d'un côté pour réunir les deux armées, et de l'autre pour s'y opposer.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

Celte jonction paraissait impossible à effectuer sans bataille, ei le roi les donnait trop bien pour que les Autrichiens, malgré leur supériorité , voulussent rien hasarder.

Dans le fait, il convenait aux alliés de ne combattre qu'après leur réunion, et par la même raison, il importait au roi d'engager une affaire décisive avec une des armées séparées. Laudon prit très-bien ses mesures pour faire réussir son projet, et fut secondé à merveille par ses alliés. Le comte Czernischef, après avoir fait une démonstration sur Breslau, devait venir jeter des ponts sur l'Oder et le passer à Leubus ; l'armée russe l'aurait suivi sur Lignitz et Jauér, où Laudon se serait rendu de son côté. Le plan 1 était bon, mais pour l'exécuter il fallait ou combattre le roi, ou lui donner le change ; ce dernier parti parut le plus sage. Afin d'atteindre son but , le général autrichien employa toutes les ruses possibles ; il continua à soutenir ses détachements vers Oppcln par des corps plus considérables; tantôt il faisait des démonstrations comme s'il eût eu le dessein de prendre la même direction, tantôt il faisait mine d'aller audevant du roi pour l'attaquer.

Frédéric donna dans le piège, et se porta d'abord à Strehlen , tandis que le général knobloch débouchait de Breslau, pour observer les Russes. Mais Laudon s' étant rabattu vivement sur Schweidnitz, et posté sur les hauteurs de Hohenfriedberg, en même temps que le corps de Beck, resté jusque-là à Zitlau, se dirigeait sur Lignitz, Je roi fut obligé de prendre la position centrale de Kanth, le 10 août. Pendant ce temps, l'armée russe s'était avancée, le S, de Bernstadt à Hunefeld ; le 6, à Hochkirch; le 0, à Trebnitz; le corps de Czernischef à Auras. Le 10, ce dernier campa à Wohlau, et fit jeter trois ponts sur l'Oder, au couvent «le Leubus. Le 1 1 , tandis que l'armée mar-

(I) Le journal de Thielkc assure que le canon de bicslmi appiii un r4>i , le 12. qu« l'armée russe

che à Kreidel, Czernischef passe l'Oder, et campe à Damm. Le 12, l'armée passe l'Oder, et campe près de Parchwitt.

La grande quantité de Cosaques répandue dans le pays fut cause que le roi n'eut aucune connaissance de tous ces mouvements (I). Cependant il ne lui restait plus de doute que les Russes ne cherchassent à passer l'Oder vers Breslau, et à se réunir à leurs alliés par la basse Silésie. Il lui parut évident que, pour favoriser leur marche, Laudon sortirait enfin de ses positions de Hohenfriedberg , ce qui amènerait l'occasion d'attaquer avec avantage, et de décider ainsi la campagne. A cet effet, ii chercha à tromper le général autrichien sur la force du corps qui se trouvait à Kanth : la troisième ligne marcha sur les hauteurs, la droite à Schimelwitz ; la gauche à Polsnitz ; les cuirassiers en réserve derrière elle : le reste de l'armée prit entre Schimelwitz et le faubourg de Kanth, un camp masqué par les buissons qui bordent les rives de la Slrigauer-Wasser. L'année séjourna, le 11 , dans cette position : une foule de faux rapports contribua à confirmer le roi dans son erreur. Il se porta, le lâ, à Lonig, croyant pouvoir tomber sur Laudon qu'on disait en marche sur Strigau.

Le général Schmettau, qui avaitété pou&sr sur la route de N eu mark à Breslau, annonça qu'il n'avait rencontré que des partis de Cosaques, et que, suivant ce qu'il avait appris, l'armée russe n'avait pas encore franchi l'Oder. Cependant, comme nous l'avons dit, Czernischef était déjà sur la rive gauche depuis la veille, et l'armée passait à l'instant même où Schmettau faisait son rapport. Le roi persuadé que ce général se trompait, détacha de suite le général Mollendorf sur Dombritsch, avec ordre de pousser des patrouilles sur la Katzbach. Cette mesure eut plus de succès, car elles décou-

avnU passé l'Oder, ci que ce fut là ce qui le décida h inan lier de Kantli à Lonig.

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