CHAPITRE XXVUI
vrirent un corps rime de 10 à 12,000 hommes, vers Polschildern. Mollendorf en rend.int compte au roi, le 13 à midi, ajouta que tous les rapports confirmaient le passage de l'Oder par l'armée russe ; mais Schmeltau, par un nouveau rapport annonçant le contraire , prolongea ce malheureux état d'incertitude. Enfin , à cinq heures du soir, un Kccond message de Mollendorf prévint qu'effectivement Butturlin était sur la rive gauche de l'Oder, et se dirigeait sur Panten.
L'armée leva sur-le-champ son camp, se remit en marche sur quatre colonnes, et se dirigea par Lonig , non pour attaquer les Itusses , mais pour en donner la crainte à Laudon. et l'attirer dans la plaine. Pendant celte marche, Frédéric reçut encore l'avis ijue Laudon était aussi en mouvement sur Jauer : cet avis était faux, mais probable :
l'on croit facilement ce que l'on désire, et le roi n'avait aucun motif de penser que son adversaire restât dans une pareille inaction. En conséquence il fit faire halte à l'infanterie de l'avant-garde aux environs de Jenkau ; les hussards poussèrent une reconnaissance sur Behrsdorf ; l'armée, qui devait d'abord camper à Lonig, alla plus loin, prendre position, la première colonne vers Mertxdorf, la seconde à Dromsdorf , la troisième à Tschin witi, la quatrième à Plomniti, où Frédéric attendit le retour des hussards. Son intention était de passer au point du jour le ruisseau de Weidebach par brigades, et de se former inopinément sur les hauteurs de Jaucr pour recevoir les tètes des colonnes autrichiennes, qui auraient ainsi donné sur le centre d'une armée déployée, et eussent étéculbutées comme celles de Soubise à Rosbach. Les hussards rentrèrent, le 11 à trois heures du matin, annonçant qu'ils n'avaient point rencontré l'ennemi, mais qu'ils avaient distinctement vu les feux de la grande armée autrichienne dans son camp de Hohenfriedberg, et ceux de Brentano à Strigau. En effet, le général autrichien était resté immobile dans s;» po- i
sition, sans qu'aucune sollicitude pour ses alliés pût l'en arracher.
Alors l'armée prussienne fit demi-tour à droite, et revint à Lonig ; quelques détachements furent portés à Kanth pour communiquer avec Breslau, et à Merschuti pour éclairer du côté de Jauer. Le général Platten, se porta, le 18, sur les hauteurs de Walstadt pour reconnaître l'armée russe. II découvrit quelques milliers de Cosaques attaquant les hussards de Ziethen, vers Jenkau, sans pouvoir les entamer, et aperçut sur les hauteurs de Wandris une division de cavalerie régulière qui venait à leur soutien ; il engagea aussitôt une canonnade avec ces escadrons, mais le roi ayant fait marcher le général Ziethen sur Nicolstadt pour les tourner, ils se retirèrent.
Pendant cette escarmouche, les avantpostes annoncèrent qu'il s'élevait de noirs tourbillons de poussière sur la route de Jauer. Le roi détacha sur-le-champ Mollendorf à Dromsdorf, et le général Ramin sur les hauteurs de Mertzdorf : on vit bientôt paraître 15 escadrons déployés entre Dromsdorf et Rudern, et derrière eux une colonne de cavalerie qui traversait au trot le village de Bartzdorf, se dirigeant sur Profen. C'était le général Laudon qui, jugeant au bruit du canon , que les Russes s'approchaient, s'était mis à la tète de 40 escadrons pour les soutenir, et établir avec eux la communication désirée depuis si longtemps. Le roi ignorant ce que cela signifiait, se mit lui-même à la tète d'une brigade d'infanterie et d'une division de cuirassiers, et s'avança par Skule sur Klein-Pohlwitx pour soutenir Ziethen, qui, après avoir évacué Nicolsladt, se trouvait entre cette colonne de cavalerie autrichienne et celle des Russes.
Laudon prit alors à gauche par Walstadt, et joignit la cavalerie de ses alliés près de Slraehwitt. D'un autre côté, Platten se dirigea sur Wandris, et le roi, après s'être réuni à Ziethen . forma sa cavalerie et se
TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES
porta d'abord à Nicolstadt, pais dans la direction de Walstadt ; il en résulta une canonnade et un petit combat. La cavalerie prussienne, qui avait la tête de colonne vers Strachwitz, culbuta quelques régiments autrichiens, s'engagea un peu trop, fut prise en flanc par des cuirassiers, et entourée d'une foule de Cosaques , au travers desquels elle se fit jour. Le roi, l'ayant soutenue, obligea celle des ennemis à se retirer sur l'armée russe, qui était en pleine marche pour Parchwitz et Ktemerwitz. Butlurlin campa dans cette dernière position avec sa cavalerie et environ 10,000 fantassins, qui avaient pris les devants ; le reste de son armée n'arriva que le lendemain . Le roi se fit renforcer par la brigade d'infanterie de Mollendorf et celle de cavalerie du colonel Lottum, restées à Metzdorf, et retrancha pendant la nuit les hauteurs de Walstadt, avec 2-4 bataillons et 58 escadrons, ignorant que l'armée russe fût encore en arrière, et perdant l'occasion d'accabler le corps de Bulturlin.
Ce général avait compté avec raison que Laudon s'avancerait, le 16, et le soutiendrait dans sa marche sur Klemerwitz, s'il était attaqué ; mais les Autrichiens voulant que la réunion s'opérât au couvent de Walstadt, les Russes ne trouvèrent pas la moindre trace de leurs alliés, et si le roi les avait attaqués avec toutes ses forces, ils auraient été fortement compromis sur la gauche.
Enfin, Bulturlin insista et décida les Autrichiens à s'avancer vers Jauer. Laudon marcha, le 17 août, à Gerlachsdorf , Luzinsky sur le Streitberg , près de Strigau , Beck à Ligniti, Brentano près de Jauer; Janus garda les hauteurs de Kuntzendorf.
L'armée russe ne bougea point de Klemerwitz. Le roi rectifia sa position dans la nuit du 16 : il plaça la droite à Gros-Wandris , la gauche vers Strachwitz ; le quartier général à Nicolstadt.
Frédéric ayant ainsi les Russes devant sou front , et les Autrichiens derrière lui ,
n'avait plus d'autre point de retraite que Schweidnitz; il se fit joindre par l'autre partie de l'armée restée à Lonig, sous les ordres du margrave Charles, et lui assigna une position, la droite sur les hauteurs de Granowitz, la gauche à Dromsdorf. Les deux partis restèrent en présence jusqu'au 19; les alliés perdirent ainsi sans retour, l'occasion la plus favorable d'accabler Frédéric. Au lieu de profiter du temps qui s'écoula du 16 au 18 , ils tinrent des conseils de guerre, dans lesquels il fut résolu que l'armée russe se rapprocherait encore un peu le 1 9, et porterait sa droite à Eichhoh, et sa gauche vers Lignitz. Dans cette situation embarrassante, il restait néanmoins au roi la possibilité de dérober une marche, de gagner les hauteurs de Kuntzendorf avant Laudon, et de le couper de tous ses magasins. Il la saisit avec empressement, le 19 août, au point du jour; mais le vigilant Laudon devina ce projet, et partit sur-le-champ lui-même pour Kuntzendorf, de manière que le roi le trouva, le 20 au matin, maître de ces hauteurs et de tous les défilés.
Frédéric jetant alors ses regards sur un poste d'où il pût à la fois empêcher le siège de Schweidnitz, couvrir Breslau, être à portée de ses magasins, vint s'établir, le 20 août, entre Buntzelwitz et Tscheschen, la droite sur les hauteurs de Zedlitx, la gauche à Jauernick. L'approche de» Russes le décida à rectifier cette position.
Le camp de Buntzelwitz était formé par une chaîne de monticules séparés par plusieurs ruisseaux, dont les principaux étaient la Freyburger-Wasser et la Slrigauer-Wasser, qui couvraient le front et ne laissaient que peu de points d'attaque. La ligne s'étendait dans une espèce de carré long, dont le côté droit était vers Tscheschen et Zedlitx, le front depuis Zedlitz jusqu'en arrière de Jauernick, le côté gauche depuis Jauernick jusqu'en arrière de Wnrben .
d'où celte ligne allait rejoindre le côté droit vers Tscheschen. (Voyez pl. XXIV.) Il y