‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 167 sur 196 · CHAPITRE XXV11I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV11I

avait six angles saillants formant de vrais bastions qui battaient tons les environs et flanquaient les retranchements intérieurs. Tous ces mamelons furent fortement retranchés, surtout ceux de Wurben, qui dominaient le camp et pouvaient en être considérés comme la citadelle; 180 pièces de canon, sans compter l'artillerie des bataillons, en défendirent les avenues. Le camp était entouré d'abatis, de trous-deloup et de fougasses; l'armée y travailla pendant dix jours et dix nuits avec une activité extraordinaire. On profita de tous les avantages du terrain, soit pour y combiner l'emploi des différentes armes, soit pour y placer des ouvrages. En un mot, ce camp qui fit époque dans les annales de l'art, fut considéré longtemps comme un chefd'œuvre de fortifications de campagne. Les deux fronts attaquables se trouvaient entre Jauernick et Buntzelwitz, entre Peterwitx et Neudorf.

Les généraux alliés ayant enfin réglé, le 21 août, l'affaire importante de leurs approvisionnements, le maréchal fiutturlin se porta, le 2-4, à Jauer ; Laudon fit couper les hauteurs de Strigau par les corps de Beck et de Brentano. Le 26, les Russes marchèrent à Hohenfriedberg ; Laudon sortit enfin de ses montagnes, et campa, le 26, la droite à Bogendorf, la gauche à Zirlau. Le corps de Luzinsky s'empara des hauteurs d'Arensdorf, et s'y maintint malgré les efforts des Prussiens pour l'en déloger:

Cette apparition des Autrichiens fit enfin craindre au roi qu'ils ne tentassent une attaque générale ; il ordonna que le soir les tentes fussent abattues, que l'armée passât la nuit sous les armes, et que les pièces fussent atelées. Cet état pénible dura plusieurs jours sans que l'ennemi se présentât ; mais attendu qu'il pouvait venir le jour inêine où l'on aurait négligé ces précautions, il fallut se résoudre à les continuer.

Le 28, le général russe, cédant aux instances de Laudon, serra de plus près les Prus-

siens, en portant sa droite à Oelse, sa gauche à Strigau. Le corps du général Ciernischef remplaça Brentano au Streitberg , et ce dernier prit poste à Niclasdorf. Le lendemain , Czernischef campa la droite à Muhrau, la gauche vers Jerichau; il détacha ses troupes légères aux ordres du général Berg , sur les hauteurs de Laasen , d'où elles chassèrent les postes prussiens de Conradswalde.

Laudon, s'apercevant que les travaux des Prussiens augmentaient chaque jour, pensa, un peu tard, qu'il fallait enfin les attaquer ; il employa toute son éloquence pour déterminer Butturlin à coopérer à cette attaque le 1 er septembre; mais ses efforts furent inutiles, le général russe déclara nettement qu'il n'y prendrait aucune part, et le conseil de guerre qu'il convoqua enchérissant sur sa sagesse, déclara qu'il était imprudent d'attaquer une position aussi redoutable, dont le roi serait bientôt forcé de sortir faute de vivres. Toutes les instances du général autrichien, le tableau des avantages incalculables qu'assuraient aux assaillants la supériorité H l'initiative, enfin l'honneur qu'ils recueilleraient de cette opération, ne purent rien sur l'esprit du général russe , qui crut faire beaucoup d'offrir un corps de 20,000 hommes, dans le cas où les Autrichiens seraient attaqués.

Laudon ne se laissant pas rebuter rédigea un projet d'attaque pour le 3 septembre, et se rendit, le 2, au quartier général russe pour le discuter. Ce projet parfaitement combiné , établissait un effort général sur le centre par échelons. ( Voyez pl. XXIV. ) Le centre qui formait la tète d'attaque, était composé de troupes choisies et de volontaires formés en colonne qui auraient emporté le village de Jauernick. Les divisions de l'aile droite , disposées en échelons à la même distance , devaient pénétrer par ce point et se former en ligne au fur et à mesure, de manière à donner une direction divergente aux ailes de l'ennemi qui au-

TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES

raient été ainsi battues et isolées. Ces dispositions faisaient vraiment honneur an coup d'œil de Laudon ; elles furent communiquées à tous les lieutenants généraux , et les troupes autrichiennes se rendirent même dans la nuit du 2 au 8, aux places de rassemblement indiquées ; mais Buitiirlin inébranlable, s'en tint à sa première résolution. Landon , vivement affecté de ce procédé, en tomba malade, et les troupes rentrèrent dans leur camp. Dans le fait, cet événement n'est pas difficile à expliquer; il faut en attribuer la cause au peu de ménagements gardé par Landon. 11 apporta à Butturlin un plan rédigé par le général Giannini , son chef d'état-major , dans lequel le rôle que ses alliés devaient jouer était déjà fixé d'une manière aussi peu honorable que contraire à la décision prise peu de jours auparavant par le conseil de guerre. 11 parut en effet étrange au général russe , qu'après la délibération de ce conseil , auquel Laudon assista lui-même, on pût, sans l'avoir consulté dès lors, apporter un projet d'attaque tout préparé , dans lequel on déterminait ce qu'il aurait à faire , soit avec son armée , soit avec le corps de Ciernischef.

Frédéric ignorait toutes ces circonstances heureuses pour lui; mais il pensa néanmoins que ses ennemis ne se croyaient pas en mesure de l'attaquer, et ordonna qu'à l'avenir moitié seulement de chaque régiment prendrait les armes pendant la nuit.

Le -4 septembre, il fit occuper les hauteurs de Sabischdorf par la division Gablenti; un poste et une batterie furent établis au retranchement des Suédois que l'on avait remis en état.

Le 9 septembre, à l'entrée de la nuit, les Prussiens aperçurent le camp de Butturlin en flammes , et Brentano descendant les hauteurs vers Grunau. En effet, l'armée russe se portait à Jauer, d'où elle repassa l'Oder, laissant le général Ciernischef à l'armée autrichienne avec un corps auxi-

liaire de 20,000 hommes. Laudon renonça alors à l'espoir d'attaquer le roi avec succès, et reprit, le 10 septembre au matin, le camp de Kuntiendorf. Frédéric échappa ainsi fort heureusement au plus grand danger qu'il eût jamais couru. On voit au surplus qne la mésintelligence de ses adversaires y contribua autant que son

Positions en Saxe et en Poméranie.

Tandis que ces choses se passaient, l'armée de Saxe était toujours dans la plu* grande inaction, à quelques chicanes de postes près, qui ne valent pas la peine d'être rapportées. Daun campait avec une partie de ses troupes au Val de Plauen sous Dresde; le reste cantonnait vers Dippodiswaldc ; Lascy à Dobritsch. L'armée des cercle» ne sortit du Voigtland que vers la fin de juillet, sous prétexte du manque de vivres. C'est la première fois qu'on ait entendu dire qu'il fallait rester en place, parce qu'on manquait de subsistances ; jusqu'alors, le besoin de vivres avait forcé d'abandonner un pavs, et il appartenait au général Serbelloni de prouver le contraire. Enfin cette armée vint camper, le 11 juillet, vers Ronnebonrg.

poussant des postes à Géra et Naumbourg.

Le prince de Wurtemberg défendait son camp retranché de Colberg, comme nous le verrons ensuite, et les Suédois, qui s'étaient mis en mouvement au mois d'août, pénétrèrent dans la Marche -Ulcérai ne , jusqu'à ce que les petits renforts arrivés an colonel Belling, qui les observait, les engagèrent « rentrer dans la ligne de démarcation.

Suite des opération» du roi. Laudon emporte Schweidnitz d'assaut.

Il est vraisemblable que Frédéric ignora la cause et le but de la marche des Russe»

vers l'Oder. Il présuma qu'ayant trouvé s»

position inattaquable, ils avaient le projet

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