CHAPITRE XXVI
MU
de faire, comme dans In campagne précédente, nne diversion sur Berlin, afin de faciliter les opérations de Laudon en Silésie.
Pour déjouer ce dessein, et mettre les Russes hors de cause pour le reste de la campagne, le roi résolut de détruire les magasins établis sur la ligne de Posen. 11 chargea de cette expédition le général Platten, auquel il donna 14 bataillons et 25 escadrons avec ordre de se diriger ensuite sur Francfort ou Glogau, et, dans le cas où il rencontrerait des obstacles, de se porter à Landsberg sur la Wartha. Ce général, devant opérer sur les derrières d'une grande armée ennemie, reçut carte blanche, et n'eut d'autre instruction que de faire tout le mal possible. Il passa l ? Oder à Breslau, dans la nuit du 1 1 , campa à Sabisch le 14, et détruisit un magasin à Kobielin. Informé qu'un grand convoi parquait au couvent de Gostcin , il prit les devants avec la cavalerie, et ordonna au général Knobloch de le suivre. Arrivé au couvent, le 15, il trouva en efTet le parc barricadé et défendu par 5,000 hommes d'infanterie, ce qui le força d'attendre la sienne; alors il ordonna à 4 bataillons de grenadiers d'emporter le couvent et la barricade, tandis que le reste se formerait pour les soutenir. La barricade fut enlevée, le couvent pris ; on tua G00 hommes, 1,500 demeurèrent prisonniers, le reste se dispersa dans les bois. Plus de 500 chariots furent détruits. Le corps campa, le 16, à Czempin, le 17, à Stenzewa, d'où il poussa un détachement sur Posen , dont le général Dalk s'était retiré «près avoir fait évacuer les magasins. Plntten continua sa marche pour Ncustadl, où il resta quelques jours ; il se porta , par Rirnbaum et Golmitz, à Landsberg, où trouvant le 22, le pont de la Wartha coupé, il en fit jeter un avec des pontons et des radeaux qu'il trouva heureusement sur la rivière.
Cependant l'épuisement des magasins de Schvveidnitz forçant le roi qui était jusqu'alors resté au camp deBuntielwhz, à se rap-
I procher de Neiss, il porta son armée en | trois colonnes, le 56, à Puhen , le 28, à Siegroth , le 29, à Gross-Nosaen. Le colonel Dalwig flanqua sa marche à gauche avec 1 ,200 chevaux et un bataillon de troupes légères pour éclairer les mouvements de Laudon du cdté des montagnes. Le roi pensait que le général autrichien le suivrait pour couvrir la route importante de Glatz, et fut fort surpris qu'aucun rapport ne lui annonçât ce mouvement. Tous les détachements, envoyés dans le même but, n'ayant rien découvert, le roi fit partir, le 2 octobre, le général Lentulus, pour reconnaître aussi près que possible Schvveidnitz et l'ancien camp des Autrichiens. Ce général ne fut pas plus heureux , mais annonça que , suivant le bruit répandu dans le pays , Laudon avait emporté Schvveidnitz d'assaut.
En effet, ce dernier n'eut pas plutôt avis du mouvement des Prussiens, qu'il résolut de tenter l'escalade, tandis que Brentano, posté à Ludwigsdorf, et Draskowilz à Wartha, garderaient les communications avec les montagnes de Glatz : dans ce but, il fit resserrer, le 80 septembre , la chaîne de postes placée autour des ouvrages , en établit une seconde, et rassembla les échelles et les planches dans tous les environs.
L'attaque fut exécutée sur quatre colonnes dirigées contre chacun des forts (Voyez pl. XXIV): ces colonnes avaient à leur tète des canonniers, des sapeurs, des ouvriers munis de pelles, de haches, de pioches, et des hommes portant des échelles avec leurs fusils en bandoulière. Des officiers du génie, qui connaissaient la place, servaient de guides à chacune d'elles. Enfin on appela au quartier général les commandants de ces attaques, et on leur donna des instructions dont voici le résumé :
1" L'attaque se fera à la baïonnette, sans tirer un coup de fusil ; 2" aussitôt que les bataillons de la tête seront arrivés sur le
TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
glacis, ils s'élanceront dans le chemin couvert et dans le fossé, planteront les échelles, et pénétreront vivement dans l'intérieur des ouvrages pour s'emparer des pontslevis ; 3° les troupes conserveront avec soin les échelles, afin qu'après la prise des forts on puisse s'en servir pour escalader la ville ; ■4° le bataillon de grenadiers attaché à chaque colonne, fera seul l'attaque ; il sera suivi d'un bataillon de fusiliers : celui-ci emportera la courtine qui lie les forts avec les lunettes ; les deux autres bataillons resteront en arrière avec les pièces d'artillerie, jusqu'à ce qu'ils soient appelés ; 8° aussitôt que les forts extérieurs seront enlevés, les bataillons de réserve, à chaque colonne, viendront en prendre possession : ceux qui auront exécuté l'attaque se remettront de suite en ordre pour emporter le corps de place.
Le commandant fut informé de ce projet, et, quoiqu'il n'y ajoutât pas foi, il fit prendre les armes à sa faible garnison , et lui assigna ses postes : 1,200 hommes gardèrent l'enceinte intérieure de la ville ; 1 ,000 furent disposés dans les quatre forts et dans les courtines ; 80 dans les fossés pour culbuter les échelles ; enfin le reste, consistant en 1,400 hommes, fut placé en réserve entre la première enceinte des forts et celle de la ville; mais cette réserve n'eut point d'instruction sur ce que les divers détachements qui la composaient auraient à faire dans le cas où l'ennemi parviendrait à réussir sur l'un ou l'autre point, ni sur aucun des incidents probables dans une entreprise de cette nature. Il en résulta qu'au moment de l'escalade , une partie de la réserve se retira dans la ville, et que le reste courut de côté et d'autre , sans" savoir ce qu'elle faisait.
Les colonnes attaquèrent avec vivacité,
(1) Thiclko dit positivement que Mûrie-Thérèse avait donné plein pouvoir à Laudon de diriger ses opérations. Au fond , il importe peu ou lecteur de
et, après un combat de quatre heures, plus ou moins bien soutenu par les différents forts, la place fut au pouvoir des Autrichiens, qui eurent 1,400 hommes hors de combat, mais firent 3,400 prisonniers. Laudon mit alors dans la place une garnison de 10 bataillons, en fit réparer les ouvrages, et resta campé sur les hauteurs de Kuntendorf. La nouvelle de cet événement imprévu et désagréable, força le roi à renoncer à ses manœuvres en haute Silésie, et à venir, k 6 octobre, à Strehlen, couvrir Breslau.
Le général autrichien n'osa rien entreprendre sans avoir reçu des ordres de sa cour(l). Les membres du conseil aulique, qui faisaient la guerre au coin du feu , lui ordonnèrent, malgré la supériorité de ses forces , qui étaient doubles de celles des Prussiens , de rester sur la défensive dans le* montagnes , et d'envoyer au maréchal Daun les troupes qu'il en avait reçues au commencement de la campagne, si le roi se dirigeait contre lui. Le 11 novembre, les Autrichiens prirent des quartiers d'hiver, ainsi que Czernischef , qui cette fois resta avec eux dans le comté de Glati. L'armée prussienne en fit autant dans les premiers jours de décembre , et termina ainsi fort heureusement sans combat et sans bataille, une campagne où les alliés auraient dù dix fois l'écraser.
Tandis que tout se terminait en Silésie d'une manière si pacifique et si inespérée, Frédéric courut un danger d'une autre espèce. Un gentilhomme silésien , nommé Warkotsch, qu'il comblait de ses bontés, résolut de l'enlever, conjointement avec le capitaine Wallis, et de le livrer aux Autrichiens. Ce projet fut révélé par un domestique de Warkotsch, au moment où les postes de Croates s'avançaient déjà pour recevoir le roi.
savoir que ee soit au conseil de guerre ou au général en chef qu'il faille attribuer l'honneur ou la faute ; il ne doit chercher ici que des principes.