‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 169 sur 196 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Fin do la campagne en Saxe.

L'armée des cercles était venue se poster, comme on l'a déjà dit, vers Ronnenbourg, à la fin de juillet. Daun et le prince Henri gardaient toujours leurs positions , et sans les petits tours que se jouaient les partisans des deux côtes , on eût pris leurs camps pour des camps d'instruction. Le prince Henri fut forcé d'envoyer quelques bataillons à Berlin, que les Suédois menaçaient, et vers les frontières d'Halberstadt , pour les protéger contre les incursions des troupes légères françaises, dont l'armée passa leWeser le 19 août. Malgré cela, le général autrichien n'en devint pas plus hardi. Il souffrit même que le prince Henri portât Seidlitz avec 8 bataillons et 24 escadrons, le 2 septembre , contre les corps détachés de l'armée des cercles. SeiJlitz s'avança sur Ronnenbourg, et, après avoir repoussé différents partis, allait attaquer la droite de cette armée appuyée au Rensterberg, lorsqu'elle changea de position. H prit alors position à Allenkirch, oû il menaçait la gauche. Le lieutenant général Serbelloni , considérant qu'il était inutile de fatiguer les troupes par une surveillance continuelle, jugea plus eoiumode de les conduire au camp de Weida. Seidlitz rejoignit alors l'armée le lo, par Altenbourg et Borne.

Le prince Henri détacha une seconde fois ce général, le 12 octobre, dans les environs de Magdebourg , afin de balayer les petits partis ennemis qui y rôdaient! Daun n'en resta pas moins tranquille dans son camp , et séparé de l'armée des cercles.

Le 1*" novembre, arriva le renfort de 2-4 bataillons et 42 escadrons , détaché par Laudon , après la prise de Schweidnitz; les forces de Daun s'élevaient alors à 76 bataillons et 140 escadrons : c'était plus qu'il n'en fallait pour écraser le prince Henri, et marcher à Berlin. Le 5 novembre, le maréchal se mit en effet en mouvement, et attaqua toute la ligne des avant-postes; mais la

montagne accoucha d'une souris; Daun prit quelques villages sur la rive gauche de la Mulde, où les Prussiens gênaient les cantonnements qu'il avait marqués, et où il s'établit le 10 novembre. L'armée des cercles en fit autant le même jour, et toutes les deux se reposèrent de bonne heure des fatigues qu'elles n'avaient point essuyées.

Cil A PITRE XXIX»

Affaire de Poméronie. Siège de Colberg.

Nous avons vu que les Russes, croyant se procurer une base d'opérations qui leur permit d'établir leurs dépôts près de la mer, se décidèrent à tenter le siège de Colberg. Le lieutenant général Romanzow fut chargé de celle opération, avec un corps de 18,000 hommes, que devait protéger la flotte combinée des Russes et des Suédois. Le prince de Wurtemberg, chargé de couvrir la Poméranic, poussa le général Werner anx environs de Koslin et Belgard, et campa, le 4 juin, sous Colberg ; la gauche ,n la ferme de Bollenwinckel , la droite à la Persante :

en avant de son front, couvert par un ravin très-profond, était le village de Neckin; des marais impraticables s'étendaient sur sa gauche ; cette position avantageuse fut couverte encore par trente-huit redoutes y compris celles des hauteurs de Prctmin ; l'espace entre la gauche et la mer, quoique peu praticable à cause des marais , fut encore lié à la colline par trois redoutes et un ouvrage avancé.

Lorsque le prince de Wurtemberg sut que Romanzow ne s'avançait d'abord qu'avec 10,000 hommes, il proposa au roi de l'attaquer pour 's'en débarrasser pendant toute la campagne; mais Frédéric, qui donnait alors tous ses soins au projet du général Goltz contre Butlurliu, crut que cela suffirait pour délivrer la Poméraiiie. il refus» donc d'ae-

TRAITÉ DKS GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

cepter la proposition du prince. Nous avons vu comment ce dernier projet échoua par lu mort subite de son auteur. Frédéric se repentit trop tar%l d'avoir refusé une proposition utile dans tous les cas, et fondée sur les principes de l'art.

Le général russe fut renforcé le 5 juillet, et prit poste auprès de Koslin, en attendant In flotte, qui mouilla le 30, et débarqua des troupes et de l'artillerie. Son corps fut alors porté à 2-4,000 hommes. Le 22 août, il s'établit, la droite à Quetzin, la gauche à Dcjow ; la flotte arriva devant Colberg deux jours après, et commença de suite le bombardement qui dura près de quinte jours.

Le 4 septembre, l'armée russe resserra le camp prussien; mais Romanzow le trouvant sans doute trop fort pour l'attaquer de vive force , résolut d'en faire le siège en règle.

Le prince de Wurtemberg, de son côté, prit les meilleures dispositions pour la défense de ses ouvrages , et rédigea une instruction qui peut servir de modèle en ce genre. Voulant utiliser sa cavalerie, il la détacha dans la nuit du 11 septembre, avec un bataillon franc, sous les ordres du général Werner, vers Delgard, afin de détruire i les dépôts des Russes , et menacer leurs communications. Malheureusement Werner cantonna, le 12 septembre, sou corps dans les villages voisins de Treptow , où il fut surpris par le colonel Bibikow qui l'enleva au sortir de celte ville avec son infanterie et une centaine de dragons. Le reste de la cavalerie s'étanl replié sur les autres escadrons , eut le temps de se retirer , après avoir culbuté vers Kletknw une partie des ennemis dans la ttega, et leur avoir fait une centaine de prisonniers.

Romanzow continuait, pendant ce temps, ses approches contre le Bollenvvinckcl, clef du camp ennemi. 11 fit attaquer, dans la nuit du 17 au 18 septembre , le retranchement élevé sur la plage, et la ledoute verte (giiïne Sehnutze ) ; le premier fut emporté, la sec.uide résista. La nuit suivante l'attaque fui

renouvelée sans succès et ce point devint depuis ce moment le point de mire des assiégeants. Le prince de Wurtemberg lit construire une redoute sur la plus haute sommité du Bollenwinckel ; espérant que le général Platten ne tarderait pas à lui amener des subsistances et des renforts.

En effet, ce général, que nous avons laissé à Landsberg après son expédition contre les dépôts de Posen, en partit , le 25 septembre, se réunit le 27 à Freyenwalde à la cavalerie surprise à Treptow, et vint prendre position, le 2 octobre, à PretUnin, sur | la rive gauche de la Persante, ce qui porta les forces du prince à 16,000 hommes ; mais l'embarras des vivres n'en fut que plus grand, car il fallait les faire venir de Stettin par Golnow, à travers mille obstacles.

On attendait un grand convoi de cette ville; mais Romanzow faisait tous ses efforts pour empêcher son arrivée. D'un autre côté, la grande armée russe, après son départ de la Silésie, étant venue successivement camper à Driesen et à Drambourg, détacha les généraux Berg et Fenuor sur Greifenberg, avec ordre de pousser jusqu'à Treptow.

Cependant le colonel Klcist fut envoyé a la rencontre du convoi, et le joignit à Golnow. Le général Platten fut détaché avec 0 bataillons, pour attirer à lui tous les petits corps qui se trouvaient vers Greifenberg, et se porter ensuite sur Golnow, afin de faciliter la marche de Kleist et de son convoi.

En même temps Knobloch devait se poster en arrière de Treptow, et y envoyer un détachement pour en retirer un bataillon et les vivres qui s'y trouvaient. L'officier qui lui porta cet ordre, le rendit mal ou ne fut pas compris; le général se porta avec sou détachement, le 20, jusqu'à Treptow, où ii l'ut coupé et entouré, le lendemain, par un corps russe que Romanzow y conduisit luimême par Garrin.

Platten campa, le 19, à Schwanteshagen.

et envoya , le 20, le lieutenant-colonel Cour- Iriêrcs, avec doux bataillons et un régiment

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de hussards, pour faire un fourrage vers Baumgarten et Zarnglaf . Ce détachement fut enlevé par le général Dolgorouky, à trèspeu de distance du camp, sans qu'il fût possible de lui donner secours. Dans le même instant, la grande armée de Butturlin s'était portée aux environs de Regemvalde, et avait détaché le général Fennor, pour attaquer, de concert avec les troupes légères de Ikrg, le corps de Platten , et lui couper la retraite sur Stettin. Mais il décampa dans la nuit du 21 octobre , traversa la forêt de Kuutreck, au milieu des tirailleurs ennemis; et comme Fermor avait commis la faute de s'arrêter à Glewitx, les Prussiens rejoignirent à Golnow le convoi dont ils devaient protéger l'arrivée.

Le 22, Fermor attaqua Golnow, ce qui força le train à revenir sur Stettin, et Platten à se retirer sur Damm le 23. Cet événement eut les plus funestes résultats : Knobloch, investi à Treptow, depuis le 21, fut forcé de capituler le 25, avec 1 ,800 hommes; la communication entre le camp de Colberg et le général Platten , fut interceptée ; il fallut renoncer au convoi de vivres.

D'un autre côté, les Russes enlevèrent, le 22, la redoute de Spie, et l'on fut oblige de faire rentrer au camp les troupes qui occupaient les hauteurs de Prettmin, sur la rive gauche de la Persante. Ce contre-temps ne découragea pas le prince; il résolut d'attendre la dernière extrémité, avant de chercher à se faire jour, espérant que la rigueur de la saison forcerait les Russes à se retirer; et fit retrancher le passage de Colberger- Deep (1), point unique par lequel il put opérer sa retraite. Un bâtiment chargé de grains, qui mouilla par hasard près du port, fut remorqué par des chaloupes, et procura du paiu pour quinze jours.

Le 2 novembre, la grande armée russe

(1) Colberger-Decp est un village situé près de la mer et du lac de kainper ; un chemine entre lu mer et i:e lac , jusqu'au goulet M"' ferme, «le iijaiiieie

se mit en route pour la Pologne, laissant à Roroamow un renfort nombreux sous les ordres du général Berg.

Le corps de Platten , que le roi avait d'abord destiné à couvrir Berlin contre l'invasion dont il le croyait menacé par les Autrichiens, se réunit ensuite, le 9, à Berlinchen au général Schenkendorf, qui amenait, dans le même but, 8 faibles bataillons de l'armée de Silésie. Ces deux divisions marchèrent à Naugartcn , où elles arrivèrent le M, poussant devant elles le corps de Berg , qui se retira sur Freyenwalde.

Par un hasard fort heureux , le prince de Wurtemberg faisait, dans le même instant, ses préparatifs pour quitter le camp retranché , par le Colberger-Deep. Après avoir rassemblé, dans la nuit du 1» au U, tous les canots nécessaires pour jeter un pont sur la Rega, et les avoir transportés de Colberg en arrière des dunes de l'étang de Kamper, le prince se mit en marche le 14 à sept heures du soir , laissant seulcmeut les gardes des retranchements les plus avancés à leurs postes pour cacher sa retraite. Le corps arriva à une heure du matin, à Colberger-Dcep, et, comme le pont de chevalets sur lequel on devait passer le lac, n'était pas prêt , l'avant-garde le passa en canots. Le corps suivit, lorsque le pont fut achevé, traversa le marais sur une vieille digue négligée par les Russes, et se rendit, le 15, à Treptow.

Le général Platten, parti le même jour de Naugarten , s'était dirigé à Koldemanz, où il apprit l'heureuse retraite du prince , et son projet de marcher, le 10, à Greifenberg.

En eflFet, le prince ordonna à ce général de se porter à Plalhe, pour y réparer le pont ; et le 17, les deux corps se réunirent à Greifenberg. Le prince de Wurtemberg résolut alors d'opérer encore une fois sur les der-

que ce passage forme un défilé étroit, dans lequel se trouve encore l'obstacle du goulet , qui exige un long poul.

TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

rières de Romanzow, et se porta, le 18, à Fnlkenbcrg, poussant devant lai les troupes de Berg. Mais le général russe ne prit point le change; il resserra la place de Colberg, et se posta lui-même avec un corps nombreux à Gostin, pour en couvrir le siège.

Dans cet état de choses, il ne resta d'autre parti aux Prussiens, que de se rapprocher de leur grand convoi de Stettin ; ils marchèrent donc par Naugarten et Schwusen , à Treptow, où le convoi arriva le 10.

Après avoir pourvu à la subsistance de ses troupes , le prince retourna le 12 sur Colberg et trouva le corps de Romanzow en bataille entre Prettmin etRehmer, sur la gauche de la Persante. La canonnade s'engagea aussitôt. Les Prussiens enlevèrent d'abord le passage retranché de Spie; mais il leur fut impossible de rien obtenir de plus ; et , la saison étant trop rigoureuse pour continuer les opérations, le prince fut forcé d'abandonner la place à son sort. Le 15, une partie de ses troupes se porta en Saxe et en Lusace, et lui-même dans le Meklenbourg. Le brave colonel Heiden rendit la place, le 10 décembre, faute de munitions et de vivres. Le corps de Romanzow qui en avait fait la conquête, prit ses quartiers d'hiver en Poméranie.

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