CHAPITRE XXX
Observations générales sur la campagne de 1 7C 1 . Opérations de Daun , coviparées^à celles de 1809.
Après avoir analysé les opérations de quatre ou cinq campagnes actives, il est difficile de dire quelque chose de neuf sur une campagne qui a eu lieu sur le même théâtre, sans combats. Les fautes ont toujours été les mêmes ; les coalisés ont embrassé la ligne d'opérations , de la manière la plus contraire à leurs intérêts. Frédéric.
dont les moyens diminuaient chaque jour, ne savait à quel système il devait recourir : la guerre d'invasion ne lui convenait plus ; il n'était plus dans ses intérêts de courir alternativement sur les Autrichiens et les Russes, parce que cette guerre de vigueur lui eût enlevé ses derniers soldats, échappés aux scènes sanglantes de Zorndorf , de Kunersdorf et de Torgau. La prudence lui conseillait de les laisser tranquilles, jusqu'à ce que l'occasion se présentât d'attaquer avec succès une seule de leurs armées ; c'était en effet un moyen sûr de faire rentrer l'autre dans ses frontières. Peut-être lui reprochera-t-on avec quelque justice de ne pas avoir profilé des mois do mars et d'avril, pour livrer une bataille à Daun, avant de quitter la Saxe et de marcher en Silésie.
11 me paraît au moins que Frédéric ayant une masse en Saxe, et voulant en porter une grande partie en Silésie, devait attaquer le maréchal avant de partir, pour lui ôter l'envie de profiler de l'énorme supériorité qu'on lui laissait sur le prince Henri. S'il avait prévu que Daun resterait dans l'inaction , sans doute il valait mieux l'y laisser; mais, n moins d'un traité entre lui et ce maréchal, il ne devait ni ne pouvait le supposer. Daun avait jusqu'alors montré une sorte de pusillanimité qui tenait à la supériorité de génie qu'il reconnaissait au roi ; cependant il l'avait attaqué deux fois avec succès ; jamais il n'avait été opposé à un autre général , et il était naturel de penser qu'il ne craindrait pas autant le prince Henri que Frédéric, et ne perdrait pas l'occasion de battre 80,000 hommes avec 00,000.
Une fois arrivé en Silésie, il semblait inutile de laisser le corps de Goltz à Glogau , car les Russes étaient encore entre Posen et la Vistule ; si on l'avait réuni à l'armée, elle aurait été forte de 60,000 hommes, et, sans contredit , Frédéric eût bien pu attaquer Laudon, qui n'en avait pas 50,000. Les positions des Autrichiens étaient bonnes; mais pas inaccessibles , et il ne coûtait rien de