CHAPITRE XXXI
Campagne des armées françaises et ailiers en 1762. Bataille de IVilhemsthal. Obsetxations générales sur les lignes d'opérations en Weslphalie.
Avant de rapporter les opérations de l'armée de terre, il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil sur les affaires maritimes. L'année 1760 s'était passée sans aucun événement d'importance. Celle de 1761 , commença de même. On ignorait encore en Europe que Lally pressé dans Pondiehcrv y avait capitulé le 21 janvier, et que la Mar-
372 TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
(inique allait cire envahie. La mort de Georges II élevant un rival dangereux à Pitt dans la personne de lord Bute , gouverneur du jeune prince de Galles qui lui succédait , commença à donner des espérances aux amis delà paix.
Le duc de Choiseul avait enfin trouve dans l'alliance de l'Espagne le seul remède aux maux dont l'Europe était menacée par le traité de Versailles : cependant il était déjà bien tard ; les flottes et le commerce espagnol prives de l'appui de la marine française , alors entièrement délabrée , ne firent qu'augmenter les trophées de l'ennemi. A peine Pitt eut connaissance des négociations entamées entre les deux cours qu'il proposa de tomber sur les bâtiments et les colonies de l'Espagne , comme cela •'était pratiqué en 1758, à l'égard de la France : contrarié dans ses projets, et préférant abandonner les rênes du gouvernement à les tenir d'une main peu sûre , il donna sa démission. Lord Bute lui succéda; toutefois l'impulsion imprimée par son prédécesseur à la marine anglaise , survécut à sa carrière ministérielle : les éléments de supériorité existaient, l'on ne prévint pas l'ennemi , mais l'on ne tarda pas à s'enrichir de ses dépouilles. La Martinique fut soumise, au commencement de 1762 ; l'ile de Cuba envahie, les Philippines conquises, la Havane et Manille saccagées; de nombreux et riches convois espagnols enlevés ; Acapuleo même et la Vcra-Crux sur le continent américain offrirent un butin immense à l'audace des croiseurs anglais. Un outrage plus sanglant fut la prise de Belle-Isle à la vue des côtes de France, malgré la défense honorable du chevalier de Sainte-Croix, mais qu'on ne put empêcher , faute d'une escadre capable de tenir la mer.
Cependant lord Bute appliquant à propos la maxime de Rome , consentit à signer la paix dans la propérité : on a reproché au due de Choiseul d'avoir compromis gratuitement les ressources de l'Espagne, en s'u-
nissant trop tard à elle, ou d'avoir conclu trop tôt une paix onéreuse si le concourt des deux nations rendait le rétablissement des affaires possible. Cependant on ne saurait dissimuler que le pacte de famille conservant toute sa vigueur pendant la paix, le traité de Versailles ne fût encore fort avantageux à la France. On pouvait endurer une humiliation passagère dans l'espoir de s'en venger aussitôt que les deux États auraient" réparé leurs pertes et concerté un bon plan d'opérations. Sous ce point de vue, il serait d'autant plus injuste de le blâmer, que l'heureuse issue de«la guerre d'Amérique, éclatée 15 ans après, en fil recueillir les fruits les plus glorieux. Mais pour ne pas anticiper sur les temps , il convient de revenir aux opérations militaires.
Les efforts extraordinaires de la France dans la campagne précédente , avaient abouti à la misérable affaire de Willinghausen, dont les suites, plus pitoyables que le combat, avaient remis les choses sur le pied où elles se trouvaient au commencement de la campagne. Le projet du cabinet de Versailles, opposé à celui de 1761 , fut basé, sur la position actuelle des troupes , et la connaissance des fautes passées ; on résolut de faire agir la masse principale de 80,000 hommes, par la droite sur la Hesse, tandis qu'un corps de 30,000 opérerait sur le bas Rhin. Ce dernier fut confié au prince de Condé; le gouvernement prit l'étonnante résolution de partager le commandement de l'armée principale entre les maréchaux d'Estrées et de Soubise, et de renvoyer les deux frères Broglie dans leurs foyers.
L'armée alliée se resserra un peu dans les premiers jours de mai ; le corps hanovrien de Sporken cantonna aux environs de Blumbcrg; les Anglais sous le général Granb\ , aux environs de Bielefeld ; le reste entre Holzminden et Eimbecke. Ce dernier corps passa le Weser, le 15, et campa entre Reilkircheu et Ilorn. Le quartier général de Ferdinand, fut transféré, le 6 juin, de Pir-