‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 176 sur 196 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

arrivé dans cet instant même à sa position, les Français furent contraints de renoncer à ce projet; ils continuèrent toutefois à défendre leur poste.

La canonnade dura plus d'une heure avec vivacité , sans que les démonstrations de Sporken fissent le inoindre effet ; cependant les têtes des troisième , quatrième et cinquième colonnes, ayant enfin paru sur le front de Castrics, ce général jugea à propos d'ordonner la retraite, qui s'effectua avec beaucoup d'ordre sur l'aile droite de l'armée ; il se reforma ensuite dans le ravin près de Grewenstein, et jeta une partie de son infanterie dans cette petite ville.

Tandis que le duc Ferdinand s'approchait sur plusieurs colonnes, du front de l'armée française, avec assez do lenteur, à cause des obstacles du terrain ; le général Grnnby arrivait aussi par £ierenberg, débordait la gauche de l'ennemi, et la prenait à revers.

Les maréchaux d'Eslrées et de Soubise n'avaient pas calculé sur l'arrivée de ce corps, et son apparition subite leur fit peur ; ils pensèrent qu'ils n'avaient pas de temps à perdre pour exécuter leur retraite, firent partir sur-le-champ tous les équipages pour Casse), sous l'escorte de 6 bataillons, et donnèrent ordre à l'armée de se retirer sur plusieurs colonnes. Cependant le temps pressait, carie due se déployait au pied du Langenberg, entre Meyenbreckse et Kelse, tandis que lord Granby s'avançait par Ershen et Furstenwalde ; la retraite devenait épineuse, et le corps de Stainville, posté, comme nous l'avons dit, en avant de l'aile gauche, sur les hauteurs de Schachlen, le long du ruisseau de Westufeln, courait absolument risque d'être coupé. Dans cette position difficile, Stainville changea de front perpendiculairement en arrière, se jeta en potence dans le bois, entre Meyenbreckse et Wilbemsthal, et couvrit ainsi la marche des colonnes, tandis que le maréchal d'Estrées prit la cavulerie de l'aile gauche, et s'avança contre celle du duc Ferdinand.

Le corps de Stainville était composé des grenadiers de France, des régiments d'Aquitaine, de Poitou, et des deux régiments suisses de Waldneret d'Eptingen ; il s'engagea, entre ces troupes et l'infanterie anglaise du général Granby, un combat des plus acharnés, et qui dura longtemps. Cependant l'armée alliée s'avançait toujours, et occupa enfin les hauteurs de Calle sur les derrières de Stainville, tandis qu'un détachement l'attaquait sur sa droite. Ce mouvement, exécuté au moment d'un coup de vigueur du corps de Granby, devint décisif; une partie de l'infanterie française fut enfoncée et dispersée avec une perte considérable. Stainville se décida alors à faire sa retraite ; et quoiqu'il fut presque enveloppé, il l'exécuta avec tant d'ordre, que l'armée put suivre la sienne tranquillement, et qu'il s'en alla de position en position, sans autre perte que celle qu'il avait éprouvée dans le combat du bois.

L'armée française prit position sur les hauteurs de Tanncnwalde. Le duc Ferdinand campa avec la sienne, la droite à Weimar. la gauche à Hohenkirch ; le général Luckner à Holzhausen ; lord Granby sur le Durrenberg, à la droite de l'armée.

Les Français perdirent 4 à 5,000 hommes en tués, blessés ou prisonniers ; la perte des alliés fut très-peu considérable.

MM. d'Eslrées et de Soubise passèrent la Fulde au-dessus ou au-dessous de Casscl, dans la nuit du 24 au 25, et campèrent entre LandwershagenetLutternberg. Une division occupa le camp retranché de Kratzenberg, en avant de Cassel , où elle resta jusqu'au 17 août. L'ennemi ayant ainsi quitté lu rive gauche de la Fuldc, le duc détacha une brigade sur les hauteurs de Tannenwalde ; le corps de Granby prit position sur celles de Karlsberg et dans le bois de Habichtswalde.

L'issue du combat de Wilhemsthal renversa les projets des maréchaux français, et les rejeta sur la défensive, malgré que la possession de Gœtlingen , et la supériorité

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TRAITE DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

de leurs forces, leur permissent de reprendre leurs opérations. D'un autre côté, le duc craignit de poursuivre ses succès sur le Mein, parce que sa gauche cl ses communications étaient fortement menacées par cette place ; il se borna à resserrer l'armée ennemie, afin de profiter de la première faute qu'elle pourrait commettre.

Les maréchaux espéraient tout de la diversion du prince de Condé, sur le bas Rhin, contre le corps du prince héréditaire; et se firent joindre, en attendant le résultat, par le prince Xavier de Saxe, qui des environs de la Thuringe, vint concourir à la défense de la Fuldc. L'armée prit alors , le 26 juin, une position plus étendue, la gauche vers Durrenhagen et Ucrghausen , la droite sur les hauteurs de Ileiligenrode et de Lutternbourg, avec une forte garnison à Munden, au confluent de la Fulde et de la Werra. Le lieutenant général Chevert était à Drcyrodc près de Gœttingen, avec 18 bataillons et 88 escadrons.

La position de ce corps engagea le duc à renforcer le général LucUner à Holzhausen, et à porter sur ce point 12 bataillons et 2-4 escadrons. Quelques autres mouvements eurent lieu afin de couvrir ou inquiéter les communications. Le comte de Rochambeau fut détaché avec une brigade d'infanterie et 8 régiments de cavalerie , pour débusquer de Frildar la brigade de Cavendish , qui se relira sur Hombourg , à l'approche de l'ennemi. Le duc, voyant que l'armée ne tentait rien de plus sérieux, donna ordre à lord Granby , le 2 juillet , de se réunir à la brigade de Cavendish, et de chasser l'ennemi .

Rochambeau, attaqué, se retira à Treisa, et lord Granby s'établit à Uombourg, d'où il poussa ses partis pour enlever les magasins de Rolhenbourg et Melsungen. Ces petits accidents décidèrent les Français à se porter derechef en avant , le 4 juillet ; les alliés se retirèrent à leur approche à Fritzlar. Rochambeau campa d'abord à Hombourg , et ensuite à Wubem.

Jusqu'au 15 juillet, aucun événement ne mérite d'être rapporté. L'armée alliée s'étendit insensiblement par la droite , d'où elle inquiéta les convois des Français. Elle prit position, le 16, sur les hauteurs du bois Habichtswalde, la droite au ravin près de Hof , la gauche au Durrenberg , faisant face à Cassel.

Les maréchaux crovant avoir découvert

le projet du duc, et voulant le déjouer, rappelèrent la division de Chevert qui avait été si longtemps près de Gœttingen ; le 21 , leur aile gauche s'avança jusqu'à l'Eder. Pour mieux observer ces mouvements , le duc s'établit entre Nicdenstein et Kirchberg; 4 brigades à Gudensberg ; le corps de Granby à Gerstenhausen sur la Schwalm ; Luckner sur les hauteurs de Wabcrn avec une nouvelle division : son ancien détachement sous les ordres du général Waldhausen , s'était porté de Holzhausen à Wilhelmshausen dans le Rhcinhardswalde , et ensuite à llombrexen , pour couvrir Marbourg et la Dimel.

Comme le corps du prince Xavier de Saxe s'était un peu trop étendu entre Luttcrnberg et Munden, le duc essaya de tirer parti de celle faille, si fréquente et si souvent punie à la guerre. Le général Waldhausen , renforcé de trois brigades fut chargé de cette opération. Il partit de Wilhemsthal , le 23 juillet à neuf heures, et arriva dans la nuit sur les bords de la Fulde, en exécuta le passage au jour, sur qualre points; le colonel Schliefen, partit de Uslar, et passa par Hedemunden sur la Werra.

Les bords de cette rivière étaient garnis de grenadiers saxons , qui se défendirent avec courage, mais furent culbutés. W aldhausen détacha 2 bataillons pour faire face à la garnison de Munden, atlaqua les hauteurs de Luttcrnberg , chassa l'ennemi, et poussa la cavalerie saxonne sur celle du colonel Schliefen. Le reste se rejeta en désordre sur l'aile droite de l'armée française, après avoir perdu 1,000 prisonniers, 13

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