CHAPITRE XXXI
solut d'attaquer le prince de Condé campé « Kbeiaersheiiu, passa l'Ohm, le 22 au malin, sur quatre colonnes, et repoussa l'avantgarde française. Malheureusement sa bonne volonté fut neutralisée, parce que, suivant l'usage des attaques multipliées, deux des « olonnes n'arrivèrent point à l'heure fixée. Le 23, nouvelles tentatives ; mais les Français avaient abandonné la position : il établit son infanterie à Gruneberg, et les suivit avec sa cavalerie. Condé se mit en bataille, déterminé à tenir ferme. Le prince, surpris de cette attitude, crut prudent de retourner à Gruneberg , afin de combiner ses opérations pour le lendemain. Il se mit effectivement en marche au point du jour; malgré sa diligence, il trouve la position évacuée : instruit par l'expérience de la veille, il suivit l'ennemi avec toutes ses forces ; mais il avait manqué le moment favorable ; et lorsqu'il l'atteignit, il occupait une excellente position près de Gruningen. Le 25 au malin, il essaya en vain de l'en déloger; ce qui le détermina à repasser la Weller, et à revenir le 26 à Gruneberg.
Ferdinand qui s'était porté à Scholten, et de là sur Mdda, n'y arriva que pour voir le prince de Condé, campera Pohlgons et sur le Johanuisberg , d'où il se liait avec la ;;runde armée.
Le 30 au matin, son avant-garde fut delogéeaprès un combat assez vif par le prince héréditaire, qui s'était mis en marche pour Assenheim. Cependant le prince de Coude prévenu , vers les oiue heures , du départ «Je ce dernier, s'était mis en marche de Bergen pour soutenir son avant-garde, et avait été renforce par 5 bataillons de grenadiers que lui amena le duc de Stainvilie. Les tètes de ses colonnes arrivèrent au moment où le prince de Brunswick formait ses troupes , dans la position de l avant-garde. Les brigades Bnisgeliu et de Berry , ainsi que les gendarmes attaquèrent sur-le-champ la droite des allies, et Stainvilie, la gauche. Il s'engagea alors un combat très-vif, pendant
lequel les Français , recevant successivement de nouvelles troupes, débordèrent la droite de l'ennemi. Le prince héréditaire fut obligé de repasser la Wetter après avoir perdu près de 1,500 hommes et dix pièces de canon.
Aussitôt que Ferdinand apprit la mauvaise issue de cette affaire, il détacha, dans la soirée, sa seconde ligne sur Bingenheim etStaden, et la suivit lui-même, le 81 août au matin , avec le reste de ses troupes et celles du prince héréditaire. La réunion des armées françaises s'effectua enfin dans la nuit du 30 au 31 ; elles campèrent la droite à Nidda, la gauche sur le Johaunisberg; le corps saxon entre Bergen et Vilbel; celui du duc de Castries à Karben.
Après un événement si longtemps désiré, il s'agissait de sauver Cassel, bloqué par le prince Frédéric de Brunswick ; le moyen le plus court , était de livrer bataille ; mais la crainte de la perdre retenant les maréchaux, ils crurent atteindre leur but, en manœuvrant par leur gauche sur la Lahn,ct s'ouvrir une communication avec Cassel par la principauté de YValdeck. Le prince de Condé ouvrit la marche, le 4 septembre , et se porta par Giesseu à Grosenbuscck.
L'armée le suivit , et s'établit le 9 à Burkardsfcld ; le prince Xavier resta avec le6 Saxons à Bergen.
Ferdinand devina à l'instant le projet de ses adversaires, et prit poste le 9, sur les bords de l'Ohm entre Schweinsberg et Hombourg : par cette position habilement choisie, il était en mesure de prévenir les Français sur tous le points.
Le 10, leur avant-garde , sous le duc de Stainvilie, passa la Lahit, et se dirigea sur krosdorf : l'armée la suivit le 12, et campa près deee village; l'avanl-garde se porta ce jour-là à Frohnhausen, qu'atteignit aussi le prince de Condé. Pour s'opposer à ce mouvement, Ferdinand laissa le corps de Granhy sur les hauteurs de llom bourg, et se porta le l-i à Schwarzcnborn, d'où il détacha la
TRAITÉ DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES
division Conway à Roda, pour s'emparer le lendemain des hauteurs à droite de Wetter, où l'armée vint camper le 18. Par cette marche, le plan des généraux français fut encore une fois déjoué, car ils voulaient venir ramper eux-mêmes à Wetter. En effet , ils avaient pris, le 16, la direction de Marbourg; mais instruits qu'ils avaient été prévenus par le duc , ils s'établirent dans une position très-forte, la droite à Marbourg, In gauche à Michelbach ; le corps de Stainville couvrant leur front àCosfeld, le prince de Condé à Werda : la Lahn et l'Ohm séparaient les deux armées.
Les maréchaux , convaincus que toutes leurs manœuvres n'aboutissaient à rien, en essayèrent de nouvelles sur leur droite. Les corps du prince Xavier et de Castries , des environs de Bergen, se portèrent par la rive gauche de la Lahn aux environs d'Amenebourg ; leurs troupes légères , qui battaient le pays entre l'Ohm et la Fulde, inquiétaient déjà les communications des alliés avec le corps de blocus de Cassel et les magasins.
En poussant ces divisions sur la rive droite de l'Ohm, pour agir de concert avec elles , il était probable qu'elles feraient lever le blocus , ou engageraient le duc à faire un mouvement. Les alliés gardaient les passages de cette rivière assez faiblement : Wangenheim était à Horabourg avec 7 bataillons et 7 escadrons ; le général de Zastrow à Langenstcin , avec 6 régiments banovriens ; lord Granby près de Kirchhain ; le pont du moulin d'Amenebourg était barricadé et défendu par une grande redoute ; le château renfermait une garnison de 600 hommes.
Tout à coup l'armée saxo-française s'établit vis-à-vis de Hombourg, la gauche près d'Amenebourg. Le 21 septembre, au point du jour, le château fut battu en brèche, la redoute du pont attaquée. La garnison se défendit avec bravoure jusqu'à huit heures, que le corps de Zastrow arriva à son soutien. Le général fit relever les troupes de la
redoute, plaça son artillerie sur la rive droite de l'Ohm, et chauffa les troupes françaises qui attaquaient la tête du pont. Ce tapage attira Ferdinand sur les lieux. 11 fit aussitôt appeler le corps de Granby , qui vint relever à quatre heures du soir les troupes fatiguées de Zastrow. Enfin , après quinze heures d'un combat continuel , les Français renoncèrent à leur entreprise, avec perte de 1,100 hommes hors de combat; celle des alliés fut à peu près égale. La garnison du château d'Amenebourg , après une fort belle défense, se rendit au duc de Castries. Les deux armées conservèrent leurs positions. Les pluies extraordinaires qui tombèrent à cette époque, rendirent les routes impraticables, et suspendirent les opérations.
Au milieu d'octobre, Ferdinand fit renforcer, par 8 bataillons, le corps de blocus de Cassel, et commencer le siège le 16, sous la direction du général de Huth. Le commandant se défendit d'abord avec vigueur ; mais, rendit la place, faute de vivres, le 1" novembre, à condition que la garnison rejoindrait l'armée.
Le 7 novembre , on reçut enfin la nouvelle du traité préliminaire conclu à Fontainebleau entre la France et l'Angleterre; il mit fort à propos un terme aux scènes vraiment inconcevables de cette campagne, sans en apporter au scandale causé par la conduite de la guerre maritime. Le pacte honteux , conclu à Versailles par le duc de Tiivernois , céda à l'Angleterre Minorque qui lui ouvrait la Méditerranée; lui acquit le Sénégal, l'Acadie, le Canada et le cap Breton; lui garantit la possession non moins importante de la Floride et de Pensacola dont dépend l'empire du golfe du Mexique, celle des îles de Grenade, de la Dominique, de Saint- Vincent et de Tabago, stations avantageuses dans les Antilles, sur les côtes de l'Amérique méridionale ; enfin le droit de couper des bois de teinture qui, entre ses mains, lui assurait un moyen de commerce